Archives du 5 septembre 2009

Pour que vive le Centre d’Art Contemporain !

La polémique est mauvaise conseillère, je vais donc l’éviter. L’avenir du Centre d’Art Contemporain à Castres dépend du sang froid des uns et des autres et de notre capacité à ne pas tomber dans les petites provocations habituelles de la majorité municipale.

Les faits, rien que les faits. Ils sont vérifiables avec un peu de travail et de  sérieux auprès des partenaires institutionnels du C.A.C. qui siègent au comité de pilotage. Le Maire de Castres semble dans Castres Magazine de septembre prendre son aise avec le compte rendu de la réunion qui s’est tenue le 21 juillet. Plus grave, dans la presse quotidienne et hebdomadaire de notre département, il se permet de porter des jugements très éloignés de la réalité. Nous étions en période de canicule, ceci explique peut être cela. Le temps s’est maintenant radouci et va permettre, je l’espère, d’arriver à des décisions positives pour le nécessaire dynamisme culturel de Castres. Je reviendrai sur cet important dossier. Pour vous permettre à la fois de vous informer complètement et de comprendre ce qui se prépare, je vous invite à lire la longue lettre ouverte adressée au Maire de Castres par le président du Conseil d’administration du Centre d’Art : « Le Lait ». Comme vous le verrez, rien sur la forme ne permet la moindre critique ( polémique et surtout démagogique) ; quant au fond, il nous éclaire sur le sérieux et la bonne volonté qui animent les dirigeants de cette institution culturelle reconnue par sa qualité nationalement et internationalement.

 

Lettre ouverte du Centre d’Art Contemporain «  Le Lait »

au Maire de Castres

 

Monsieur le Maire,

 

Le Centre d’Art Contemporain de Castres existe depuis 1986. La fusion avec Cimaise et Portique, Centre Départemental d’Art Contemporain a été engagée en 2005, activée en 2006 et légalisée en Juin 2007. Le projet initial de fusion s’est imposé aux partenaires institutionnels conventionnés, dans le dessein d’éviter la fermeture du centre d’art à Castres, en 2005. Le problème était simple : après plusieurs années de difficultés financières, le budget de fonctionnement du Centre d’art contemporain de Castres s’est avéré insuffisant pour assurer les charges fixes et dégager les moyens nécessaires aux missions.

La fusion a constitué une solution de survie, exprimant ainsi la volonté de l’ensemble des partenaires. Cimaise et Portique, Centre Départemental d’Art Contemporain, son Conseil d’administration et sa directrice, ont été chargés de réaliser la fusion des deux centres d’art et d’élaborer un nouveau projet.

 Les conditions se sont avérées difficiles, toutefois l’engagement continu de l’équipe, du Conseil d’administration et des Partenaires institutionnels conventionnés ont permis de mener à bien le projet institutionnel, artistique, culturel et financier du Centre d’art dans sa phase initiale de trois ans, durée nécessaire de mise en route et d’expérimentation de la nouvelle structure.

Malgré la réussite attestée par tous les bilans, vous venez de prendre la décision de supprimer la subvention de la Mairie de Castres pour le fonctionnement du centre d’art le LAIT.

Votre décision nous a été communiquée par l’intermédiaire de Madame Laquais, Première Adjointe, Déléguée à la Culture, et le 21 Juillet 2009, par le Comité de Pilotage, qui rassemble l’ensemble des partenaires actionnaires, la Direction Régionale des Affaires Culturelles, Ministère de la Culture et de la Communication, le Conseil Général du Tarn, la Région Midi-Pyrénées, la Ville de Castres et, depuis 2008, la Ville d’Albi, et qui soutient et contrôle le centre d’art le LAIT.

 Au moment même où il est question de signer de nouvelles conventions de trois ans, d’imaginer la deuxième étape du projet institutionnel de la fusion, ce qui, jusqu’alors, n’avait jamais été remis en question, nous sommes extrêmement surpris par votre décision de ne plus donner de place au Centre d’art dans la dynamique culturelle de votre ville.

 

Les rapports d’activités des 3 premières années de la fusion, avec un total général de  

 59748 visiteurs, de juin 2006 à décembre 2008, des bilans financiers équilibrés, une renommée grandissante attestent du respect du projet initial, de la gestion saine et de la marche en avant de cette nouvelle structure.

 Des artistes de renommée internationale, Daniel Buren, Claude Lévèque,

Jordi Colomer, Ann Véronica Janssens, Michel François, Malachi Farrell, parmi d’autres, ont crée, depuis

 2006, des oeuvres nouvelles pour une exposition du centre d’art le LAIT, dans les contextes architecturaux et

 patrimoniaux de Castres et d’Albi.

Les expositions inédites et la qualité des oeuvres produites sont reconnues par

les professionnels et les amateurs de tous horizons, de Castres et d’ailleurs. Les

rencontres publiques, les actions de médiation ont été nombreuses et très

fréquentées. La reconquête progressive d’un plus large public à Castres, la mise

en activité d’un réseau de visiteurs amateurs et professionnels, l’intégration de

réseaux professionnels tels que ceux de la Région Midi-Pyrénées ou de la DCA,

Réseau national des Centres d’art, les partenariats extérieurs, le rayonnement

médiatique des actions, en témoignent. L’épaisseur de la revue de presse

annuelle en fait foi… Les collaborations réalisées ou en devenir…, tout cela est

manifeste et publiquement visible dans les rapports d’activités et autres états

des lieux depuis 2006 à aujourd’hui. Unique en France par la conjugaison de

lieux et de moyens de deux villes, le centre d’art le LAIT offre des possibilités

diversifiées à la création visuelle contemporaine et à sa diffusion, ce qui lui

confère une singularité remarquable. Sa valeur professionnelle est reconnue par

les artistes, par la presse, par le public, par la réputation positive à l’échelle

artistique nationale et internationale. Ce rayonnement nous réjouit et nous

soutient moralement aujourd’hui. Nous arrivons à l’aube d’une étape nouvelle,

contents d’avoir surmonté les innombrables difficultés initiales, fiers de notre

dynamique, prêts à mettre en place la deuxième phase du projet institutionnel,

avec l’accord prévu de tous les partenaires, vous imaginez notre choc !

 

Au moment même où l’on pouvait considérer que cette fusion portée à bout de

bras, était réalisée sur le terrain dans sa première phase, sur les starkings blocks

pour décoller…

Au moment même où le centre d’art le LAIT est en mesure de développer ses

potentialités accrues, même s’il reste toujours des problèmes financiers

structurels à résoudre, vous nous informez de l’arrêt du soutien de la Ville à

notre fonctionnement. Compte tenu de l’insuffisance chronique des budgets

initiaux, cela nous atteint de façon vitale dans notre capacité d’action. Nous

avons besoin de la participation de l’ensemble des partenaires, sans exception

possible, pour poursuivre la fusion et remplir nos missions publiques… Nous

n’avons malheureusement pas de marge budgétaire. Cela signifie la fin du

Centre d’art à Castres, la fin de la fusion et vous ne pouvez l’ignorer. Nous

avions précédemment conclu, avec le Ministère de la Culture et le Comité de

Pilotage, dont la Mairie de Castres fait partie intégrante, un plan pour tenter de

résoudre les difficultés structurelles. Sur recommandation du Ministère, le contrat

du conseiller en accompagnement de gestion et d’administration, financé par la

DRAC, le Conseil Général et la Région Midi- Pyrénées, vient tout juste d’être

signé pour 18 mois, temps estimé nécessaire à l’étude et à la résolution des

problèmes complexes de la situation. Nous réfléchissons simultanément à

l’élaboration d’un nouveau projet institutionnel, adapté aux transformations

nécessaires, en concertation avec le Ministère de la Culture et les collectivités

territoriales.

Au moment même où la fermeture de l’Hôtel de Viviès, à Castres, décidée par

Monsieur Paillarse, Directeur de la DRAC, après l’avis défavorable de la

Commission de Sécurité que vous présidez, devant l’absence légitime

d’engagement de travaux compte tenu du caractère privé du site, nous

pourrions, nous devrions, imaginer ensemble d’autres solutions, si

nécessaire provisoires, à défaut d’une perspective immédiate à plus long

terme. Si occasionnellement, une exposition ou deux, produites par le Centre

d’art le Lait peuvent être achetées, comme vous le proposez, il s’agit d’une

inscription différente dans la ville. Une autre relation, contractuelle, et non plus

conventionnelle, à définir. Il faut alors le faire de façon précise. La condition est

dans ce cas, pour nous, que des locaux soient préalablement mis à disposition,

selon un calendrier défini, et qu’un accord sur le contenu et le financement

des actions soit trouvé. Mais cela ne saurait remplacer la présence constante

d’une dynamique locale, créatrice, de haut niveau, adressée à tous, qui participe

à l’identité et au patrimoine culturels de Castres.

Au moment même où l’on sait que l’avenir social et économique espéré dans

nos villes, ne pourra se réaliser que par le développement de la créativité, je dois

avouer qu’il est difficile de comprendre qu’une ville de la dimension de Castres,

se prive brutalement d’un outil pour le futur, et simultanément d’un lieu de

contact avec l’art d’aujourd’hui, créant des liens culturels, sociaux et

économiques à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale. N’y a-t-il

pas une solution pour éviter ce désastre ? Des espaces dans les bâtiments de la

ville, en prolongement du Musée Goya, libres actuellement, pourraient être

adaptés à la poursuite provisoire de la programmation. Une collaboration avec le

Musée Goya serait une réponse fort intéressante pour la Ville, le Centre d’Art et

le Musée à un moment où le rayonnement local et euro régional est nécessaire

au développement urbain. Une dynamique non négligeable dans une ville qui

envisage sa croissance.

Pour la programmation 2010, à Castres, les rendez-vous qui avaient déjà été programmés :

- Accueil d’une soixantaine de classes d’écoles municipales sous forme d’ateliers

et de visites, enseignants et élèves, pendant toute l’année.

- Réalisation d’une exposition en partenariat avec le Printemps de septembre

de Toulouse

- Échange franco-allemand en partenariat avec l’Ambassade de Berlin et

Culture France, Ministère des Affaires étrangères.

- Exposition d’une grande artiste espagnole, de dimension internationale, Pilar

Albarracin….

Il me semble juste et utile que nous puissions en parler ensemble. Aussi et, à ces

fins, ai-je l’honneur de vous demander un rendez vous, accompagné de la

directrice et d’un autre membre du conseil d’administration. Je demeure à votre

disposition et vous prie de recevoir, Monsieur le Maire, l’expression de mes

sincères salutations.

Le Président :

Georges-Henry SER