Des médias imposent « des primaires ouvertes » au PS …
Publié dans g) Situation politique (24), le 09/09/2009 à 21:04, par Philippe Guerineau…Demain, ils imposeront leur candidat(e)
Alain Duhamel, avec son talent habituel ( non, je rigole) – ce journaliste politique s’est souvent trompé depuis …des décennies – publie dans le journal Libération un article concernant les conséquences pour le PS du choix d’organiser « des primaires ouvertes ». Article digne d’intérêt pour les adhérents de ce parti, tant pour son style de qualité que pour le fond. A vous de juger…
Contribution au débat avec l’interview de Jean Luc Mélenchon parue dans le journal Le Monde.
Sur le même sujet, je vous invite également à consulter le blog de Paul Quilès.
Le PS, un parti de téléspectateurs
Par ALAIN DUHAMEL journaliste
Martin
e Aubry n’avait pas le choix : le PS titubait, les quadragénaires frondaient, les ténors l’ignoraient, son autorité vacillait. Il fallait donc briser la banquise. Elle l’a fait par la seule méthode disponible en déclenchant ce qu’elle ne pouvait pas empêcher, c’est-à-dire en programmant solennellement ces primaires ouvertes que jusqu’alors elle retardait ou repoussait. La formule n’a d’ailleurs rien d’incongru, bien au contraire. Le système actuel est tragique. Il déclenche d’infernales querelles moliéresques entre les prétendants, il se prête à toutes les manipulations, les conjurations, voire les fraudes. Il stérilise la réflexion, il bloque le renouvellement des candidats, il entretient les archaïsmes. Le PS est profondément conservateur, aussi bien intellectuellement qu’organiquement. Il est devenu un parti d’élus et de militants territoriaux, certes le premier de France mais à l’échelon local. La droite a le monopole du pouvoir national, la gauche gère les territoires. Le mode de désignation de ses candidats n’y est pas pour rien : le PS est devenu un parti sénatorial.
Tout l’intérêt des primaires ouvertes est de faire exploser ce système. A partir du moment où le pouvoir de désignation du candidat à l’élection présidentielle passe des notables et des militants aux sympathisants et aux électeurs, tout change. Le camaïeu de fiefs, de baronnies et de châtellenies s’efface sur le champ. Le rideau s’ouvre sur deux, trois ou quatre millions d’électeurs et tout devient différent. C’est la France qui surgit de ses territoires. Les candidats à la candidature cessent de manœuvrer et de comploter pour mener campagne au grand jour. L’enjeu n’est plus oligarchique mais populaire. Les fraudes deviennent infiniment plus difficiles. Si les autres partis de gauche acceptent de jouer ce jeu, cela ressuscite une dynamique unitaire évanouie. S’ils s’y refusent, comme c’est probable, ils s’affaiblissent au bénéfice du PS dont la légitimité populaire s’accentue face aux logiques d’appareils de ses partenaires et rivaux. Pour affronter un président sortant, redoutable en campagne et capable d’unifier son camp, ce nouvel atout n’est pas superflu.
Ce qu’apportent ces élections primaires ouvertes est donc bien visible. A court terme, elles fortifient le seul parti d’alternance crédible, lequel en a grand besoin. A long terme, elles affaiblissent malheureusement encore un peu plus la fragile démocratie française. En l’occurrence, ce qui est bon pour le PS n’est pas forcément bon pour la République. Le système des primaires ouvertes déclenchera en effet une perestroïka qui échappera à ses auteurs. La modernisation recherchée débouchera sur des métamorphoses involontaires. Pour commencer, ce sera naturellement la fin du parti de militants. Jusqu’à présent, les adhérents proposaient et les électeurs disposaient : les premiers sélectionnaient les candidats, les seconds choisissaient le vainqueur. Désormais, les militants feront de la figuration, tout le pouvoir revenant aux électeurs. Pour choisir le champion ou la championne du PS, les militants prépareront les urnes, assureront les permanences et dépouilleront les votes (sous vigilante surveillance). Les sympathisants trancheront. Pour se raffermir, le PS se fait ainsi hara-kiri.
Les militants s’occuperont de la logistique, les électeurs de la politique. Quels que soient leurs défauts, les adhérents débattaient, lisaient, réfléchissaient, s’informaient. C’était une culture du volontariat. Les sympathisants, eux, par principe moins impliqués, disposeront dorénavant du monopole du pouvoir. Les électeurs seront les acteurs, les militants deviennent des figurants.
Il y a pire. En sauvant le PS, les élections primaires ouvertes installent la démocratie d’opinion. A partir du moment où l’on confie aux électeurs la sélection des candidats à l’élection présidentielle, on lance un puissant mouvement : si le système fonctionne et mobilise, comme c’est logique, il tendra inéluctablement à se généraliser. Pourquoi sélectionner un candidat au palais de l’Elysée et s’interdire de le faire pour les mairies ou les présidences de conseils généraux et régionaux ? La France de gauche va ainsi faire ses débuts en démocratie à l’américaine : un parti d’électeurs, intermittent, épisodique, s’éveillant au moment des campagnes, somnolent entre-temps ; des militants confinés au rôle de techniciens d’entretien, des sympathisants tous puissants formés, informés et déformés par la télévision ( par aussi le Nouvel Observateur- on se souvient de « Et si c’était elle… », Libération ou diverses associations…)note du blogueur.
Le PS ne le sait pas encore mais il va devenir un parti de téléspectateurs. C’est la victoire de l’émotion sur la raison. C’est l’effacement de la démocratie représentative, l’enterrement des corps intermédiaires. C’est l’achèvement d’une République intégralement présidentielle. D’un Consulat.
Jean-Luc Mélenchon – Parti de Gauche – rejette l’idée de primaires à gauche
La proposition d’une alliance PS-Verts-MoDem faite par Vincent Peillon a provoqué de vives réactions à la gauche du PS. Du NPA au PCF, en passant par le Parti de gauche, la condamnation est unanime. Pas question de faire un pacte avec le centre affirment-ils. Ni de répondre à l’appel des primaires. Alors que la fondation Terra Nova publie dans Libération de mercredi 26 août un appel en ce sens, Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche réagit.
Que pensez-vous de la proposition de nouvelle alliance PS-Verts-MoDem de Vincent Peillon ?
El
le est caractéristique du niveau misérable du débat à gauche en France. Le Parti socialiste est dans un processus d’effondrement opportuniste. Je ne prendrai qu’un exemple, l’élection partielle d’Aix-en-Provence : au premier tour, le PS était allié à une formation centriste qui s’était intitulée Que la droite se lève ; et au second tour, il a été rejoint par une liste UMP dissidente !
Le débat sur l’alliance PS-Verts-MoDem ne se fait sur aucun thème concret ; il est uniquement question de combinaisons politiciennes. J’interpelle tous ces gens : qu’est-ce qu’ils pensent de mes propositions comme le retour à la retraite à 60 ans, la fixation d’un salaire maximum, l’élévation du salaire minimum ? Quelle est leur opinion sur une loi sur la souveraineté industrielle ? Que disent-ils de la relocalisation des entreprises ou de la réduction du commerce international ?
L’université d’été de La Rochelle s’ouvre, alors que de plus en plus de responsables socialistes poussent à l’organisation de primaires à gauche. Y êtes-vous favorable ?
Les socialistes m’ont invité à La Rochelle et ont voulu m’associer dans un débat sur leur projet de maison commune. C’est un débat truqué, car ils en ont exclu le NPA. Leur maison commune, ce n’est pas l’union des gauches sans exclusive. Je n’y participerai donc pas. C’est inacceptable qu’on fasse les yeux doux sans condition au MoDem et qu’on multiplie les contrôles d’identité à l’égard du NPA. Le vrai rendez-vous de la gauche, pour moi, ce sera le débat de la Fête de L’Humanité.
Et les primaires à gauche ?
S’il s’agit de désigner le candidat du PS, cela ne me concerne pas ! Si c’est pour régler le problème de la diversité à gauche par un système de primaires, les socialistes ne se rendent même plus compte de l’énormité de leur prétention ! Une élection se gagne par des dynamiques, pas par des procédés administratifs. Pas question qu’une toute petite partie de l’opinion fixe le plus petit commun dénominateur des forces de gauche avant même qu’ait commencé une campagne contre la droite. On a vu le résultat tragique de cette méthode en Italie : toute la gauche officielle a rendu les armes au centre gauche, qui les a rendues à la droite. Résultat, il n’y a plus un élu de gauche au Parlement. Le but des socialistes, c’est de niveler autour d’eux ; le nôtre, c’est d’additionner.
La seule raison de cette mascarade, ce sont les scènes de ménage du PS dans lesquelles toute la gauche est prise en otage. Je l’ai aussi quitté pour ne plus avoir à participer à cet abaissement de la politique.
Les régionales se préparent. La gauche semble y aller divisée…
Le PS appelle à un rassemblement au premier tour et cherche à imposer une stratégie d’alliance avec le MoDem, alors que toute l’autre gauche n’en veut pas. Il va donc devoir choisir. C’est l’alliance à gauche ou avec le centre, mais ce ne sera pas à la carte.
Moi je pense qu’il faut que l’autre gauche – le PCF, le Parti de gauche, le NPA – se présente de manière autonome au premier tour pour une alternative de gestion régionale. C’est ce que nous proposons avec le Front de gauche. Au second tour, naturellement, les uns doivent se désister pour les autres : les socialistes pour nous quand nous serons en tête et vice versa. Il faudra alors faire des fusions techniques. La question de la participation aux exécutifs régionaux n’est pas réglée mais ce n’est pas un préalable. L’appréciation du PCF n’est pas la même que celle du NPA, il va falloir trouver de quelle façon rapprocher les points de vue. Mais l’expérience des européennes devrait faire réfléchir tout le monde : malheur à celui qui rend l’union impossible avec des prétextes !
