Pour que vive le Centre d’Art Contemporain !
Publié dans i) Coups de projecteur (79), le 05/09/2009 à 17:39, par Philippe GuerineauLa polémique est mauvaise conseillère, je vais donc l’éviter. L’avenir du Centre d’Art Contemporain à Castres dépend du sang froid des uns et des autres et de notre capacité à ne pas tomber dans les petites provocations habituelles de la majorité municipale.
Les faits, rien que les faits. Ils sont vérifiables avec un peu de travail et de sérieux auprès des partenaires institutionnels du C.A.C. qui siègent au comité de pilotage. Le Maire de Castres semble dans Castres Magazine de septembre prendre son aise avec le compte rendu de la réunion qui s’est tenue le 21 juillet. Plus grave, dans la presse quotidienne et hebdomadaire de notre département, il se permet de porter des jugements très éloignés de la réalité. Nous étions en période de canicule, ceci explique peut être cela. Le temps s’est maintenant radouci et va permettre, je l’espère, d’arriver à des décisions positives pour le nécessaire dynamisme culturel de Castres. Je reviendrai sur cet important dossier. Pour vous permettre à la fois de vous informer complètement et de comprendre ce qui se prépare, je vous invite à lire la longue lettre ouverte adressée au Maire de Castres par le président du Conseil d’administration du Centre d’Art : « Le Lait ». Comme vous le verrez, rien sur la forme ne permet la moindre critique ( polémique et surtout démagogique) ; quant au fond, il nous éclaire sur le sérieux et la bonne volonté qui animent les dirigeants de cette institution culturelle reconnue par sa qualité nationalement et internationalement.
Lettre ouverte du Centre d’Art Contemporain « Le Lait »
au Maire de Castres
Monsieur le Maire,

Le Centre d’Art Contemporain de Castres existe depuis 1986. La fusion avec Cimaise et Portique, Centre Départemental d’Art Contemporain a été engagée en 2005, activée en 2006 et légalisée en Juin 2007. Le projet initial de fusion s’est imposé aux partenaires institutionnels conventionnés, dans le dessein d’éviter la fermeture du centre d’art à Castres, en 2005. Le problème était simple : après plusieurs années de difficultés financières, le budget de fonctionnement du Centre d’art contemporain de Castres s’est avéré insuffisant pour assurer les charges fixes et dégager les moyens nécessaires aux missions.
La fusion a constitué une solution de survie, exprimant ainsi la volonté de l’ensemble des partenaires. Cimaise et Portique, Centre Départemental d’Art Contemporain, son
Conseil d’administration et sa directrice, ont été chargés de réaliser la fusion des deux centres d’art et d’élaborer un nouveau projet.
Les conditions se sont avérées difficiles, toutefois l’engagement continu de l’équipe, du Conseil d’administration et des Partenaires institutionnels conventionnés ont permis de mener à bien le projet institutionnel, artistique, culturel et financier du Centre d’art dans sa phase initiale de trois ans, durée nécessaire de mise en route et d’expérimentation de la nouvelle structure.
Malgré la réussite attestée par tous les bilans, vous venez de prendre la décision de supprimer la subvention de la Mairie de Castres pour le fonctionnement du centre d’art le LAIT.
Votre décision nous a été communiquée par l’intermédiaire de Madame Laquais, Première Adjointe, Déléguée à la Culture, et le 21 Juillet 2009, par le Comité de Pilotage, qui rassemble l’ensemble des partenaires actionnaires, la Direction Régionale des Affaires Culturelles, Ministère de la Culture et de la Communication, le Conseil Général du Tarn, la Région Midi-Pyrénées, la Ville de Castres et, depuis 2008, la Ville d’Albi, et qui soutient et contrôle le centre d’art le LAIT.
Au moment même où il est question de signer de nouvelles conventions de trois ans, d’imaginer la deuxième étape du projet institutionnel de la fusion, ce qui, jusqu’alors, n’avait jamais été remis en question, nous sommes extrêmement surpris par votre décision de ne plus donner de place au Centre d’art dans la dynamique culturelle de votre ville.
Les rapports d’activités des 3
premières années de la fusion, avec un total général de
59748 visiteurs, de juin 2006 à décembre 2008, des bilans financiers équilibrés, une renommée grandissante attestent du respect du projet initial, de la gestion saine et de la marche en avant de cette nouvelle structure.
Des artistes de renommée internationale, Daniel Buren, Claude Lévèque,
Jordi Colomer, Ann Véronica Janssens, Michel François, Malachi Farrell, parmi d’autres, ont crée, depuis
2006, des oeuvres nouvelles pour une exposition du centre d’art le LAIT, dans les contextes architecturaux et
patrimoniaux de Castres et d’Albi.
Les expositions inédites et la qualité des oeuvres produites sont reconnues par
les professionnels et les amateurs de tous horizons, de Castres et d’ailleurs. Les
rencontres publiques, les actions de médiation ont été nombreuses et très
fréquentées. La reconquête progressive d’un plus large public à Castres, la mise
en activité d’un réseau de visiteurs amateurs et professionnels, l’intégration de
réseaux professionnels tels que ceux de la Région Midi-Pyrénées ou de la DCA,
Réseau national des Centres d’art, les partenariats extérieurs, le rayonnement
médiatique des actions, en témoignent. L’épaisseur de la revue de presse
annuelle en fait foi… Les collaborations réalisées ou en devenir…, tout cela est
manifeste et publiquement visible dans les rapports d’activités et autres états
des lieux depuis 2006 à aujourd’hui. Unique en France par la conjugaison de
lieux et de moyens de deux villes, le centre d’art le LAIT offre des possibilités
diversifiées à la création visuelle contemporaine et à sa diffusion, ce qui lui
confère une singularité remarquable. Sa valeur professionnelle est reconnue par
les artistes, par la presse, par le public, par la réputation positive à l’échelle
artistique nationale et internationale. Ce rayonnement nous réjouit et nous
soutient moralement aujourd’hui. Nous arrivons à l’aube d’une étape nouvelle,
contents d’avoir surmonté les innombrables difficultés initiales, fiers de notre
dynamique, prêts à mettre en place la deuxième phase du projet institutionnel,
avec l’accord prévu de tous les partenaires, vous imaginez notre choc !
Au moment même où l’on pouvait considérer que cette fusion portée à bout de
bras, ét
ait réalisée sur le terrain dans sa première phase, sur les starkings blocks
pour décoller…
Au moment même où le centre d’art le LAIT est en mesure de développer ses
potentialités accrues, même s’il reste toujours des problèmes financiers
structurels à résoudre, vous nous informez de l’arrêt du soutien de la Ville à
notre fonctionnement. Compte tenu de l’insuffisance chronique des budgets
initiaux, cela nous atteint de façon vitale dans notre capacité d’action. Nous
avons besoin de la participation de l’ensemble des partenaires, sans exception
possible, pour poursuivre la fusion et remplir nos missions publiques… Nous
n’avons malheureusement pas de marge budgétaire. Cela signifie la fin du
Centre d’art à Castres, la fin de la fusion et vous ne pouvez l’ignorer. Nous
avions précédemment conclu, avec le Ministère de la Culture et le Comité de
Pilotage, dont la Mairie de Castres fait partie intégrante, un plan pour tenter de
résoudre les difficultés structurelles. Sur recommandation du Ministère, le contrat
du conseiller en accompagnement de gestion et d’administration, financé par la
DRAC, le Conseil Général et la Région Midi- Pyrénées, vient tout juste d’être
signé pour 18 mois, temps estimé nécessaire à l’étude et à la résolution des
problèmes complexes de la situation. Nous réfléchissons simultanément à
l’élaboration d’un nouveau projet institutionnel, adapté aux transformations
nécessaires, en concertation avec le Ministère de la Culture et les collectivités
territoriales.
Au moment même où la fermeture de l’Hôtel de Viviès, à Castres, décidée par
Monsieur Paillarse, Directeur de la DRAC, après l’avis défavorable de la
Commission de Sécurité que vous présidez, devant l’absence légitime
d’engagement de travaux compte tenu du caractère privé du site, nous
pourrions, nous devrions, imaginer ensemble d’autres solutions, si
nécessaire provisoires, à défaut d’une perspective immédiate à plus long
terme. Si occasionnellement, une exposition ou deux, produites par le Centre
d’art le Lait peuvent être achetées, comme vous le proposez, il s’agit d’une
inscription différente dans la ville. Une autre relation, contractuelle, et non plus
conventionnelle, à définir. Il faut alors le faire de façon précise. La condition est
dans ce cas, pour nous, que des locaux soient préalablement mis à disposition,
selon un calendrier défini, et qu’un accord sur le contenu et le financement
des actions soit trouvé. Mais cela ne saurait remplacer la présence constante
d’une dynamique locale, créatrice, de haut niveau, adressée à tous, qui participe
à l’identité et au patrimoine culturels de Castres.
Au moment même où l’on sait que l’avenir social et économique espéré dans
no
s villes, ne pourra se réaliser que par le développement de la créativité, je dois
avouer qu’il est difficile de comprendre qu’une ville de la dimension de Castres,
se prive brutalement d’un outil pour le futur, et simultanément d’un lieu de
contact avec l’art d’aujourd’hui, créant des liens culturels, sociaux et
économiques à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale. N’y a-t-il
pas une solution pour éviter ce désastre ? Des espaces dans les bâtiments de la
ville, en prolongement du Musée Goya, libres actuellement, pourraient être
adaptés à la poursuite provisoire de la programmation. Une collaboration avec le
Musée Goya serait une réponse fort intéressante pour la Ville, le Centre d’Art et
le Musée à un moment où le rayonnement local et euro régional est nécessaire
au développement urbain. Une dynamique non négligeable dans une ville qui
envisage sa croissance.
Pour la programmation 2010, à Castres, les rendez-vous qui avaient déjà été programmés :
- Accueil d’une soixantaine de classes d’écoles municipales sous forme d’ateliers
et de visites, enseignants et élèves, pendant toute l’année.
- Réalisation d’une exposition en partenariat avec le Printemps de septembre
de Toulouse
- Échange franco-allemand en partenariat avec l’Ambassade de Berlin et
Culture France, Ministère des Affaires étrangères.
- Exposition d’une grande artiste espagnole, de dimension internationale, Pilar
Albarracin….
Il me semble juste et utile que nous puissions en parler ensemble. Aussi et, à ces
fins, ai-je l’honneur de vous demander un rendez vous, accompagné de la
directrice et d’un autre membre du conseil d’administration. Je demeure à votre
disposition et vous prie de recevoir, Monsieur le Maire, l’expression de mes
sincères salutations.
Le Président :
Georges-Henry SER
