Le sommet de Copenhague pour les Nuls
Publié dans l) Le dessous des cartes (59), le 02/11/2009 à 18:30, par Philippe GuerineauLes politiques néo-libérables, en étendant leur modèle productiviste,
à l’ensemble de la planète ont accéléré la pression
sur les ressources à un point dramatique.
Du 7 au 18 décembre, à Copenhague, se tient la 15ème Conférence des Nations Unies sur le climat. Elle a pour but de mettre en place un nouveau protocole, celui de Kyoto prenant fin en 2012. Il s’agit de parvenir au minimum à une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici à 2050, ce qui implique une division par 4, au moins, pour les pays industrialisés, alors que depuis 1990, les émissions globales ont augmenté de 11%.
Révision : Le protocole de Kyoto, 2005-2012
Le protocole de Kyoto, négocié entre 1995 et 1997, est entré en vigueur en 2005 après de nombreuses péripéties, en particulier le refus des Etats-Unis de se soumettre à des objectifs chiffrés. C’était le premier accord international visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, même si les objectifs étaient peu ambitieux.
L’objectif négocié à Kyoto fut la réduction de 5,2 % des émissions de gaz à effet de serre en 2012 par rapport au niveau atteint en 1990. Cet engagement fut signé par 39 pays industrialisés ( dits de l’annexe B, pays industrialisés et pays en transition vers l’économie de marché).
Trois instruments furent retenus : 
- le marché de permis d’émission négociables entre les parties de l’annexe B (MPEN). Chaque Etat reçoit une allocation d’UQA ( unité de quantité attribuée) en fonction d’un plafond d’émission autorisé (cap). Le principe est que les Etats attribuent aux industries une quantité de droits à émettre des gaz à effet de serre (GES), comptabilisés en tonnes équivalent CO2, pendant une période donnée. A la fin de la période, chaque entreprise doit restituer autant d’unités de quantités attribuées (UQA) que de tonnes équivalent CO2 émises. Ces droits peuvent être échangés ( trade). D’où le système dit de cap and trade
- Le mécanisme d’application conjointe ( MAC, ou mise en œuvre conjointe : MOC). Une entreprise d’un pays de l’annexe B réalise un investissement dans un autre pays de l’annexe B. Elle récupère des quotas (correspondant aux émissions évitées) qui sont créées et elle les revend sur la marché. L’unité de transaction est l’Unité de réduction des émissions ( UE ou ERU, emission reduction unit).
- Le mécanisme de développement propre (MDP). Ce mécanisme est identique au précédent mais il s’applique entre une entreprise d’un pays riche et un pays pauvre non membre de l’annexe B. L’unité de transaction des l’Unité de réduction certifiée des émissions ( URCE ou CER, Certified Emission Reduction).
Spéculation financière:
Ainsi se constitue peu à peu un marché du carbone censé réguler les émissions. Il existe également un marché des crédits d’émission alimenté par les crédits obtenus. Grâce à ces mécanismes – et surtout au MDP, qui concerne les investissements « propres » dans les pays du sud – , l’industrie a pu acheter des droits à bon marché et éviter les coûts de passage à une production pauvre en carbone. A cela s’ajoutent les aubaines sur les marchés dérivés et autres services financiers exotiques. La priorité est donc donnée à la finance carbone pour réguler le changement climatique.
Enrayer l’expansion du marché carbone et toute possibilité de spéculation financière est donc l’un des enjeux de la conférence de Copenhague 2009.

Aujourd’hui, je lis, dans le journal Le Monde daté du 1er – 2 novembre, la chronique – Ecologie – ( Hervé Kempf) dont le titre est : « Le marché des fous ».
Voici quelques extraits : « L’idéologie capitaliste- selon laquelle le marché peut résoudre tous les problèmes- a atteint ces derniers jours un sommet dans l’absurde. »
On apprend en effet, avec stupéfaction « que le Président de l’Union européenne, Manuel Barrosso, bloquait un projet d’action sur l’efficacité énergétique. Ce texte est censé rendre contraignante pour les Etats membres, une réduction de 20 % de leur consommation d’énergie.(..) La raison de ce blocage par la Commission , la mise en œuvre de l’efficacité énergétique pèserait sur les prix du marché du carbone. En effet, si l’on économise l’énergie, on émet moins de gaz carbonique. Donc, il y a moins « de droits d’émission » sur le marché donc leur prix baisse ».
Hervé Kempf conclut : « Le marché du carbone est à peine plus simple que le marché des produits dérivé, si vous voyez ce que je veux dire. Le problème de fond est qu’il revient à confier la gestion de la lutte contre le changement climatique à l’industrie financière Celle-ci a causé la crise que l’on sait, et démontré sa capacité à échapper au contrôle des Etats(…) En fait, tant que la puissance publique, n’aura pas repris le contrôle du système financier, on ne peut remettre au marché le soin de lutter contre le changement climatique… »
Comme on le voit, on est loin, vraiment très loin du leurre qui consiste à culpabiliser ou à tenter de le faire chacune et chacun d’entre nous dans sa vie quotidienne alors que la spéculation financière internationale est une fois de plus à la manœuvre, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de responsabilité individuelle.
Demain, je tâcherai de vous présenter un numéro spécial de grande qualité de l’hebdomadaire Politis « Le chaos climatique » qu’il faut absolument se procurer.
Pour information :
- SOUTENONS « ULTIMATUM CLIMATIQUE » en signant l’appel Copenhague 2009 (front commun d’ONG de tous horizons)
- Mardi 3 novembre 2009, Gaillac, Salle Dom Vaysette, 20h00
COMMENT LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ?
Une conférence de Daniel TANURO, ingénieur agronome et militant écosocialiste – Conférence organisée par le NPA du Tarn
