Archives du 22 septembre 2009

Ils résistent

 

 «   Ils résistent  … » 

 

Aujourd’hui, les ouvriers de l’entreprise textile Dynamic manifestent à Castres devant le Palais de justice…Déception, il faudra encore attendre une semaine pour qu’une décision lourde de conséquences soit rendue…Dur, dur…quand les menaces de licenciement se précisent.

 

Grève à la Poste  de nombreux salariés manifestent devant notre sous préfecture.

La «  votation citoyenne » prévue le 3 octobre contre la privatisation de la Poste se prépare.

Une réunion unitaire des partis de Gauche, syndicats, etc…se tiendra jeudi prochain à la Maison des associations et des syndicats.

 

18h : commission des finances, une semaine avant le Conseil municipal du 29 septembre : RIEN …par contre les conseillers municipaux du groupe d’opposition «  La Gauche rassemblée pour un réel changement » auront de nombreuses «  questions orales » à poser. J‘y reviendrai.

Ce soir, pour rien au monde, je ne veux rater le très bon film « Valse avec Bachir » donc peu de temps pour mon blog, d’autant plus que mes élèves m’attendent ( avec impatience ?) dés demain 8h.

 

Le 23 mai 2009, sur ce blog, je vous avais présenté le film de Robert Guédiguian :  « L’armée du crime » présenté en avant-première au festival de Cannes. Il sort cette semaine sur nos écrans ( à Albi, etc…) mais malheureusement  ( pas encore ?) à Castres. Je vous invite à relire la chronique écrite il y a 4 mois. A signaler, un excellent dossier sur ce film dans l’hebdomadaire Politis de cette semaine.

 

 » Vivre et résister «  

 

 On ne présente plus la filmographie de ce grand cinéaste : 1995 « A la vie, à la mort », 1997 : « Marius et Jeannette », 2000 : « A l’attaque ! », 2001 : «  La ville est tranquille », 2005 : « Le promeneur du Champ de Mars ».

 

Robert Guédiguian a choisi de soutenir, à l’occasion des élections européennes les listes du FRONT DE GAUCHE : «  La seule proposition de gauche qui affiche une stratégie d’union de la gauche, c’est le Front de Gauche. Puisse-t-il recréer le lien qui s’est rompu avec l’histoire du mouvement social ».

 

Il était présent au Festival de Cannes pour présenter son dernier film :  « L’Armée du crime » sur l’Affiche rouge et le réseau Manoukian, ces résistants à l’occupation nazie pendant la dernière guerre.

 Ci après , deux articles de presse, l’un du journal l’Humanité, l’autre du journal Le Monde.

 

 

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Robert Guédiguian « Des étrangers et nos frères pourtant »

Hors compétition . Robert Guédiguian ressuscite les membres du groupe Manouchian, ceux de « l’affiche rouge ». Une fresque historique servie par des acteurs magnifiques.

L’Armée du crime, de Robert Guédiguian. France, 2 h 19.

Envoyé spécial.

Le film assez avancé, l’un de ses jeunes résistants dira le sens de son engagement armé : il se situe « du côté de la vie ». Appliqués à l’Armée du crime, ces mots décrivent à quel niveau s’est placé, dès le premier plan, Robert Guédiguian, avec Serge Le Péron au scénario, pour retracer l’histoire de celles et ceux qui vont former le groupe Manouchian entre 1941 et le 21 février 1944. La caméra, elle, se pose dans le bas Belleville parisien de ces années-là, refuge des juifs fuyant les pogroms, puis des émigrés persécutés. Un quartier populaire, avec ses ateliers dans les cours des immeubles où, à seize ans, on a l’âge des premières amours, celui de héler depuis la cour son pote du second étage d’un « Krasu » tonitruant, du dépassement de soi par le sport, la piscine devenant le lieu idéal pour ces trois pôles d’une vie qui déborde d’énergie. Ou, lorsqu’on est devenu poète arménien et communiste après avoir fui enfant le premier génocide du siècle, vivre autant qu’il est possible son amour avec sa jeune femme. Ou encore, étudiant, dessiner des faucilles et des marteaux à la craie sur les murs du lycée, avant de casser la gueule au petit fasciste qui vous demande de les effacer en vous traitant de « sale youpin ».

loin de la pseudo-fidélité figée dans le sépia

« Du côté de la vie », c’est-à-dire du côté d’êtres qui ont leurs propres engagements, ne sont pas sourds à la tempête en cours, mais dont la collision des deux va s’inscrire au plus profond d’eux-mêmes. Lorsque votre père est des premiers à disparaître vers les camps de la mort, tuer un soldat allemand qui vous demande du feu dans un parc n’est pas un acte de haine, mais un premier de ces actes de résistance. Ou, lorsque votre parti vous demande de constituer le premier noyau clandestin d’auteurs d’attentats, être le premier à lancer sa première grenade sur des uniformes ou à mettre par-dessus tout la sécurité de ceux qui vous accompagnent en constituent d’autres. Ou choisir un exemplaire du Capital pour y loger la bombe qui dévastera une librairie collabo.

Ainsi filmée à hauteur d’homme, nous sommes bien loin de la pseudo-fidélité figée dans le sépia. On peut mesurer ici la force du « réalisme social » et du réalisme tout court d’un auteur décidant d’infiltrer à son seizième film le genre historique. Lumière et décors naturels, pas de dialogues édifiants, ni de musique envahissante, mais des corps de suppliciés sous la torture comme des cadavres de soldats saisis avec une véracité interdisant la fascination : tout concourt ici au refus militant de « l’héroïsme ». Et de cette intelligence sensible qui respecte sujet et spectateurs jaillit l’émotion. Les lignes du cinéma comme du monde ont bien bougé depuis 1976 et la brechtienne Affiche rouge de Frank Cassenti. Autre forme de résistance, donc, pour celui qui indique à la fin de son film avoir voulu « une légende d’aujourd’hui ».

Jean-Pierre Darroussin en rôle de salaud

Et puis, il y a celles et ceux qui prêtent leur corps à ce travail de résurrection. Simon Abkarian, dont la taille n’a rien de celle de Missak Manouchian, peu importe puisqu’il l’incarne avec ses doutes, ses scrupules et ses résolutions. Robinson Stévenin, lui, est un Marcel Rayman des plus impressionnants de vitalité, de force brute d’animal blessé, en chien fou de cette résistance communiste immigrée. Grégoire Leprince-Ringuet en Thomas Elek, jeune intellectuel rouge pétri d’humour. Virginie Ledoyen en Mélinée capable d’aller affronter l’ennemi pour retrouver son mari. Adrien Jolivet en Henri Krasucki, jeune communiste adolescent et vite rodé à la clandestinité… On en oublie. On retiendra, parfaits dans leurs rôles de salauds, Jean-Pierre Darroussin aux côtés d’un Yann Trégouët, son jeune chef à la tête des brigades spéciales des renseignements généraux de la police de Vichy. Deux cents flics en plus de l’occupant contre ce groupe d’à peine cinquante, « la traque de l’affiche rouge » pour reprendre le titre du documentaire de Denis Peschanski (2007) ne pouvait qu’être à force inégale. D’un hors-champ, le tumulte de la guerre, et de ce qui deviendra l’histoire, va progressivement s’insinuer dans la vie de chacun, au double rythme de leurs actions et de la chasse menée dans l’ombre jusqu’à l’assassinat final, sans « suspense » là non plus puisque annoncé dès le début. On ne devient héros que mort quand les actes, eux, étaient d’une vie qui ne demandait qu’à s’épanouir.

Michel Guilloux

 

 

 

« L’Armée du crime » : le regard juste de Guédiguian sur ‘l’armée du crime’

Avec L’Armée du crime, présenté hors compétition à Cannes, Robert Guédiguian a fait un choix périlleux : la reconstitution d’une page mi-douloureuse, mi-glorieuse de la seconde guerre mondiale.

A Paris, pendant l’occupation allemande, le poète arménien Missak Manouchian est chargé par l’Internationale communiste de constituer un groupe de combattants pour participer à la libération de la France. Autour de lui militent clandestinement de jeunes étrangers, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens. Après la distribution de tracts « contre les salopards », ils passent aux attentats contre les nazis.

Traqué par une police bleu-blanc-rouge qui fait du zèle, ce front populaire d’émigrés finit par tomber, victime d’une dénonciation. Le réseau est fusillé au mont Valérien en 1944. La propagande franco-allemande placarde sur les murs l’Affiche rouge, où ces héros de l’ombre sont présentés comme une « armée du crime », des métèques, terroristes, juifs, bolchevik, animés par la haine.

Evoquant les activités du Groupe Manouchian, Robert Guédiguian commence par la fin – le transport des condamnés à mort dans un fourgon grillagé -, mais son film est un hymne à la vie et à la résistance, un appel très contemporain à la lutte pour les droits de l’homme, à la résistance. Ce qu’ils voient au dehors, menottes aux poings, sur les quais de la Seine, c’est la vie qui palpite. Ce que cette fresque belle et poignante sous-entend, c’est qu’il existe encore aujourd’hui des échos à ce type de lutte, dans notre monde d’inégalités criantes, de replis communautaires et religieux.

Guédiguian affronte tous les dangers de ce sujet difficile sans biaiser, haut la main. La reconstitution ? Elle est vraie, discrète, tissée d’une fraternité populaire, avec ces hommes en marcel, les chansons de Ray Ventura, les bus à impériale qui un jour de rafle emmènent des citoyens à l’étoile jaune vers le Vél’d'Hiv. La scène est bouleversante par sa pudeur, son économie de moyens. La légende ? Elle est traitée comme telle, avec une pédagogie revendiquée mais incarnée.

RIEN N’EST ÉLUDÉ

L’une des grandes réussites du film est d’avoir réussi à ne pas perdre des membres du groupe en route. Tous sont là, touchants, vibrant à la fois de leur idéal collectif et de leurs chemins personnels, mus par des sentiments intimes. L’Armée du crime est un film historique où l’amour, les rapports familiaux, sont authentiques. Un film où, par la grâce de la mise en scène et la délicatesse de l’interprétation, rien n’est éludé.

Magnifiques, la dévotion amoureuse de Manouchian pour son épouse, la blessure béante en lui du génocide arménien, et ce plan où il bascule dans la violence, où il lance sa première grenade et pleure, conscience fracassée. Magnifiques aussi, l’arrogance révoltée de Marcel Rayman (Robinson Stévenin), la détermination idéaliste de Thomas Elek (Grégoire Leprince-Ringuet). Tous ces acteurs, sans oublier Virginie Ledoyen, ne semblent jamais interpréter des martyrs, mais plutôt vivre un combat et transmettre une morale.

On n’oubliera pas Jean-Pierre Darroussin, qui se coltine le rôle d’un petit flic français glauque, le fonctionnaire minable qui recueille les dénonciations et devient limier, prompt à torturer, à faire chanter. L’image d’une autre France.


Film français de Robert Guédiguian avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Jean-Pierre Darroussin. (2 h 19.)
Sortie en France le 16 septembre 2009.

Jean-Luc Douin