Archives du 11 octobre 2009

Jeanine, résistante pour l’éternité.

 

La blessure

 

En ouvrant sa boîte à lettres le 11 mai 2005, Jeanine Augé découvre une lettre à l’en tête du Parti Socialiste du Tarn, signée du Premier Secrétaire fédéral et qui se termine par ces quelques mots : « Force est de constater que par ton attitude, tu t’es  mise en dehors du Parti ». Quelle était donc la faute, sans doute importante,  commise par Jeanine ?

 

Elle était signataire de «  L’appel des Cent pour un NON de Gauche au traité constitutionnel ». 28 adhérents du Parti Socialiste de Castres avaient également signé cet appel et avaient donc reçu le même courrier. J’étais parmi eux.

 

Mais qui est donc Jeanine ?

Elle avait 84 ans, militait depuis plus de trente ans au Parti Socialiste. Elle était titulaire de la carte de combattante au titre de la Résistance.

Les mots - Tu t’es mise en dehors du Part i-, formule inhabituelle au PS, renvoient davantage à l’époque stalinienne des années 50 et 60. Le Premier Secrétaire fédéral agit sous la pression de quelques responsables castrais parmi lesquels quelques « jeunes ambitieux promis à un brillant avenir ».

 

Jeanine, dés le 12 mai écrit au PS ( lettre d’amertume et pleine de colère) « Je ne vous ai pas attendu pour être européenne, les années de guerre, je les ai vécues comme  beaucoup de jeunes et de moins jeunes avec beaucoup de souffrances et je sais ce que la paix doit à l’Europe (…) Je pensais que mon Parti était un Parti démocratique et que s’exprimer n’était pas un délit (…) Laissez moi vous dire que grâce à  l’éducation que j’ai reçue de mon père j’ai su tout de suite où était ma place les luttes ouvrières de 1936 sont pour moi inoubliable. A l’appel du 18 juin 1940, j’étais là où il fallait être et nous n’étions pas nombreux, c’est le moins que l’on puisse dire à Castres(…) Je suis et resterai jaurèsienne  jusqu’à la fin de ma vie».

Sa lettre finissait par ces quelques mots : «  En ce qui me concerne, vous prendrez les sanctions que vous voudrez, cela m’est égal, libre à vous de m’exclure du PS (…) inutile de m’envoyer des papiers, inutile de me convoquer, etc… »

Jeanine domiciliée rue de Lardaillé nous a quittés il y a quelques jours, à 88 ans. Elle était native des Salvages , ses parents tenaient l’hôtel restaurant dans les années 20.

Autodidacte, elle lisait énormément. Elle a écrit 2 ouvrages , le dernier en 1997, avec son amie Arlette Homs, intitulé « Chronique salvageoise , mémoire d’un village du pays castrais »ouvrage préfacé par Arnaud Mandement, maire de Castres et Jean Marie Fabre, maire de Burlats. Elle raconte entre autres sa jeunesse avec par exemple le passage de son certificat d’études, le 28 juin 1934. Elle participait encore récemment à diverses activités de la MJC des Salvages.

 

Jeanine, qui me téléphonait encore chaque semaine et que je voyais de temps en temps, était plus qu’une amie, surtout pour mes enfants. La plaie ouverte par la lettre d’un apparatchik stupide ( pléonasme), par l’attitude inadmissible de quelques bureaucrates castrais qui ne pensaient qu’à leur misérable petite carrière politique, ne s’est jamais refermée.

 

 

Quand au plan national, voire départemental, les hiérarques socialistes se sont complu dans les grandes combines et petits arrangements, voire dans la fraude, un sentiment de dégoût apparaît. Le sens de l’honneur ne se négociait pas pour Jeanine.

 

Elle, « l’honnête femme », d’une Gauche de Gauche, était la cousine du Général Jean Salvan, originaire des Salvages, plutôt d’une Droite de Droite . Les deux se respectaient au delà de leurs divergences. Agé de 77 ans, il était aux obsèques , appuyé sur sa canne, le Parti Socialiste de Castres n’était pas représenté…

T’inquiète pas, Jeanine, tu as porté tout au long de ta vie, plus haut et plus fort, les valeurs du socialisme à l’inverse de certains « juges » castrais et de leurs complices.

 

Jacques Brel disait dans une chanson : « On n’oublie rien…on s’habitue , c’est tout ».

 Jeanine refusait également de s’habituer.