Bal masqué à Cuq-Toulza
Publié dans b) Désenclavement de Castres (30), le 25/11/2009 à 22:06, par Philippe Guerineau
Que la lumière soit !
Ce soir, 4ème réunion publique organisée par la Commission Particulière du Débat Public liaison Castres-Toulouse ; je ne vous cacherai pas une certaine lassitude quand à 19h20, il me faut partir pour Cuq Toulza. Mais par moi-même, je dois absolument me rendre compte à la fois de la forme et du fond de ces débats. Je ne serai pas déçu, les 3 heures passeront extrêmement vite.
D’e
ntrée, Patricia ( je peux vous appeler Patricia ?) se présente comme fonctionnaire territoriale de Castres, trop de modestie tue la modestie… c’est la directrice du cabinet de P.Bugis. Plus tard, Hervé ( je peux vous appeler Hervé ?) lui aussi, fonctionnaire territorial de Castres. Trop modeste, le Hervé !…c’est le chef de cabinet de P.Bugis. Sans parler du jeune Arnaud …étudiant à Toulouse, faut pas avoir honte Arnaud, tu peux te présenter comme Conseiller municipal de Castres. Le sketch n’est pas fini puisque va défiler le noyau dur des militants UMP de cette ville, ceux que l’on croise habituellement dans les réunions de quartier pour faire la claque et empêcher toute question ou réflexion gênante ( oui, oui, cela se passe comme cela à Castres ), en un mot, la tendance dure. Les intervenants sont pour une fois non agglutinés dans les premiers rangs mais disséminés en petits groupes dans toute la salle, chacun d’entre eux muni de sa feuille dactylographiée. Tout cela prête à sourire devant la grossièreté du procédé. Je ne m’en lasse pas. Bas les masques !
Je ne compte pas un ex-conseiller général UMP de Montredon-Labessonnié. Que du beau monde ! Comme pour Brassac, tous étaient venus en car ( on ne sait toujours pas qui paye). Quelle préparation ! Saluons le fin stratège qui met au point pendant toute la semaine cette soirée.
Les conseils ou mises en garde du directeur du Journal d’Ici à l’analyse toujours nuancée, dans son dernier éditorial , sont suivis. Il écrivait : « Le piège serait d’avancer en terrain conquis sous prétexte de consensus autoroutier historique ». Celui-ci constate que depuis le début , le scénario ne se passe pas comme prévu. Il y voit la main des « spécialistes de l’agit-prop, contestataires de tout poil, parfois formés à l’excellent école des organisations gauchistes ( sic !) ». Assurément, Pierre ( je peux vous appeler Pierre ?) faiblit. Il aurait pu parler d’un complot international.
Plus sérieusement, il y eut au cours de cette soirée une trentaine d’interventions d’inégale importance, à peu près 14 pour le projet autoroutier, 13 contre, 3 indécis. Sur les 14, le message passé en boucle consiste à dénoncer ceux qui défendent des intérêts particuliers sous un habillage écologique au détriment de l’intérêt général. Avec une dose de sécurité routière qui ne convainc personne tant la RN 126 deviendrait accidentogène par manque d’entretien et d’aménagement s’il devait y avoir l’autoroute à 14,50 € pour les voitures, 35 € pour les camions ( dont certains ne prendraient plus les déviations de Soual et de Puylaurens).
A noter toutefois pour être complet les interventions d’un responsable de chez Pierre Fabre et du président du Conseil de développement du Pays d’Autan qui sur le fond tentent de défendre le projet sans se perdre dans des polémiques inutiles.
Pour aller à l’essentiel, sans oublier bien sûr les diverses interventions déplorant la disparition de surfaces agricoles, revenant sur le Grenelle de l’environnement, etc…il faut retenir celle ayant trait à la SUBVENTION D’EQUILIBRE , le représentant du Président du Conseil Général, en l’occurrence Michel Benoit, devra s’expliquer à deux reprises . Sa déclaration ne souffre d’aucune ambiguïté . Attendons le compte rendu précis de la réunion mais l’idée est la suivante : le Conseil Général du Tarn n’a pris aucune décision quant à sa participation financière à la subvention d’équilibre. Il le fera en son temps …si les moyens existent. Pour l’instant, c’est mal parti. Rappelons que le Conseil Général de Haute-Garonne a déjà dit non et que la préférence pour le Conseil Régional va pour un aménagement de la RN 126.
La Direction régionale de l’Equipement ( DREAL) a expliqué que sans subvention d’équilibre, le projet autoroutier ne pourrait exister.
D’autres ont regretté que l’Etat soit incapable de tenir ses promesses d’un aménagement de la RN 126 en 2X2 voies et contesté ses choix financiers ( bouclier fiscal, etc…) et les 3 milliards d’euros pour les restaurateurs ( ça, c’est moi qui le rajoute).
Stupeur dans une partie de l’assistance, Anne Lapeyrouze, maire et conseiller général de Puylaurens, ex-député européen, déclare qu’elle ne croit pas au calendrier annoncé pour le projet autoroutier ( 2015). Elle veut que d’autres solutions puissent être étudiées , en particulier si subvention d’équilibre il y a , celle-ci pourrait immédiatement financer Castres-Puylaurens. Elle fait d’autres propositions…
En résumé, on comprend mieux pourquoi le député Bernard Carayon ne voulait pas du débat, tant de choses devaient rester ignorées et pourquoi d’autres tentent de le masquer à l’instar des lucifuges ( vous savez, les animaux qui craignent la lumière). Des éléments décisifs du dossier apparaissent petit à petit au grand jour et c’est tant mieux : coût du projet ( sans doute plus élevé que l’estimation de la DREAL), coût du péage, subvention d’équilibre, risque d’endettement des collectivités locales ( clause de défiance), contraintes environnementales… toutes ces questions sont légitimes et ce ne sont ni les bourrages de salle, ni les slogans, ni la désinformation qui pourront éviter de faire apparaître la réalité du dossier présenté.
Il y a quelques mois , nous disions que vive le débat en toute transparence, aujourd’hui nous progressons… C’est ce qui met mal à l’aise les pro-autoroutes pavloviens.
