A lire : DES HOMMES de Laurent Mauvignier

Rappel : réunion du comité de soutien aux salariés de l’entreprise textile Dynamic, mardi 27 octobre à 20h30, Bourse du Travail de Castres.

Quelques jours de vacances bienvenus où il faut tenter de prendre du recul tant mes engagements municipaux, au jour le jour, sont importants .

Livres achetés, tout juste entamés, c’est le moment de s’y plonger réellement. C’est le cas, entre autres, du livre : DES HOMMES de Laurent Mauvignier ( Les Editions de Minuit), refermé ce week end. Livre qu’il faut découvrir sans attendre. 

«  Il se demande si une cause peut être juste et les moyens injustes. Comment c’est possible de croire que la terreur mènera vers plus de bien. Il se demande si le bien . »

Ils ont été appelés en Algérie au moment «  des événements » en 1960, 2 ans plus tard, Bernard,  Rabut , Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.

Mais parfois, il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau, pour que 40 ans après, le passé fasse irruption.

 

Le 1er  chapitre s’ouvre sur un repas de départ en retraite dans une salle des fêtes d’un village enneigé du Limousin. Parmi les invités, Bernard alias  Feu – de- Bois, la mise à l’écart d’un homme qui n’a même plus le droit à son prénom, un homme ravagé par ce qu’il a vu en Algérie, 40 ans plus tôt.

 «  Quels sont les hommes qui peuvent faire ça. Et pourtant. Des hommes ».

 

Le livre relate l’importance de l’amitié, de la solidarité, mais au fil des chapitres, la vérité sur une époque honteuse se fait jour. L’atrocité dit son nom, l’humiliation.

 «  Mais il pense aussi que tout ça peut être est faux. Qu’il ne faudrait croire personne. Qu’on ment partout. Il pense depuis toujours qu’on lui ment. Quelque chose qui ment. »

 

Le style est saccadé, haletant et l’on partage l’insomnie de chacun de ces jeunes de retour au pays. Se relever en pleine nuit avec une question lancinante :

 «  Qu’est ce qui m’a échappé ? Qu’est ce que je n’ai pas compris ?Il faut bien que quelque chose soit passée tout près de moi, que j’ai vu, vécu, je ne sais pas, et que je n’ai pas compris. »

 

Livre attachant, émouvant qu’il sera impossible d’oublier et qu’il faut absolument faire partager. Voilà, c’est fait.

 

«  Je me suis dit pour la première fois que j’avais envie de retourner là bas, peut être, et que je voudrais voir s’il y a des fermes avec des cours carrées et presque blanches et s’il y a des enfants qui jouent au ballon pieds nus. Je voudrais voir si l’Algérie existe et si moi aussi je n’ai pas laissé autre chose que ma jeunesse, là bas. Je voudrais voir, je ne sais pas. Je voudrais voir si l’air est aussi bleu que dans mes souvenirs. Si l’on mange encore des kémias. Je voudrais voir quelque chose qui n’existe pas et qu’on laisse vivre en soi, comme un rêve ,un monde qui résonne et palpite, je voudrais, je ne sais pas,  je n’ai su,  ce que je voulais, là, dans la voiture, seulement ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l’odeur d’un corps calciné ni l’odeur de la mort- je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard. »

 

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