Archives de mai 2009

Lettre ouverte à M.Bugis

 LE SYNDROME DE LA GRENOUILLE A CASTRES

Les panneaux d’ « expression libre » censurés

Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température continue de grimper. L’eau est maintenant chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant.

L’eau est cette fois vraiment chaude; la grenouille commence a trouver cela désagréable, mais elle s’est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température continue de monter, jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart de temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.

Si nous regardons se qui se passe à Castres, depuis quelques années, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.

Des tas de choses qui nous auraient indignées il y a plus de 10 ans, ont été peu à peu banalisées, édulcorées, et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférent une grande partie de la population de notre ville et au delà.

Alors si vous n’êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuit, donnez le coup de patte salutaire avant qu’il ne soit trop tard.

 

A l’initiative des élus «  La Gauche Rassemblée pour un Réel Changement » et de l’association : « Castres A Gauche Vraiment », une réunion unitaire regroupant l’ensemble des partis de Gauche sans exception s’est tenue lundi 11 mai. A son ordre du jour, la décision de la municipalité de P.Bugis de supprimer la plupart des panneaux d’ « expression libre » de notre ville ( voir article récent dans mon blog en date du 28 avril).

 

L’ensemble des organisations a décidé d’adresser «  une lettre ouverte » au maire de Castres, de distribuer en commun un tract de protestation ( lire ci-après) samedi 16 mai, place Jean Jaurès et de tenir une conférence de presse.

C’est sans précédent à Castres.

Il peut paraître superficiel voire dérisoire dans un contexte d’une crise économique et sociale très grave, au moment où de nombreuses structures municipales sont attaquées par la droite locale, où l’absence de dialogue est de règle ( par exemple les antennes relais à côté de l’école maternelle Marie Curie) de s’exprimer et de se mobiliser contre la fin des panneaux d’ « expression libre » et pourtant cette mesure symbolise ô combien ! les atteintes répétées à la démocratie locale.

Il est temps de dire NON , il est grand  temps que la Gauche dans son ensemble se mobilise, il n’est plus possible de supporter l’inquiétude voire la peur ( eh oui ! il y a de nombreux témoignages dans ce sens ) qui traversent le mouvement associatif.

C’est une première étape qui j’espère, redonnera confiance et espoir à toutes celles et ceux qui sont profondément attachés à la liberté d’expression.

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Pour la défense des libertés publiques à Castres 

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LETTRE OUVERTE A M. BUGIS

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Monsieur Le Maire, 

Depuis quelques jours les habitants de Castres ont pu constater la disparition de la plupart des panneaux d’expression libre (il n’en reste que 15 sur les 50 précédemment en place).

Nous élevons une protestation solennelle contre cette atteinte à la vie démocratique locale. 

Ces panneaux ont été mis en place à la fin des années 70, sous la municipalité de JP Gabarrou pour permettre l’expression des associations, des syndicats, des partis politiques et pour mettre fin à l’affichage sauvage. 

Sur ces panneaux l’affichage commercial est interdit ; vous avez fait le choix de ne pas faire respecter ce règlement et aujourd’hui vous mettez en avant votre propre  choix pour en supprimer une très grande partie. 

Vos arguments sur la « pollution visuelle » ne sont pas sérieux, allez-vous aussi supprimer les centaines de panneaux publicitaires qui recouvrent la ville ? 

Votre méthode est condamnable mais elle n’est pas nouvelle, vous êtes coutumier de ces pratiques antidémocratiques.

Vos motivations réelles sont ailleurs.

Vous voulez limiter et contrôler toute expression libre à Castres.

Vous voulez réduire l’espace d’expression publique au profit de l’espace commercial privé. 

L’ensemble des forces politiques de Gauche de Castres dénoncent et condamnent votre décision. 

Nous vous demandons de réinstaller les panneaux d’expression libre, de  revenir sur une mesure qui fait régresser la démocratie dans notre ville. 

Nous restons vigilants et déterminés pour la défense des libertés publiques.  

Castres à Gauche Vraiment                    Les Alternatifs                   Les Verts  

Nouveau Parti Anticapitaliste                   Parti Communiste Français                   Parti de Gauche 

Parti Radical de Gauche                   Parti Socialiste 

   

On se souvient que le maire de Castres avait été distingué en 2008 par un prix : « Big Brother Awards » qui couronne ceux qui par leurs pratiques municipales, portent atteinte aux libertés publiques. Cette récompense était passée alors inaperçue, il est temps de féliciter l’heureux élu !

 

Henri Pena-Ruiz soutient le Front de Gauche

  Henri Pena-Ruiz :

« la laïcité ne peut se dissocier de la justice sociale »

 

Le philosophe estime que la laïcité est un idéal d’émancipation universel. Son combat acharné pour une République sociale et laïque le conduit à soutenir le Front de gauche pour le 7 juin.

 Vous êtes régulièrement invité à vous exprimer sur la laïcité dans des rencontres publiques. Ce sujet continue-t-il à intéresser, à passionner les citoyens ?

Henri Pena-Ruiz. Depuis 2005, date de la célébration du centenaire de loi de séparation de l’Église et de l’État, les débats sont récurrents sur ce sujet. Il refait surface avec le retour en force des fanatismes politico-religieux dans le monde, bien que certains estiment que ce débat appartient à la IIIe République et serait donc dépassé. En fait, la laïcité a souffert du fait qu’elle semblait acquise, comme l’est l’école publique. Tout le monde savait plus ou moins de quoi il s’agissait, sans pour autant qu’elle soit explicitée. Au point qu’elle fut parfois amalgamée à l’hostilité envers les religions, ce qui est évidemment le principal contresens à éviter. Ne confondons pas les luttes historiques nécessaires à l’avènement d’un idéal et le sens profond de cet idéal. La laïcité ne combat pas la conviction religieuse elle-même, mais le fait qu’elle soit érigée en référence obligatoire.

 

Pourquoi les débats sur la laïcité reviennent-ils sur le devant de la scène ?

Henri Pena-Ruiz. Nous vivons une époque paradoxale : jamais notre monde n’a disposé d’autant de moyens d’accomplissement universel sur le plan scientifique et technique. Les moyens existent pour nourrir toute la population du globe et lui permettre de vivre décemment. Or la figure du capitalisme mondialisé est productrice de chômage, de déshérence, de désespérance. Avec l’échec des alternatives à ce système, les citoyens considèrent que nous sommes dans une impasse face à ce capitalisme qui se prétend indépassable. Dans ce contexte ressurgit un besoin de religiosité, un besoin de compensation. Les fanatismes politico-religieux en tirent profit. 

L’emprise du religieux sur le politique a-t-elle pris une nouvelle dimension en Europe ?

Henri Pena-Ruiz. L’exemple thatchérien est assez éloquent sur la façon dont les capitalistes entendent gérer le désastre causé par leurs politiques. Mme Thatcher a méthodiquement brisé le prolétariat britannique et les grandes conquêtes de la classe ouvrière. Elle a désimpliqué l’État de ses missions sociales, surtout dans les banlieues. Simultanément, elle a encouragé les associations religieuses de quartiers à prendre le relais de l’État. Elle a réactivé le religieux sur le mode caritatif, remplaçant ainsi la justice sociale par la charité.

Le religieux reprend du poil de la bête, sur le mode d’une nouvelle revendication de reconnaissance publique. Quand Nicolas Sarkozy encourage les religieux à rétablir la paix dans les banlieues, il reprend le couplage thatchérien entre un monde inhumain livré à l’ultralibéralisme et la compensation caritative.

 

Vous estimez, en tant que marxiste, que la laïcité et l’égalité sont les leviers de l’émancipation. Ils ne peuvent donc pas, selon vous, se concevoir séparément ?

Henri Pena-Ruiz. Je n’ai jamais dissocié la laïcité comme idéal politique de la justice sociale comme idéal socio-économique. Je ne veux pas que la laïcité acquière le statut d’une référence purement abstraite laissant intacts les ressorts de l’exploitation, à l’image d’une certaine conception des droits de l’homme. Marx montre que la liberté, celle du chômeur en fin de droits par exemple, est tellement encadrée par les contraintes socio-économiques qu’elle est finalement fictive. Je suis fidèle à la pensée de Marx sur ce point. Je lutte pour la laïcité car j’ai conscience qu’elle est un levier pour l’émancipation. Mais je tiens à son indispensable couplage avec la justice sociale. Sans cette dernière, nous restons prisonniers des rapports socio-économiques. Il faut sur la recherche, par certains, d’une sorte de fantasme d’affirmation identitaire. Cette recherche renvoie, fondamentalement, à une situation de détresse. Pour Marx, la religion peut servir d’opium du peuple, de supplément d’âme d’un monde sans âme. Sa conclusion est qu’il faut lutter non pas contre la religion, mais contre ce monde sans âme qui suscite le besoin de cette religion compensatoire.

 

Vous soutenez que la laïcité est un « idéal d’émancipation universel ». Qu’entendez-vous par là ?

Henri Pena-Ruiz. Je ne crois pas que la laïcité soit une particularité culturelle. La culture, au sens émancipateur, ce n’est pas la soumission servile à une tradition, mais la capacité d’assumer celle-ci de façon éclairée. Ce qui implique distance et recul critique. Pour être traditionnelle, la soumission de la femme à l’homme n’en est pas moins inacceptable. Cessons de penser que l’universel se construit par simple « métissage » de civilisations, sans égard pour ce qui est vrai et juste en chacune d’elles. L’universalité ne se pose pas en termes géographiques ou culturels. Tout peuple devrait vivre selon les principes de la laïcité, qui sont la liberté de conscience, l’égalité de traitement de tous les citoyens quelles que soient leurs convictions spirituelles, et l’action universelle de la puissance publique. Liberté authentique, fondée sur l’autonomie de jugement, égalité des droits, rendue crédible par la justice sociale et internationale, se conjugueraient alors grâce à l’émancipation laïque des sociétés comme des personnes. Un tel idéal n’est le produit d’aucune civilisation particulière.

 

En quoi la laïcité est-elle un levier pour la liberté des femmes, notamment dans les pays où le poids de la religion pèse lourdement ?

Henri Pena-Ruiz. Les trois livres, la Torah, la Bible et le Coran, sont tous d’accord pour inférioriser les femmes. Les trois ont intériorisé la domination masculine propre aux sociétés patriarcales de l’époque. Quoique théoriquement inspirées par Dieu, les trois religions monothéistes codifient la hiérarchie des sexes et la sacralisent. De deux choses l’une : ou bien ces références religieuses oppressives doivent être relativisées par l’évocation du contexte historique et social qui les a déterminées ; ou bien on décide de considérer que de tels textes doivent s’appliquer aujourd’hui sans égard à leur contexte d’origine. De ce point de vue, la laïcité est très précieuse. Elle ne combat pas la foi mais le processus qui consiste à dicter la loi à partir de la foi. Elle affirme qu’une religion historiquement déterminée n’a aucune légitimité à dicter la loi commune. En ce sens, la laïcité est un levier pour l’émancipation féminine.

 

Est-ce votre combat acharné pour une République sociale et laïque qui vous a conduit à adhérer au Parti de gauche et à soutenir le Front de gauche aux élections européennes ?

Henri Pena-Ruiz. J’ai naguère milité au Parti communiste. J’ai hésité à y reprendre ma carte. Mais l’ambiguïté du Parti vis-à-vis de la laïcité m’a laissé perplexe. C’est dommage, d’autant que je reste profondément attaché aux valeurs communistes. Avec le Parti de gauche, pour la première fois, je me suis senti complètement en phase avec des orientations qui me sont chères : la défense claire et nette de la laïcité, la remise en question de la logique capitaliste et la volonté de réaffirmer et d’étendre les droits sociaux. Je soutiens le Front de gauche dont le mot d’ordre, « Changer d’Europe », dit bien que nous ne sommes pas contre l’Europe mais pour sa refondation politique et sociale. Jusqu’ici intellectuel de gauche désespéré, j’ai trouvé de l’espoir avec le Front de gauche. Je souhaite que cette alliance soit pérenne. Il serait illusoire, pour sauver quelques élus, de rompre avec cette belle stratégie. Il faut être soi-même en politique. Le parti, les élus sont un moyen, jamais une fin.

 

Interview paru dans le journal L’Humanité le lundi 11 mai 2009

 

 

 

 


 

 

TRIFYL, des déchets sans avenir ?

A L’AFFICHE  : le bon Maire

contre le méchant Sénateur  

 

  

 

La Commedia dell’arte : elle est permanente sur la scène politique locale, on y retrouve des personnages connus sous les noms d’Arlequin, de Scaramouche, de Mascarille (l’intriguant maître en fourberie), Pagliaccio (le souffre-douleur). Toute ressemblance n’est évidemment pas fortuite.

Au programme du mois de mai, une nouvelle pièce de théâtre promise à un brillant avenir : « le bon Maire et le méchant Sénateur ». Dans la même série on se souvient du : « bon Maire et le méchant Procureur » (pièce restée très longtemps à l’affiche) mais aussi du « bon Maire et le méchant Sous-préfet », « du bon Maire et le méchant Maire d’Aussillon », « du bon Maire et le méchant directeur de l’OMEPS » etc….

 

La mise en scène est parfaite, portrait du Maire de Castres portant le poids de la ville sur ses épaules et éditorial virulent dans Castres-Magazine, articles au vitriol… tout est prêt pour l’entrée des artistes. Eloignez les enfants !

Jugez plutôt : « Ordures ménagères : non à la double peine !… Je m’élève avec vigueur contre les coups de force (sic) qui se préparent… Les Castrais seront les premières victimes (re-sic)… les comptes de Trifyl sont excédentaires de plusieurs millions d’€…. Par mesure de rétorsion, M. Pastor ( tiens, sa fonction de sénateur a disparu !) annonce que la déchetterie de Castres sera désormais fermée le dimanche matin… ce comportement est inacceptable… Nous ne sommes pas des vaches à lait !… »

 

Bigre ! L’instant est grave ! Toute affaire cessante, mobilisons-nous et sus au « Madoff tarnais » des déchets.

Le méchant Sénateur, par ailleurs Président de Trifyl, adresse un bulletin d’information à l’ensemble des habitants du Tarn Sud (en particulier ceux de la Communauté d’Agglomération).

Par ailleurs, il écrit aux membres du Comité Syndical (les maires de la Communauté d’Agglomération)   pour la valorisation de déchets ménagers et assimilés .

On peut dans cette lettre lire : «… Soyez assuré que je suis pour ma part soucieux de retrouver avec la CACM un dialogue serein excluant polémiques et mauvais procès. Pour autant, je ne puis accepter les contre-vérités et je ne pense pas que Trifyl doive servir de terrain de joutes politiciennes. L’intérêt général commande de respect de chacun…. ».

De plus, il fait connaître sa réponse au bon Maire, trois pages aux arguments précis et rigoureux, trop longue pour la publier mais en voici quelques extraits :

« Monsieur le Maire, par votre courrier du 28 février dont les termes et le ton ne sont pas loin d’excéder les limites de la courtoisie élémentaire… dois-je vous rappeler que vous avez définitivement refusé le 16 janvier dernier l’implantation d’une déchetterie supplémentaire à Castres pour renforcer le service de proximité apporté aux habitants. Après avoir bloqué le dossier pendant de longues années (700 000 € bloqués pendant 3 exercices budgétaires). Je m’étonne que vous ne jugiez pas utile d’informer vos administrés sur ce point… Quant aux arguments financiers, ils sont parfaitement fallacieux  ( pour un Sénateur, accuser un Maire d’argument fallacieux, c’est magnitude 6 sur l’échelle de Richter). Définition dans le Petit Robert : qui est destiné à tromper, à égarer, faux, fourbe, hypocrite, mensonger, perfide, trompeur .

 Je n’ai pas la réputation d’être un homme de conflit mais plutôt celle d’un homme de consensus… » ( Souvent un peu trop, d’ailleurs ! NDLR)

 

 

Une fois de plus , le bon Maire est pris les doigts dans le pot de confiture de la désinformation, une nouvelle posture médiatique habillée de mensonges. Ah ! la bonne querelle que voilà ! Le choix du bouc émissaire, sénateur PS, qui s’attaque à notre déchetterie, c’est bon, coco, pour faire oublier les échecs municipaux, les conséquences de la crise sociale et économique dans notre ville . La ficelle est grosse…Qui sera le prochain pour que la série : «  Le bon Maire et… » puisse continuer ?

 

 

 

 

Textile« Carreman » tout un symbole !

 

 

Une mondialisation heureuse…qu’ils disaient !

 

Le journal  La Dépêche du Midi en date du 7 mai 2009 titrait sur sa première page : 

« Castres : un emploi en Inde pour 69€/mois »,

 en sous-titre : «  L’entreprise textile Carreman à Castres est en train de licencier 9 personnes, les propositions de reclassement font scandale. »

 

 

 

Stupéfaction et colère : telles sont les premières réactions.

 

Voici celle  que j’ai exprimée le vendredi 8 mai dans le quotidien local que vous lirez ,  complétée ci-après par de nombreuses autres réflexions.

 

Ce n’est pas une fatalité !

 

 

Au cœur de la crise économique, avec 3000 chômeurs de plus chaque jour dans notre pays, le gouvernement UMP et ses représentants locaux osent maintenir le bouclier fiscal et s’opposent au bouclier social. Les mêmes refusent de voter toute proposition de loi  permettant d’interdire des licenciements dans des entreprises réalisant des profits ( boursiers ou autres) ou bénéficiant de fonds publics, refusent d’accorder un droit de veto au comité d’entreprise, limitent l’expression syndicale et continuent de démanteler le Code du Travail.

 

A Castres, dans tout notre Bassin d’emploi, a-t-on seulement anticipé les conséquences de la crise économique et sociale pour un secteur textile déjà profondément sinistré depuis des années ?

Les questions se bousculent quand se rajoute à des licenciements une proposition ubuesque d’un « reclassement » à Bangalore pour quelques roupies. Si la loi le permet, il faut donc au plus vite changer la loi. Comment est ce possible ? Comment en est-on arrivé là ?

Les 360 milliards reçus par les banques ne servent-ils qu’à reconstituer leur taux de profit ?

Qu’en est-il des aides financières promises aux PMI-PME ? Force est de constater que le « Plan de relance » est un échec.

« Réagir et se mobiliser avant qu’il ne soit trop tard car des centaines de licenciements sont annoncés à l’échelle de notre Communauté d’Agglomération, telle doit être notre priorité… » c’est ce que j’écrivais il y a déjà 4 mois. Pourtant le président de cette dernière refuse toujours de prendre la moindre initiative.

L’entreprise Carreman (1300 personnes dont 283 en Midi-Pyrénées et notamment à Castres) symbolisait le dynamisme d’un secteur industriel qui résistait à la crise grâce au savoir-faire de ses cadres et employés. La sous traitance est touchée à son tour. Que fait-on ? Que font donc nos  élus à l’échelle locale, de la Communauté d’Agglomération,  sans oublier nos députés du Sud Tarn ?

Tartuffes

Le maire UMP de Castres et président de la Communauté d’agglomération fuit ses responsabilités en matière économique et sociale , refuse toute intervention . Pourtant, l’économie est une des compétences reconnues de la Communauté d’agglomération mais c’est plus que jamais le silence absolu. C’est inadmissible ! Aujourd’hui, quelques lignes : «  Une telle proposition n’est pas responsable, on est dans la démesure. » Il est vrai que Bangalore n’est pas Bucarest (salarié « reclassé » pour 135 € par mois) mais est ce bien différent sur le principe ? P.Folliot est député ( Nouveau Centre, allié fidèle de l’UMP) , il vote les lois ; que fait-il ? Qu’attend-il donc pour s’opposer à toute forme de dérégulation ? Quelles propositions fait-il pour éviter la « casse industrielle » et la destruction d’emplois annoncée ?

Face à la souffrance humaine, le double langage de l’un comme de l’autre devient aujourd’hui insupportable.

 

Face à l’urgence sociale

 

Il n’y a pas de fatalité du chômage et de la précarité pas plus que des bas salaires et de la pauvreté, les moyens financiers existent.

Des mesures immédiates peuvent être prises, par exemple : rétablir au plus vite le contrôle administratif de l’inspection du travail sur les licenciements pour motif économique.

 

Il est grand temps de mettre en place un «  Observatoire de l’emploi » réclamé depuis des mois, d’instituer un moratoire sur tout licenciement. En tout état de cause, une «  cellule de reclassement » digne de ce nom doit pouvoir agir.

 

 

 

Je tiens à saluer la détermination et le courage de Véronique Jacobé, employée chez Carreman et concernée par la proposition de reclassement en Inde. Elle a su témoigner de la réalité de son travail et de sa colère ( La Dépêche du Midi, samedi 9 mai). C’est aussi pour beaucoup un message d’espoir : ne plus vouloir subir, relever la tête et se battre.

Ce samedi matin, sur le marché Jean Jaurès, les militants du Front de Gauche ainsi qu’Eric Jalade pour le PCF, distribuaient un tract . Toutes les discussions ont porté sur la situation des salariés de l’entreprise textile. Inutile de préciser que l’indignation s’exprimait ouvertement. Le lien était vite fait avec la réalité du capitalisme financier aujourd’hui, l’Europe  » libérale » que l’on nous promet, etc…Il est vraiment grand temps, ENSEMBLE, de proposer une autre Europe, une autre société.

 

Assez de pessimisme, si vous êtes cadre commercial chez Carreman, un séjour ( appelé voyage d’affaires) est prévu bientôt à Bora Bora. Il est évident qu’il est impossible de signer des contrats à Castres. Quant à  Toulouse, il y a longtemps que l’aéroport a disparu…

Je vous propose donc un beau voyage vers Bora-Bora.

 

 

Gérard Mordillat écrivain et cinéaste

 L’écrivain et cinéaste, auteur du roman «  les Vivants et les Morts », est candidat sur la liste du Front de gauche.

Vous figurez sur la liste présentée par le Front de gauche aux élections européennes en Île-de-France. Pourquoi cet engagement ?

Gérard Mordillat. Il y a trois ans, les Français, par référendum, ont clairement rejeté le projet de traité constitutionnel européen. Mis à part des modifications de pure forme, ce même traité, qui consacrait le libéralisme comme base intangible de l’Union européenne, a été adopté par voie parlementaire en février 2008. Ce qui, à mes yeux, constituait un déni scandaleux de démocratie doublé, de la part des élus socialistes, d’une trahison de leur électorat. Le traité dit de Lisbonne constitue un acte manifeste d’injustice d’État. En l’adoptant, l’État se vengeait des citoyens qui n’avait pas obéi à ses injonctions et les parlementaires se vengeaient de leurs électeurs qui avaient refusé de suivre les ordres. Cette injustice, ce mépris, cette trahison sont les trois éléments fondamentaux qui motivent mon engagement à lutter activement contre cette conception d’une Europe qu’on savait antisociale et qui se révèle foncièrement antidémocratique.

Qu’est-ce qui vous a décidé ?

Gérard Mordillat. J’ai pris cette décision après une conversation avec Francis Wurtz dont l’action à l’intérieur du Parlement européen m’a toujours paru très juste et très fondée. Je l’ai prise aussi parce que je crois qu’il y a une nécessité absolue à constituer un Front de gauche face à l’UMPS. Je trouve profondément désolant que le NPA, en tout cas ses dirigeants, refuse de participer à cette démarche unitaire. Sur l’Europe, si on interroge les militants ou les sympathisants du NPA, on trouvera une convergence de 99,9 % entre leurs positions et les options du Front de gauche. Dès lors, les choix du NPA sont incompréhensibles, sauf à se placer dans une dérive sectaire animée par un esprit de boutique. Une sorte de caricature de l’électoralisme où l’intérêt particulier prime sur l’intérêt général.

Comment voyez-vous votre rôle, compte tenu de votre position dans le champ culturel ?

Gérard Mordillat. Mon rôle, comme cinéaste, comme écrivain, est de parler de ce qui ne va pas. De montrer le réel, et de faire entendre par des voix différentes d’autres voix qui se font entendre par ailleurs. Je crois qu’un grand débat doit avoir lieu en Europe, c’est celui de l’égalité. La liberté, on voit à peu près ce que c’est. La fraternité aussi, même si elle est dévoyée sur le mode de la charité. L’égalité est la question centrale qui se pose en Europe. Parce qu’il ne suffit pas de proclamer l’égalité des droits entre les citoyens. La situation sociale et politique fait qu’une part immense des populations européennes est incapable d’exercer les droits qui leur sont théoriquement reconnus. Les « sans » prolifèrent : sans travail, sans logement, sans papiers, sans, sans, sans…

Une grande question qui se repose périodiquement est aussi celle de la culture. Où en est-on en Europe ?

Gérard Mordillat. Déjà, quand j’étais président de la société des réalisateurs de films, avec l’appui et les encouragements de Jack Ralite, j’ai fait en sorte que nous nous engagions pour l’exception culturelle, pour empêcher la mise en place de l’AMI, et pour sauvegarder cette notion essentielle du droit français, que constitue le droit d’auteur, contre le copyright que veulent imposer les Anglo-Saxons, les Britanniques et les Néerlandais agissant en chevaux de Troie de l’industrie américaine. Mais, la culture, ce ne sont pas que les arts : c’est l’éducation, la science, les savoirs. Or, pour ne parler que de la France, on voit se multiplier les signes alarmants de mise en place au niveau du savoir d’une réduction de toutes les capacités de l’enseignement et de la recherche, au nom d’une rentabilité immédiate. On sait bien que la recherche fondamentale, par exemple, ne peut être évaluée de cette manière. Cette idée de tout vendre, de tout rendre vendable, je la combattrai chaque fois que je le pourrai.

Une autre dimension de la politique européenne, qui renvoie au travail que vous avez accompli avec Jérôme Prieur, est la question de la laïcité, de la liberté de pensée.

Gérard Mordillat. C’est en Europe un enjeu important. Cela ne se sait pas beaucoup, mais en France, il existe un lobby universitaire catholique, proche des fondamentalistes, qui entend enseigner l’histoire sainte comme histoire. D’ailleurs, le président de la République vient de faire reconnaître en France la validité des diplômes délivrés par le Vatican. C’est une régression incroyable. Les convictions religieuses sont et doivent rester du domaine privé. Malheureusement, en Europe et en France, la religion et les religieux de tous bords interviennent de plus en plus dans la vie intellectuelle et politique. On réécrit l’histoire à l’eau bénite et l’on dresse les bûchers inquisitoriaux pour y faire brûler ceux qui ne sont pas dans l’orthodoxie cléricale. Condorcet distinguait les hommes qui raisonnent et ceux qui croient. Je me place résolument du côté de la raison contre la foi et ses superstitions.

Il y a eu cette querelle sur les racines chrétiennes de l’Europe. Le Parlement européen sera-t-il un terrain d’affrontements en matière de laïcité et de neutralité religieuse ?

Gérard Mordillat. L’Europe n’a pas que des racines chrétiennes, la philosophie grecque, la sagesse juive, l’islam, pour ne parler que d’évidences, sont autant constitutives de l’Europe que la chrétienté. Quant à l’idée laïque, elle ne cesse d’être attaquée à l’intérieur du Parlement européen, et doit être défendue avec vigueur. Je prends par exemple le darwinisme, que les créationnistes – pas seulement américains – ont pris pour cible. Ils veulent, avec le soutien des églises, imposer une lecture religieuse de la science comme un enseignement croyant de l’histoire. Nous devons nous y opposer de toutes nos forces et, avec les moyens qui sont ceux d’un cinéaste et d’un écrivain, je me battrai toujours contre toutes ces formes d’obscurantisme. Un obscurantisme qui a un grand avantage politique pour ceux qui rêvent de gouverner des peuples soumis et dominés.

Comment envisagez-vous votre action pendant ces semaines de campagne ? Gérard Mordillat. Ce sera avant tout une campagne de témoignages. Je suis en train de tourner les Vivants et les Morts, une adaptation d’un roman que j’ai écrit il y a trois ans. Un très long projet, réalisé sous la forme de huit épisodes de cinquante-deux minutes pour France 2 et Arte. Je pourrai donc intervenir dans les médias, mais je ne pourrai pas participer autrement à la campagne. En réalité, en tournant dans le Nord cette histoire d’une insurrection ouvrière à la suite de la fermeture d’une usine, j’ai l’impression d’être dans la campagne par une autre voie, mais d’y être, d’y être pleinement ! Un des personnages du film dit à un moment : « La peur doit changer de côté. » Une phrase qui résume à la fois le sens de mon engagement et la perspective politique de ces élections.

Interview parue dans le journal L’Humanité ( mardi 5 mai)