Un car pour Brassac
Publié dans b) Désenclavement de Castres (30), le 10/11/2009 à 23:50, par Philippe Guerineau
Après le clip, la claque…
Collège des Cèdres , 16h30, rencontre parents-professeurs pour les élèves de 5ème . 34 rendez vous , le temps passe vite tant les échanges avec les familles souvent préoccupées de l’avenir de leurs enfants sont pour moi essentiels.
19h35, je peux éteindre la lumière de ma classe, saluer quelques collègues encore présents et me précipiter à Brassac où doit se tenir la deuxième réunion du « débat public » concernant le projet autoroutier.
20h, la salle est déjà presque pleine, la première moitié par les élus et essentiellement par des Castrais. La mairie de Castres fait dans le voyage organisé ( ?) puisque elle a loué un car. Comme pour le clip, le moment viendra où il faudra bien savoir qui paye et combien
Après la mauvaise surprise de la salle Gérard Philipe ( 21 octobre) , les petites mains sont à l’ouvrage, elles savent « organiser une salle » et mobiliser les professionnels de la claque (pour le petit Robert : les claqueurs).
Une trentaine d’interventions, sans surprise, pour les pro autoroutes, une longue litanie des élus de la Montagne, Conseillers généraux et maires ; chaque Conseiller général avait déjà eu l’occasion de s’exprimer auparavant à Albi ; « plus autoroute que moi, tu meurs », manifestement il fallait faire dans l’excès de zèle. A noter, 4 prises de parole de Conseillers municipaux de Castres en service commandé, là encore les mêmes redites sans le moindre effort d’argumentation.
Les entrepreneurs sont là ( la forêt, le granit, la salaison ) un même leitmotiv : l’EMPLOI.
Moment cocasse quand un exploitant granitier de Saint Salvy demande une liaison rapide Castres- Toulouse pour que ses camions puissent déposer les blocs ou les produits fabriqués plus vite à Toulouse. Dans la salle, une voix : « Tu ne peux pas aller à la gare de Castres ? » Silence…Bafouillements… Eh ! oui, alors qu’il est question de limiter la circulation des camions sur les routes et de favoriser le fret ferroviaire ( ?), nous en sommes encore là.
L’EMPLOI, problème réel et crucial pour tout notre Bassin est utilisé avec démagogie et cynisme car chacun sait qu’il n’y
a pas corrélation entre développement routier et activité économique. La Région Nord-Pas de Calais est très bien pourvue en autoroutes et voies expresses mais sinistrée économiquement. De plus, la Cour des Comptes note « que les autoroutes accélèrent les déséquilibres territoriaux et accentuent la polarisation du territoire ». Ainsi l’agglomération toulousaine risque d’aspirer un peu plus l’activité des villes moyennes satellites comme Castres.
A ce sujet, j’ai regretté auprès de Mme Barrès, présidente de la Commission particulière de débat public l’absence d’experts ( géographes- aménagement du territoire).Leurs témoignages avaient pourtant été intéressants lors d’un autre « débat public », celui du Grand Contournement de Toulouse. On sait en effet qu’il existe deux écoles qui sur la base d’analyses concrètes, pensent pour l’une que l’autoroute au bout de 3, 4 ans peut favoriser la création d’emplois, l’autre au contraire qu’elle peut accélérer « le déménagement d’un territoire ». Les deux se retrouvent pour dire qu’en tout état de cause, s’il n’y a pas de « projets structurants » pour accueillir une autoroute, c’est l’échec assuré.
L’inquiétude, voire la souffrance des habitants de la Montagne doivent être prises en compte, mais attention aux illusions créées, la crise du textile et les milliers d’emplois détruits ne sont pas liés à une absence d’autoroute !
Alors, aujourd’hui, en attendant …le messie, attention aux faux prophètes.
Concernant la sécurité, si autoroute il y a , nous savons que la RN 126 actuelle serait déclassée, rétrocédée aux collectivités locales et donc sans doute peu aménagée et entretenue ( faute de moyens). De plus, la circulation augmenterait au cœur des villes de Soual et de Puylaurens, camions y compris, qui ne voudraient pas payer une somme importante.
A souligner l’intervention du responsable de l’U.L. CFDT de Castres, qui bien qu’approuvant le principe de l’autoroute, regrette que les promesses de nombreux ministres (sans oublier un animateur de radio bien connu), n’aient pas été tenues pour aménager en 2×2 voies la RN 126.L’organisation syndicale demande que les impacts sur l’environnement soient maîtrisés et que la tarification soit adaptée.
Je reste très sceptique sur ce type de conditions vis à vis d’un futur grand entrepreneur privé.
Une dizaine d’interventions vont contester le dossier : désengagement de l’Etat, prix du péage ( autoroute la plus chère de France ?), disparition de terres agricoles et d’emplois agroalimentaires, refus de faire cadeau des deux déviations existantes payées sur fonds publics, une commerçante craint une évasion marchande vers Toulouse de même une chef d’entreprise textile de Lafontasse argumente contre l’autoroute. ( à suivre…)
La soirée se termine, l’animateur des débats annonce la présence de 326 personnes, tiens ! dit mon voisin, 326 pour la RN 126 …
C’était en direct de Brassac, il est presque minuit, le temps …d’un petit ravitaillement.
