Archives de septembre 2009

Conseil municipal du 29 septembre

Souriez : vous êtes filmé…

 

  Un Conseil municipal se divise en 3 parties : tout d’abord un compte rendu des décisions prises par le Maire puis les délibérations enfin les questions orales.

Par exemple du 6/07/09 au 23/09/09 le Maire de Castres a pris 96 décisions d’inégale importance : cela va (le 19/08/09) de la  cession d’un ancien cyclomoteur aux établissements Faury-MBK au prix de 350€  jusqu’à la vente de 800 marque- page au Musée Jean Jaurès au prix unitaire de 0,70 € ; à signaler les affaires juridiques puisqu’il y a pas moins de 5 «  autorisations d’ester en justice » . Souvent rien de bien passionnant, gestion courante au jour le jour de toute municipalité.

 

Personne n’y prête attention et sans doute peu de conseillers municipaux en prennent connaissance. Erreur ! Le 30 mars 2009, le Conseil municipal a largement étendu « les délégations de pouvoirs » accordées au Maire ; ce qui évite toute délibération et donc tout débat en Conseil municipal et également devant la presse.

Chaque « décision » comporte 3 lignes de présentation, il faut donc consulter au secrétariat général le dossier concerné et cela en un temps très court. C’est ce que je fais régulièrement, de même que les collègues de mon groupe.

 

Parmi les 96 décisions, l’une d’entre elles attire notre attention :  «  25/08/09 : Marché avec la société Thévenet, consultant pour une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage relative à la mise en place d’un système de vidéo protection , montant : 17043,O € TTC ».

Pour le moins, c’est le type de décision qui aurait mérité une délibération. A la lecture de quelques pièces du dossier, j’apprends que «  les services de la Ville de Castres ( ?) ont rendu leurs conclusions au sujet du diagnostic local de sécurité ».

La Ville pour réaliser des études relatives à l’élaboration de ce dossier a recours à un bureau d’études spécialisé en vidéo surveillance. Le diagnostic local de sécurité ( ?) s’inscrivant dans les orientations nationales de la future ( ?) loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieur ( LOPSI 2).

Cette mission d’assistance aura pour objectif de travailler sur «  la vidéo surveillance d’espaces et de bâtiments publics, la sécurisation de processus d’acquisition de visionnage, d’exploitation et de conservation des images produites par le système ».

Une dizaine de caméras sont prévues sur le territoire communal, il est fait le choix de            «  caméras déplaçables »  grâce au réseau Wimax. Tiens, tiens ! c’est ce que l’on essayait de nous cacher il y a quelques mois quand fut votée une délibération le 3/02/09 permettant l’installation de 99 bornes dans notre ville… C’était pour les étudiants, nous disait on alors.

 

J’interrogeai donc le Maire au sujet de cette décision ( il n’est d’ailleurs pas, je crois,  obligé de répondre mais le fait habituellement). Chacun s’accordera à dire qu’au sujet de la vidéo surveillance, un débat doit avoir lieu en Conseil municipal avant que le dossier soit bouclé et que les élus que nous sommes, que la population  soient mis une fois encore devant le FAIT ACCOMPLI.

 L’avenir de nos libertés et de la démocratie locale mérite assurément que le débat soit enfin sur la table et non caché sous le tapis ( à suivre…)

 

« Circulez, y a rien à voir…

Souriez, vous êtes filmés… »

 

 

Votons à Castres pour dire Non à la privatisation de La Poste

 

Plusieurs organisations politiques, syndicales et associatives de Castres (1) se sont réunies le jeudi 24 septembre, à l’initiative des 5 élus du groupe d’opposition municipale  «  La Gauche Rassemblée pour un réel changement ». Elles ont décidé de tout mettre en œuvre pour organiser du mercredi 30 septembre au samedi 3 octobre la consultation nationale appelée «  votation citoyenne » pour dire non à la privatisation de La Poste.  

Faites connaître autour de vous les dates, les horaires et les lieux où les urnes, les bulletins de vote et les listes d’émargement seront disposés.

 

  

Le service public de La Poste appartient à toutes et à tous.

Il remplit des missions indispensables en matière d’aménagement  du territoire et de lien social.

Ce service public est déjà l’objet de remises en cause très importantes qui ont abouti à une détérioration du service rendu à la population.

Le gouvernement et la direction de La Poste veulent aller encore plus loin et la privatiser.

Nous refusons cette logique. Chacun doit pouvoir décider de l’avenir du Service public postal.

 

 

  

CONTRE LA PRIVATISATION

 DE LA POSTE


VOTATION CITOYENNE

 

 

CASTRES 

 du 30 septembre au 3 octobre

  

   

VENEZ NOMBREUX

METTRE VOTRE BULLETIN DANS L’URNE

 Mercredi 30 septembre : Marché de Lameilhé de 9h30 à 12h

  Vendredi 2 octobre :      Pôle emploi – Albinque de 10h à 16h

                                La Poste, Castres – Soult de 15h à 18h

                            Mairie de Castres de 16h à 18h

 Samedi 3 octobre :        Marché, place Jean Jaurès de 9h à 12h

                              La Poste , Castres – Soult de 9h30 à 12h

  Dépouillement des votes à 12H30

Bourse du Travail

Rue Ferdinand Buisson

 

Consultation nationale organisée à l’initiative du Comité national contre la privatisation de la Poste, relayée par le comité local de Castres :

 

Pour un débat public et un référendum sur le service public postal

 

( 1) Signataires : Attac, Castres à Gauche Vraiment, Les Alternatifs, Les Verts, le PCF, le Parti de Gauche, le Parti Socialiste, la FCPE,  la FSU,   SUD Solidaires, la CGT ( UL, UD, retraités, Indecosa, Fapt).

 

 

 

 

 

 

 

 

Liberté de la presse …en 1894

 

Dimanche, fin d’après midi, je prends connaissance du numéro spécial de la revue l’Histoire dont le sujet est : « Le Mur de Berlin, 1961-1989 ».Hormis ce dossier, un article de Jean Noël Jeanneney ( professeur à l’IEP de Paris…) relate les divergences entre Clemenceau et  Jaurès au sujet de la responsabilité de la presse en démocratie.

Article passionnant que je ne peux m’empêcher de vous faire connaître.

 

 Au soir du 26 décembre 1894, le Tout Paris se bouscule à la première d’une pièce du dramaturge norvégien Heinrik Ibsen intitulée Un ennemi du peuple.

Georges Clemenceau et Jean Jaurès sont dans la salle. Le premier n’est plus député, il a été battu dans le Var et écrit beaucoup. Le deuxième vient d’être réélu député socialiste du Tarn en 1893.A la fin de la pièce, on voit les deux hommes confronter leurs réactions. Sur le contenu de leurs échanges, nous sommes bien renseignés, nous dit Jean Noël Jeanneney car suivront plusieurs articles concernant la vocation, la latitude d’action, la responsabilité de la presse en démocratie.

 

QUE RACONTE CETTE PIECE DE THEATRE ?

 

Ibsen met en scène l’histoire d’un médecin , le Dr Stockmann qui constate que les patients venus se soigner dans la ville d’eaux, repartent plus malades qu’avant d’arriver. Il découvre que la rivière qui traverse la cité est polluée par les déchets d’une tannerie. Il fait part aussitôt de la nouvelle au rédacteur en chef du journal local, le Messager du Peuple. Ce dernier , sans hésiter, invite le docteur à préparer un article qui devra paraître en première page.

Mais rien ne se passe comme prévu : le préfet s’oppose à toute publication suivi du président des propriétaires des appartements qu’on loue aux curistes , qui est aussi l’imprimeur du journal. Ils expliquent au docteur qu’il n’est pas question de faire paraître l’article. La ville peut être ruinée. Le médecin décide quand même d’avertir ses compatriotes mais les citoyens indignés lui lancent des pierres qui déchirent ses vêtements  et brisent les vitres de sa maison.

 

Jean Noël Jeanneney constate que  « La coalition des intérêts  est relayée par les passions de la foule ». Le docteur conclut entre humour et amertume : « Il ne faut jamais mettre son meilleur pantalon quand on va défendre la liberté et la vérité ».

Clemenceau et Jaurès déplorent tous les deux, naturellement, que le journaliste n’ait pas eu le courage d’affronter, pour dire la vérité, les puissances d’argent et les débordements du public abusé.

 

Mais des divergences vont vite apparaître :

Pour Clemenceau, la grandeur du journalisme est d’éclairer la foule, il faut dit-il, «  glorifier l’énergie individuelle contre les erreurs, les préjugés, les mensonges dont se fait l’opinion des hommes ». Son jugement est sans appel, l’attitude du journaliste est détestable, marquée par la lâcheté.

 

Jaurès au contraire appelle à l’indulgence, l’attitude du Messager du Peuple résulte de la nature même du système capitaliste. C’est celui-ci qui contraint la presse à dissimuler la vérité. Plus tard seulement…En attendant, il ne faut pas accabler le journaliste.

 

Jean Noël Jeanneney poursuit que ce débat entre les deux hommes n’a rien perdu de son actualité…  (La pièce de théâtre non plus d’ailleurs…)

Quel est le prix à payer pour la séduction des lecteurs ?

Pour Jaurès, il est trop facile d’affirmer que le journaliste devait devancer l’opinion publique. A quoi bon dire la vérité si on n’est pas écouté ?

«  Faut il choisir l’absolu pour témoigner ou bien faire la part du feu pour être efficace ? »

 

« Résignons nous, dit Jaurès, à ce que dans un premier temps, la loi de la majorité empêche la partie impatiente et généreuse de l’humanité d’entraîner celle-ci dans un ordre nouveau avant que la nature des choses l’ait rendu possible. »

Cette passivité-provisoire- est insupportable pour Clemenceau, il juge qu’il appartient aux minorités, portées par le courage, dans les journaux, de quelques uns de «  favoriser l’action contre la majorité ».

Pour Clemenceau, l’essentiel est le courage immédiat de témoigner même seul. Il salue «  L’homme tiraillé, déchiré par des mouvements contraires, tâtonnant chancelant vers le mieux ».

Jean Noël Jeanneney conclut :  « A travers cette pièce de théâtre se dessinent des interrogations qui sont désormais au cœur de la vie de la presse, son influence, son rayonnement, et, au premier chef ses relations avec l’argent. Car le cheminement de celui ci concrétise les pressions du présent en face de convictions d’avenir servant un combat durable. Ainsi est posée, la question des moyens matériels qu’utilisent ouvertement ou subrepticement les pouvoirs politiques et économiques pour influencer les plumes et possiblement les asservir, au grand dam de l’avenir rêvé  ».

 

Alors plutôt Georges Clemenceau ou plutôt Jean Jaurès ?

A la réflexion, pièce de théâtre et divergences entre les deux hommes, est ce si important, tout cela s’étant passé il y a si longtemps… ? n’est ce pas !

    

 

 

 

  

 

 

 

Conseil municipal 29-09 : nos « questions orales »

  

   Philippe GUERINEAU

La Gauche Rassemblée

pour un Réel Changement

 

                   Monsieur Pascal Bugis

                   Maire de Castres

 

                                Castres, le 22 septembre 2009

Monsieur le Maire,

 

A l’occasion de la séance du Conseil Municipal du 29 septembre 2009, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance mon souhait de déposer les questions orales suivantes :

 

Ø         Le 31 mars 2008 le Conseil Municipal votait une délibération vous autorisant à signer les contrats et conventions relatifs à la programmation du festival de chansons françaises « A Tue-tête ».

Fait sans précédent et en infraction avec les articles du CGCT (Art. 21-21-13…), le dossier préparatoire aux votes de la délibération était vide. Depuis, à plusieurs reprises, j’ai demandé à votre 1er Adjoint, de pouvoir consulter l’ensemble des documents, sans succès. Je vous réitère donc ma demande d’informer le Conseil Municipal sur le bilan financier du festival « A Tue-tête ». Pouvez-vous l’informer également sur le montant des dépenses engagées lors du concert de rentrée du 11 septembre 2009 ?

 

 Ø        Lors du Conseil Municipal en date du 30 août 2008, une délibération intitulée « étude pour la reconversion du site de Castres » a été votée afin de financer une étude concernant « la reconversion du site de l’hôpital du centre ville ». A plusieurs reprises, vous vous êtes engagé à permettre aux Conseillers Municipaux d’opposition de consulter les résultats de cette étude. Le 6 juillet 2009 Mme Monique Maynadier Conseillère Municipale, vous a adressé un courrier vous demandant de pouvoir consulter les résultats de l’étude. A ce jour, vous n’avez toujours pas dénié répondre à ce courrier.

Pouvez-vous nous indiquer quand les Conseillers Municipaux pourront consulter ces dossiers, comme la loi le leur permet ?

 

Ø        Pouvez-vous informer le Conseil Municipal sur le devenir du Centre d’Art Contemporain de votre ville ?

 

En espérant que vous en prendrez bonne note,

 

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées.

 

              Philippe GUERINEAU

 Géraldine ROUQUETTE

La Gauche Rassemblée

Pour un Réel Changement                                                                                                                                                                 Monsieur Pascal Bugis

                   Maire de Castres 

                          Castres, le 23 septembre 2009

  Monsieur le Maire,

 

A l’occasion de la séance du Conseil Municipal du 29 septembre 2009, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance mon souhait de déposer la question orale suivante :

sl702519 

Ø                  Lors du Conseil Municipal du mois de juin, une motion de soutien aux salariés de l’entreprise Dynamic a été votée. Nous vous avions demandé au cours de ce Conseil Municipal d’intervenir auprès de Mme le Préfet pour la tenue d’une table ronde sur l’emploi dans le secteur textile de notre ville et plus largement dans le Sud du Tarn ?

Avez-vous donné suite à cette requête ? Si oui, pour quel résultat ?

 

En espérant que vous en prendrez bonne note,

 

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées.

                    Géraldine Rouquette

 Monique MAYNADIER

La Gauche Rassemblée

Pour un Réel Changement 

                Monsieur Pascal Bugis

                   Maire de Castres 

                             Castres, le 23 septembre 2009

 Monsieur le Maire,

 

A l’occasion de la séance du Conseil Municipal du 29 septembre 2009, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance mon souhait de déposer la question orale suivante :

 

Ø      Le 3 octobre, une consultation citoyenne sera organisée dans de nombreuses communes de France (toutes tendances politiques confondues) sur l’avenir de notre service public postal.

La ville de Castres, comme toutes les communes de notre département a reçu un courrier à ce propos. Avez-vous pris des dispositions pour que la commune de Castres permette l’expression de nos concitoyens sur ce projet de privatisation de la Poste ?

 

En espérant que vous en prendrez bonne note,

 

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées.

 

 

 

                        Monique MAYNADIER  

  André MARTINEZ

La Gauche Rassemblée

Pour un Réel Changement                                                                                                                                                                 Monsieur Pascal Bugis

Maire de Castres 

                                Castres, le 22 septembre 2009

Monsieur le Maire,

 

A l’occasion de la séance du Conseil Municipal du 29 septembre 2009, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance mon souhait de déposer les questions orales suivantes :

 

Alors que je rendais visite aux habitants de l’aire de la Vivarié accompagné de Mme Maynadier et de Mme Rouquette, votre Directeur des Services sur votre instance m’a joint par téléphone pour nous demander d’interrompre notre visite.

 

Ø      Pourquoi est-il nécessaire que la population aujourd’hui sédentaire  de l’aire de la Vivarié soit déplacée pendant un mois d’été ?

Ø      L’accès à l’aire est-il soumis à une réglementation particulière, interdisant l’entrée aux visiteurs ? Un conseiller municipal a-t-il le droit de rendre visite aux habitants de l’aire ?

 

En espérant que vous en prendrez bonne note,

 

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées. 

                    André MARTINEZ

 

 

Ils résistent

 

 «   Ils résistent  … » 

 

Aujourd’hui, les ouvriers de l’entreprise textile Dynamic manifestent à Castres devant le Palais de justice…Déception, il faudra encore attendre une semaine pour qu’une décision lourde de conséquences soit rendue…Dur, dur…quand les menaces de licenciement se précisent.

 

Grève à la Poste  de nombreux salariés manifestent devant notre sous préfecture.

La «  votation citoyenne » prévue le 3 octobre contre la privatisation de la Poste se prépare.

Une réunion unitaire des partis de Gauche, syndicats, etc…se tiendra jeudi prochain à la Maison des associations et des syndicats.

 

18h : commission des finances, une semaine avant le Conseil municipal du 29 septembre : RIEN …par contre les conseillers municipaux du groupe d’opposition «  La Gauche rassemblée pour un réel changement » auront de nombreuses «  questions orales » à poser. J‘y reviendrai.

Ce soir, pour rien au monde, je ne veux rater le très bon film « Valse avec Bachir » donc peu de temps pour mon blog, d’autant plus que mes élèves m’attendent ( avec impatience ?) dés demain 8h.

 

Le 23 mai 2009, sur ce blog, je vous avais présenté le film de Robert Guédiguian :  « L’armée du crime » présenté en avant-première au festival de Cannes. Il sort cette semaine sur nos écrans ( à Albi, etc…) mais malheureusement  ( pas encore ?) à Castres. Je vous invite à relire la chronique écrite il y a 4 mois. A signaler, un excellent dossier sur ce film dans l’hebdomadaire Politis de cette semaine.

 

 » Vivre et résister «  

 

 On ne présente plus la filmographie de ce grand cinéaste : 1995 « A la vie, à la mort », 1997 : « Marius et Jeannette », 2000 : « A l’attaque ! », 2001 : «  La ville est tranquille », 2005 : « Le promeneur du Champ de Mars ».

 

Robert Guédiguian a choisi de soutenir, à l’occasion des élections européennes les listes du FRONT DE GAUCHE : «  La seule proposition de gauche qui affiche une stratégie d’union de la gauche, c’est le Front de Gauche. Puisse-t-il recréer le lien qui s’est rompu avec l’histoire du mouvement social ».

 

Il était présent au Festival de Cannes pour présenter son dernier film :  « L’Armée du crime » sur l’Affiche rouge et le réseau Manoukian, ces résistants à l’occupation nazie pendant la dernière guerre.

 Ci après , deux articles de presse, l’un du journal l’Humanité, l’autre du journal Le Monde.

 

 

h_4_ill_1194388_3832_cannes-armee-crime

Robert Guédiguian « Des étrangers et nos frères pourtant »

Hors compétition . Robert Guédiguian ressuscite les membres du groupe Manouchian, ceux de « l’affiche rouge ». Une fresque historique servie par des acteurs magnifiques.

L’Armée du crime, de Robert Guédiguian. France, 2 h 19.

Envoyé spécial.

Le film assez avancé, l’un de ses jeunes résistants dira le sens de son engagement armé : il se situe « du côté de la vie ». Appliqués à l’Armée du crime, ces mots décrivent à quel niveau s’est placé, dès le premier plan, Robert Guédiguian, avec Serge Le Péron au scénario, pour retracer l’histoire de celles et ceux qui vont former le groupe Manouchian entre 1941 et le 21 février 1944. La caméra, elle, se pose dans le bas Belleville parisien de ces années-là, refuge des juifs fuyant les pogroms, puis des émigrés persécutés. Un quartier populaire, avec ses ateliers dans les cours des immeubles où, à seize ans, on a l’âge des premières amours, celui de héler depuis la cour son pote du second étage d’un « Krasu » tonitruant, du dépassement de soi par le sport, la piscine devenant le lieu idéal pour ces trois pôles d’une vie qui déborde d’énergie. Ou, lorsqu’on est devenu poète arménien et communiste après avoir fui enfant le premier génocide du siècle, vivre autant qu’il est possible son amour avec sa jeune femme. Ou encore, étudiant, dessiner des faucilles et des marteaux à la craie sur les murs du lycée, avant de casser la gueule au petit fasciste qui vous demande de les effacer en vous traitant de « sale youpin ».

loin de la pseudo-fidélité figée dans le sépia

« Du côté de la vie », c’est-à-dire du côté d’êtres qui ont leurs propres engagements, ne sont pas sourds à la tempête en cours, mais dont la collision des deux va s’inscrire au plus profond d’eux-mêmes. Lorsque votre père est des premiers à disparaître vers les camps de la mort, tuer un soldat allemand qui vous demande du feu dans un parc n’est pas un acte de haine, mais un premier de ces actes de résistance. Ou, lorsque votre parti vous demande de constituer le premier noyau clandestin d’auteurs d’attentats, être le premier à lancer sa première grenade sur des uniformes ou à mettre par-dessus tout la sécurité de ceux qui vous accompagnent en constituent d’autres. Ou choisir un exemplaire du Capital pour y loger la bombe qui dévastera une librairie collabo.

Ainsi filmée à hauteur d’homme, nous sommes bien loin de la pseudo-fidélité figée dans le sépia. On peut mesurer ici la force du « réalisme social » et du réalisme tout court d’un auteur décidant d’infiltrer à son seizième film le genre historique. Lumière et décors naturels, pas de dialogues édifiants, ni de musique envahissante, mais des corps de suppliciés sous la torture comme des cadavres de soldats saisis avec une véracité interdisant la fascination : tout concourt ici au refus militant de « l’héroïsme ». Et de cette intelligence sensible qui respecte sujet et spectateurs jaillit l’émotion. Les lignes du cinéma comme du monde ont bien bougé depuis 1976 et la brechtienne Affiche rouge de Frank Cassenti. Autre forme de résistance, donc, pour celui qui indique à la fin de son film avoir voulu « une légende d’aujourd’hui ».

Jean-Pierre Darroussin en rôle de salaud

Et puis, il y a celles et ceux qui prêtent leur corps à ce travail de résurrection. Simon Abkarian, dont la taille n’a rien de celle de Missak Manouchian, peu importe puisqu’il l’incarne avec ses doutes, ses scrupules et ses résolutions. Robinson Stévenin, lui, est un Marcel Rayman des plus impressionnants de vitalité, de force brute d’animal blessé, en chien fou de cette résistance communiste immigrée. Grégoire Leprince-Ringuet en Thomas Elek, jeune intellectuel rouge pétri d’humour. Virginie Ledoyen en Mélinée capable d’aller affronter l’ennemi pour retrouver son mari. Adrien Jolivet en Henri Krasucki, jeune communiste adolescent et vite rodé à la clandestinité… On en oublie. On retiendra, parfaits dans leurs rôles de salauds, Jean-Pierre Darroussin aux côtés d’un Yann Trégouët, son jeune chef à la tête des brigades spéciales des renseignements généraux de la police de Vichy. Deux cents flics en plus de l’occupant contre ce groupe d’à peine cinquante, « la traque de l’affiche rouge » pour reprendre le titre du documentaire de Denis Peschanski (2007) ne pouvait qu’être à force inégale. D’un hors-champ, le tumulte de la guerre, et de ce qui deviendra l’histoire, va progressivement s’insinuer dans la vie de chacun, au double rythme de leurs actions et de la chasse menée dans l’ombre jusqu’à l’assassinat final, sans « suspense » là non plus puisque annoncé dès le début. On ne devient héros que mort quand les actes, eux, étaient d’une vie qui ne demandait qu’à s’épanouir.

Michel Guilloux

 

 

 

« L’Armée du crime » : le regard juste de Guédiguian sur ‘l’armée du crime’

Avec L’Armée du crime, présenté hors compétition à Cannes, Robert Guédiguian a fait un choix périlleux : la reconstitution d’une page mi-douloureuse, mi-glorieuse de la seconde guerre mondiale.

A Paris, pendant l’occupation allemande, le poète arménien Missak Manouchian est chargé par l’Internationale communiste de constituer un groupe de combattants pour participer à la libération de la France. Autour de lui militent clandestinement de jeunes étrangers, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens. Après la distribution de tracts « contre les salopards », ils passent aux attentats contre les nazis.

Traqué par une police bleu-blanc-rouge qui fait du zèle, ce front populaire d’émigrés finit par tomber, victime d’une dénonciation. Le réseau est fusillé au mont Valérien en 1944. La propagande franco-allemande placarde sur les murs l’Affiche rouge, où ces héros de l’ombre sont présentés comme une « armée du crime », des métèques, terroristes, juifs, bolchevik, animés par la haine.

Evoquant les activités du Groupe Manouchian, Robert Guédiguian commence par la fin – le transport des condamnés à mort dans un fourgon grillagé -, mais son film est un hymne à la vie et à la résistance, un appel très contemporain à la lutte pour les droits de l’homme, à la résistance. Ce qu’ils voient au dehors, menottes aux poings, sur les quais de la Seine, c’est la vie qui palpite. Ce que cette fresque belle et poignante sous-entend, c’est qu’il existe encore aujourd’hui des échos à ce type de lutte, dans notre monde d’inégalités criantes, de replis communautaires et religieux.

Guédiguian affronte tous les dangers de ce sujet difficile sans biaiser, haut la main. La reconstitution ? Elle est vraie, discrète, tissée d’une fraternité populaire, avec ces hommes en marcel, les chansons de Ray Ventura, les bus à impériale qui un jour de rafle emmènent des citoyens à l’étoile jaune vers le Vél’d'Hiv. La scène est bouleversante par sa pudeur, son économie de moyens. La légende ? Elle est traitée comme telle, avec une pédagogie revendiquée mais incarnée.

RIEN N’EST ÉLUDÉ

L’une des grandes réussites du film est d’avoir réussi à ne pas perdre des membres du groupe en route. Tous sont là, touchants, vibrant à la fois de leur idéal collectif et de leurs chemins personnels, mus par des sentiments intimes. L’Armée du crime est un film historique où l’amour, les rapports familiaux, sont authentiques. Un film où, par la grâce de la mise en scène et la délicatesse de l’interprétation, rien n’est éludé.

Magnifiques, la dévotion amoureuse de Manouchian pour son épouse, la blessure béante en lui du génocide arménien, et ce plan où il bascule dans la violence, où il lance sa première grenade et pleure, conscience fracassée. Magnifiques aussi, l’arrogance révoltée de Marcel Rayman (Robinson Stévenin), la détermination idéaliste de Thomas Elek (Grégoire Leprince-Ringuet). Tous ces acteurs, sans oublier Virginie Ledoyen, ne semblent jamais interpréter des martyrs, mais plutôt vivre un combat et transmettre une morale.

On n’oubliera pas Jean-Pierre Darroussin, qui se coltine le rôle d’un petit flic français glauque, le fonctionnaire minable qui recueille les dénonciations et devient limier, prompt à torturer, à faire chanter. L’image d’une autre France.


Film français de Robert Guédiguian avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Jean-Pierre Darroussin. (2 h 19.)
Sortie en France le 16 septembre 2009.

Jean-Luc Douin