Archives du 21 avril 2009

Réunion 29 avril : Libertés en danger ? et Jaurès

 A l’appel de CASTRES A GAUCHE VRAIMENT et des 5 conseillers municipaux de «  La Gauche rassemblée pour un réel changement » :

 LIBERTES PUBLIQUES EN DANGER

 CONFERENCE DEBAT  

mercredi 29 avril 

Maison des Associations Castres

 20H30 

 avec 

Odile Barral , juge d’instance – Membre du Syndicat de la Magistrature 

Jean François Mignard, Président de la Ligue des droits de l’Homme de Toulouse et membre du Réseau Education sans frontières

 

COLLOQUE à Toulouse

 jaures

 

 

Le journal « L’Humanité » en partenariat avec la Mairie de Toulouse organisait le vendredi 17 avril dernier un colloque dans le cadre du 150° anniversaire de la naissance de Jean Jaurès.

Ce colloque réunissait plusieurs grands historiens spécialistes d’histoire moderne et contemporaine, des philosophes. En soirée, débat sur la modernité de la pensée de Jean Jaurès, en présence notamment de Paul Quilès.

A cette occasion, Alain Boscus, ( historien, maître de conférence à Toulouse et ancien directeur du Centre national et musée Jean Jaurès de Castres) est intervenu.

Vous lirez ci-après les grandes lignes de sa contribution, ô combien d’actualité. 

Le retour de la question sociale

 Question : En quoi, selon vous, la rencontre organisée par l’Humanité à Toulouse le 17 avril peut-elle contribuer à éclairer la période actuelle ?  

 Dans la période actuelle, une telle rencontre est particulièrement intéressante. La crise et ses malheurs poussent à des interrogations qui n’avaient plus cours depuis plusieurs années, et obligent à être plus incisifs.

Et si nous devons être inventifs et audacieux, cela ne se fera pas dans de bonnes conditions sans apprécier de façon renouvelée et critique les luttes passées.

De ce point de vue, Jaurès est un continent à lui seul parce qu’il était à la fois homme politique et journaliste, historien, philosophe… Et parce qu’il avait choisi de consacrer sa vie à un engagement militant total destiné à changer radicalement la société. Il a sans cesse relié la pensée et l’action ainsi que le présent, le passé et l’avenir, l’ici et l’ailleurs, se situant toujours avec courage du côté des exploités, des déshérités, des opprimés. C’est en partie pour cela qu’il mérite d’être lu avec attention.

Les Œuvres en cours de parution chez Fayard y contribueront mieux à l’avenir, de même que la relecture des travaux réalisés depuis plusieurs années dans le giron de la société d’études jaurésiennes aujourd’hui présidée par Gilles Candar.

 La mémoire de Jaurès a longtemps été ensevelie sous un magma consensuel qui ne correspond pas vraiment à la réalité du personnage, de son œuvre et de son action. Et ces dernières années encore, « l’éviction du social » dans la recherche universitaire et la relative marginalisation de la pensée critique ont empêché de mettre à jour les thèmes les plus radicaux de son engagement politique et intellectuel. Beaucoup ont même oublié que, lorsqu’il fut assassiné, il se situait à la gauche du parti socialiste issu de l’unité de 1905. 

Pour m’en tenir aux thèmes les plus importants de ce que l’on nommait alors « la question sociale », Jaurès reste encore de nos jours, selon moi, un des dirigeants du mouvement ouvrier les plus à même d’éclairer l’avenir.

Ce qu’il a écrit sur la propriété privée et le collectivisme, sur la lutte des classes et les alliances politiques, sur le caractère à la fois révolutionnaire et barbare du capitalisme… nous aiderait à y voir plus clair à l’heure où l’on sent de toute part l’impérieuse nécessité de changer de système, et rapidement.

De même, sans nul doute, ce qu’il a répété à maintes reprises sur la nécessaire intégrité et autonomie de pensée et d’action de la classe ouvrière, sur l’extension des droits sociaux et l’intervention de l’Etat, sur la « méthode de l’évolution révolutionnaire », sur « l’internationalisme prolétarien »…, et sur bien d’autres sujets encore. 

Moderne, Jaurès ? Oui, me semble-t-il, parce qu’il a réfléchi en partant de la réalité, sans se raconter d’histoire, avec beaucoup d’honnêteté intellectuelle et en gardant toujours pour horizon l’idéal collectiviste.

Oui aussi parce qu’il a sans cesse relié la République et le socialisme, le collectif et l’individu, la réforme et la révolution, l’idéal et le réel, le national et l’international, la liberté et l’égalité…, sans jamais perdre de vue le but ultime et sans récuser a priori les méthodes et les contenus les plus radicaux (qu’il n’avait aucune envie, d’ailleurs, d’imposer a priori…). 

Des thèmes traités ces jours-ci par les média font écho à nombre de ses réflexions et propositions. Moraliser ou amender le capitalisme ? c’était pour lui impossible. La violence sociale ? c’est d’abord celle du patronat et des conseils d’administration, celle du système économique et social ainsi que celle de l’Etat qu’il faut considérer.

Nationaliser la grande industrie, la banque et les transports ? C’est certes nécessaire mais cela ne constituera qu’une faible partie de l’œuvre à accomplir. Unir toutes les forces de gauche contre la réaction ? oui encore, mais à condition de ne pas abdiquer son programme et ses principes, si nécessaires à la transformation sociale… 

Non vraiment, Jaurès n’était pas l’homme de consensus tant vanté ! Et il me semble qu’à présent nous avons avant tout besoin d’idées fortes pour sortir l’humanité (quel beau mot jaurésien !) du gouffre dans lequel des idées précisément trop consensuelles nous ont précipités.

 Ce qui se cherche depuis déjà trop longtemps, à gauche et à la gauche de la gauche, notamment pour donner le débouché politique aux luttes qui montent, renvoie sur bien des points à des thématiques qui ne sont pas nouvelles. Mais, bien sûr, il ne suffira pas de s’en remettre à Jaurès et à l’histoire pour trouver les réponses adéquates. C’est ici et maintenant, avec résolution, qu’il faut œuvrer à la transformation économique, sociale, politique et culturelle. Car, cela apparaît de plus en plus évident, tout doit être révolutionné. Puissent nos interrogations d’historiens sur Jaurès, les mouvements populaires et la révolution nous y aider un peu…