LE C.O. passe à la caisse
Publié dans i) Coups de projecteur (79), le 01/06/2009 à 22:53, par Philippe GuerineauLE C.O. AU CARREFOUR,
LA VILLE AU FEU ROUGE
Si vous n’êtes pas un lecteur régulier de la Dépêche du Midi, vous ignorez tout des relations actuelles entre le Castres Olympique et la ville de Castres en la personne de son Maire.
Il est pour le moins inhabituel de voir étalés sur la place publique à la fois une demande d’augmentation de la subvention annuelle et le refus en des termes souvent excessifs d’y souscrire.
Rappel des épisodes précédents : titre en première page de la Dépêche du Midi en date du 7 mai : « Le C.O. demande 500 000 € à la ville » , on apprend alors qu’un courrier a été adressé au maire de Castres par les dirigeants ( ?) du C.O. argumentant la demande. A l’évidence, ce courrier ne s’est pas limité à l’Hôtel de ville. Pressions médiatiques ???
Le 26 mai, toujours dans le même quotidien, le maire P.Bugis répond à la demande du C.O. et prend la population de Castres à témoin : « La ville ne peut pas suivre… , cela entraînerait 3% d’augmentation des impôts locaux ( ?)…, je n’ai pas de marge financière suffisante… » Plus loin, le maire constate : « Pas d’euphorie autour du C.O….amertume des supporters…aucune osmose entre la vie du club et les supporters…une identité perdue de vue… » Le constat est sévère. Cerise sur le gâteau, le maire se dit prêt à organiser un REFERENDUM (sic !)
Derrière les mots, que se passe-t-il donc dans les relations entre le C.O. et la ville de Castres par presse interposée : divorce ou grandes manœuvres ? En tout cas, au delà du poker menteur actuel, le bras de fer existe dans les coulisses et la presse est utilisée tantôt par les uns tantôt par les autres pour faire les gros titres (500 000 € …REFERENDUM…)
Qu’en est-il exactement car les chiffres évoqués sont souvent très approximatifs ? L’association Castres Olympique reçoit une subvention annuelle de 106 660 € , il faut ajouter une subvention pour son centre de formation de 71 735 €. La ville verse par ailleurs 46 000 € pour les places « réservées ou distribuées » et pour sa publicité.
A savoir, l’Aviron Castrais reçoit 13 000 €, Castres Athlétisme 23 400 €, Castres Football Club 52 346 €, Castres Sports Nautiques 25 200 €, etc…Le Conseil Général du Tarn, on le sait peu, verse au C.O. 150 000 €.
Si la ville devait satisfaire la demande du C.O., elle devrait plus que doubler sa subvention annuelle.

L’analyse de P.Bugis si elle fait preuve d’une certaine lucidité, est exagérée. En tout état de cause, pourquoi ce langage n’a-t-il pas été tenu beaucoup plus tôt ? Pourquoi se réveiller aujourd’hui alors que la « crise d’identification » entre le C.O. et ses « supporters » est ancienne ? Quant à l’éventuel référendum, il ne s’agit que d’un échappatoire déjà utilisé par le passé à plusieurs reprises concernant divers sujets et bien sûr jamais réalisé ( d’ailleurs il n’est pas sûr que la loi puisse le permettre).
Alors ne s’agirait-il que d’un jeu de rôles ? Chacune des parties adoptant une posture pour prendre date ( désengagement partiel des Labos Fabre, etc…)
Sur le fond, il est vrai que la professionnalisation à outrance du rugby entraînera des changements profonds ( peut-on les maîtriser en plafonnant les salaires, en limitant le nombre de joueurs étrangers ?) Les clubs au budget limité pourront-ils prétendre aux six premières places du Top 14 ?
Les salaires mensuels pour les joueurs du C.O. s’élèvent en moyenne à 20 000 €, certains joueurs touchent davantage. Cette dérive inflationniste peut-elle continuer ?

1989 : le C.O. en devenant champion de France du groupe B accédait à la 1ère division, je me souviens d’une belle et grande fête populaire, spontanée, la moitié de la nuit devant le café Coll, véritable moment de joie partagée.
1993 : le C.O. est champion de France, j’étais avec un de mes fils sous le bouclier de Brennus sur la pelouse du stade Pierre Antoine , instants inoubliables où toute une ville se retrouvait
C’était hier et pourtant comme tout cela semble d’une autre époque.
Denis Tillinac en 1993 écrit son livre : « Rugby blues ». Il parle de ma jeunesse, celle des Boniface et des Camberabero, des gros à la mode Domenech et Roques…, il évoque : « Au pays du rugby les tuiles sont romaines, les accents chantant, les apéritifs anisés et les ventres des dirigeants arrondis par le cassoulet radical-socialiste. C’est une Occitanie élargie au Massif Central, au sillon rhodanien avec deux capitaineries en terre étrangère, Toulon et La Rochelle(…)A chaque club sa mythologie(…) A chaque club son héros de légende, en exercice ou au rancart(…) »
Beaucoup de nostalgie pour un siècle qui ne reviendra pas. Est-ce à dire que la « marchandisation » est inéluctable ? Je ne le pense pas. Il est possible pour le C.O. de retrouver « les valeurs perdues » par trop de fuite en avant , il est possible de retrouver l’esprit de 1989 ; l’équipe Reichel pour la deuxième fois champion de France montre la voie, le centre de formation doit trouver toute sa place sur la durée et dans la stabilité ; des jeunes joueurs doivent pouvoir s’exprimer. C’est à ce prix que notre ville pourra à nouveau « s’identifier » à son équipe. Depuis l’empire romain, on sait qu’ une légion de « citoyens en arme » est toujours supérieure à une légion de mercenaires même si chacun d’entre eux possède de belles qualités. Espérons que la période du C.O. « bling-bling » est derrière nous et qu’à nouveau le « Tous ensemble » résonnera dans notre stade.
N.B. Question subsidiaire : une ville peut-elle se rassembler derrière son équipe le samedi et en semaine être divisée par les édiles de celle-ci ? En d’autres termes, un maire qui choisit d’opposer une partie de la population à une autre, une catégorie de celle-ci à une autre catégorie, de stigmatiser des quartiers entiers, de se complaire dans une « culture du conflit » est-il le mieux placé pour rassembler les énergies et les bonnes volontés de sa ville ?
Seule proposition faite à ce jour par P.Bugis : « créer des loges dans le stade », idée stupide et surtout scandaleuse qui ne ferait qu’accentuer un peu plus la division entre « l’aristocratie » et tout « le peuple du rugby ».
La rigueur budgétaire brandie par P.Bugis est pour le moins à géométrie variable.Pour ne prendre que deux exemples, le premier : la ville va dépenser plus de 530 000 € uniquement pour les deux mois d’été en animations et spectacles, dont 200 000 € pour le tout nouveau festival « A Tue Tête » sur 3 jours ( sans commentaire). Le deuxième : elle verse une subvention annuelle de 495 000 € à l’école de musique de Castres pour 550 élèves ( soit environ 900 € par élève).

1921 Mon grand père avec l'équipe de Saujon, champion des Charentes
