Privatisation des autoroutes : le gâchis
Publié dans l) Le dessous des cartes (59), le 08/09/2009 à 18:48, par Philippe GuerineauDes milliards d’euros envolés …mais pas pour tout le monde
Sous le titre : « Les tensions entre les sociétés d’autoroutes et l’Etat se durcissent », on pouvait lire dans le journal Le Monde en date du 3 septembre un article démontrant les conséquences concrètes du scandale de la privatisation des autoroutes intervenue il y a 4 ans , plus précisément le 11 octobre 2005 après un : « débat sans vote à l’Assemblée Nationale ».
Le gouvernement UMP proclamait alors que : « la privatisation permettra de doter le pays de nouvelles infrastructures » . Le ministre des transports d’alors, Dominique Perben, disait sans rire : « Aucun changement n’interviendra sur le prix des péages » et le tout à l’avenant. Au sujet de nouvelles infrastructures, réponse de l’Etat : « Il n’y a plus d’argent » et l’autoroute de Castres devra, si elle se fait, être concédée ( sans commentaire).
Le prix des péages n’a pas cessé d’augmenter. En 2005 les sociétés autoroutières étaient le bien qui rapportait le plus d’argent à l’Etat. Aujourd’hui, il va dans le portefeuille des actionnaires.
L’article souligne que les négociations financières entre l’Etat et les sociétés concessionnaires d’autoroute sont dans l’impasse.
Fin 2008, le gouvernement voulait augmenter le montant de la redevance domaniale que paie le concessionnaire pour l’occupation du domaine public, somme devant servir à alimenter l’Agence de financement des infrastructures de transport de France ( AFITF). Refus de l’Association française des sociétés d’autoroutes ( AFSA) qui réunit les exploitants : pas question d’augmenter la redevance domaniale sauf à augmenter les tarifs des péages. Résultat : en juillet 2009, le gouvernement renonce à cette majoration.
Le PDG d’Eiffage menace même d’attaquer le gouvernement devant le Conseil d’Etat si celui-ci prenait un décret ( faut le faire !)
La direction des infrastructures répond : « Pour 2010, le doublement de la redevance est justifié par les chiffres d’affaires et les bénéfices réalisés par les concessionnaires ».
Conclusion provisoire : ils font sur notre dos des millions d’euros de bénéfices grâce au gouvernement UMP mais ne veulent rien entendre !
2ème exemple : dans le cadre du plan de relance, les concessionnaires d’autoroutes ont proposé au gouvernement de lancer de grands travaux : 1 milliard d’euros pour « verdir ou grenelliser les autoroutes » mais en contrepartie, ils demandent à l’Etat d’allonger d’un an les durées de concessions qui courent jusqu’en 2025, 2030 ou 2032 selon les cas. Après 6 mois de négociations, l’Etat refuse estimant qu’une année de concession supplémentaire vaut beaucoup plus. Un conseiller du ministre de l’Ecologie déclare : « Les concessionnaires n’ont pas joué le jeu, avec un montant de travaux trop faible ».

3ème exemple : dans son rapport 2008, la Cour des Comptes a pointé les dérapages du prix des péages, grâce à la technique du foisonnement qui permet de majorer fortement les prix sur les sections d’autoroutes les plus fréquentées tout en affichant une hausse moyenne conforme aux accords passés.
Résumons :
1) Les 10 milliards d’euros, prix bradé de la privatisation de 2005 « ont disparu dans le tonneau des Danaïdes du déficit de l’Etat ».
2) Les sociétés d’autoroute refusent l’augmentation de la redevance, ne font pas les travaux nécessaires, augmentent les tarifs.
3) Des milliards d’euros vont dans la poche des actionnaires et non dans l’investissement d’infrastructures de transport.
Merci qui ?
Merci l’UMP et ses représentants qui ont permis cette scandaleuse privatisation.
A ce propos, les grands chefs tarnais de l’UMP, notamment Bernard Carayon et Pascal Bugis, n’ont ils pas une part de responsabilité, eux qui ont privé l’Etat de revenus nécessaires et qui osent aujourd’hui dire que l’Etat n’a plus d’argent pour le désenclavement du sud du Tarn ?
Qu’ils ne viennent surtout pas avec leur arrogance habituelle nous donner des leçons dans la période qui s’ouvre.
