Archives du 12 novembre 2009

De Louis Lanet aux « fusillés pour l’exemple »

Je me souviens… 

Samedi 21 décembre 1991 : Louis Lanet en compagnie d'Annie Malroux qui présentait son livre à Castres :" Mon père, Augustin Malroux"

Samedi 21 décembre 1991 : Louis Lanet en compagnie d'Annie Malroux qui présentait son livre à Castres :" Mon père, Augustin Malroux"

 A la fin des années 80, je fis connaissance de Louis Lanet, doyen de la section socialiste de Castres. Il était né en 1897 et habitait avec sa femme un petit pavillon, avenue René Cassin. Chaque mercredi, je me rendais à leur domicile muni d’un magnétophone avec l’ambition d’écrire «  Une vie dans le siècle ». Louis était né à Sabo, petit village de l’Hérault, près de Labastide – Rouairoux. A 14 ans, il parcourait 4 kilomètres pour travailler dans une usine textile, 60 heures par semaine.

 

La mort de Jaurès secoue toute la vallée du Thoré. Louis est mobilisé en 1916, il montera au Front en 1917 restant 14 mois dans les tranchées de Verdun. Pendant des heures, il me fit part de ses terribles souvenirs, de ses camarades morts au combat, blessés grièvement, et d’un des leurs «  fusillé pour l’exemple ». J’y reviendrai.

 

Mémoire intacte, propos inoubliables.

En 1924, il refonda la section socialiste de Labastide-Rouairoux qui avait disparu dans la tourmente et devient Conseiller municipal. Départ pour Castres, usine textile, engagement syndical et coopératif.

 A la Libération, il devient Maire-adjoint à Castres, président de la Commission des finances, chargé du ravitaillement. Il laissera quelques mois plus tard sa place à Léon Rouzaud car il lui était difficile de concilier mairie et travail à l’usine. Son meilleur souvenir : la construction de l’école publique de Lambert  dont il fut l’un des initiateurs. Il écrivait également dans le journal Le Républicain du Tarn.

Le samedi 23 février 1991, la salle de la ferme de Gourjade était pleine : Louis Lanet recevait la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur , il avait 94 ans. Son épouse, à ses côtés 91 ans.

Alors secrétaire de la section du Parti Socialiste de Castres, je fis, après les allocutions du Colonel Andries , de Thierry Carcenac, de Jacqueline Alquier, un long discours relatant sa vie politique et syndicale au service de Castres « …Au moment où nous nous interrogeons sur nous-mêmes, où les socialistes que nous sommes cherchent de nouveaux repères ( déjà !) et de nouvelles références, hier et demain se rejoignent dans le présent pour stimuler une réflexion. Cet aller-retour entre mémoire et histoire doit permettre de préserver ce lien entre les générations, pour continuer une œuvre, s’enrichir d’une expérience… »

Louis était très ému, il me remercia ainsi que Germaine Périé qui lui avait remis la Légion d’honneur, elle même l’avait reçue quelques années auparavant des mains de François Mitterrand à Castres . Il remercia également Jacques Durand , ancien président du Conseil Général du Tarn qui avait entrepris les démarches nécessaires ( décédé en 1990).

Louis Lanet nous quitta un an après début juillet 1992.

 

Beaucoup de monde et d’émotion à l’occasion de ses obsèques le lundi 6 juillet au cimetière Saint Roch . Il me revenait  de faire  le discours d’adieu devant sa famille, les anciens combattants,  au nom de tous les socialistes de Castres :  « Ici, plus qu ’ailleurs, nous le pleurons ».

 Louis me répétait souvent : «  Je serai quoi qu’il arrive toujours présent  aux cérémonie commémorations du 11 novembre , du 3I juillet, du 22 mai »  par fidélité à ses camarades morts lors de la 1ère guerre mondiale, par fidélité à Jean Jaurès, par fidélité à Jean Pierre Gabarrou.

Je me souviens encore aujourd’hui de sa présence devant le Monument aux Morts, jamais dupe des discours prononcés.

Le 9 juillet, à l’occasion d’un Conseil municipal, Jacques Limouzy est intervenu pour rappeler le passé d’adjoint puis de Conseiller municipal de Louis Lanet et a demandé une minute de silence ( autre époque, autres mœurs !).

 

« Les fusillés pour l’exemple »

 

Dés 1914, les autorités militaires instaurent des Conseils de guerre spéciaux afin de juger rapidement et «  pour l’exemple » les actes de rébellion. Parmi les chefs d’accusation : mutilations volontaires, refus d’obéissance…

Sur 2400 soldats condamnés à mort par ces tribunaux expéditifs, 600 furent fusillés dont 430 entre 1914 et 1915. Un exemple parmi d’autres : Eugéne Bouet du 48° Régiment d’artillerie, victime d’un « traumatisme post bombardement » le 29 août 1914, il s’égare et erre à l’arrière du front, il est arrêté,  jugé, pour abandon de poste et fusillé immédiatement le 7 septembre. Il sera réhabilité des 1917 ( ce qui est très rare). 

 

Depuis très longtemps des associations d’anciens combattants, la Ligue des Droits de l’Homme, la fédération nationale de la Libre Pensée, etc… demandent la réhabilitation des  «  fusillés pour l’exemple ».

En 1998, Lionel Jospin, alors 1er  Ministre, dans un discours à Craonne ( 100 morts à la minute, sanglants assauts commandés par le général Nivelle en 1917) ,  demandait que «  les mutins soient réintroduits dans la mémoire collective ». En effet, il serait grand temps !

 

 Samedi 14 novembre à Carmaux, parc de la Sérinié – Jean Jaurès, à partir de 10 heures,

HOMMAGE

PACIFISTE ET LAIQUE

 Aux Fusillés pour l’exemple de 14-18

A Jean Jaurès ( 1859-1914)

A  Francisco Ferrer y Guardia ( 1859- 1909)