Archives du 4 décembre 2009

« Débat identité nationale » : la nausée

La boîte de Pandore  (1)

 

« Je pense qu’il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer »

Le journaliste insiste : « Par qui ? »

Réponse : «  Par qui ? Par quoi ?Il y en a déjà dix millions, hein . Il faut bien réfléchir. Dix millions que l’on paie à rien foutre. »

L’auteur de ces propos digne des pires provocations lepénistes est un dénommé André Valentin ,maire UMP d’un petit village de la Meuse, à la sortie d’un débat sur «  l’identité nationale » tenu à la Préfecture. Assurément, le débat lui a été très profitable. Devant les caméras de France 2, il laisse libre cours à son délire xénophobe. On imagine un enfant devant sa télévision «  Dis, papa, de qui il parle le monsieur ? C’est qui ces 10 millions qui vont nous bouffer ? »

 

Sinistre illustration des conséquences de l’opération montée par le sinistre de l’Identité nationale et de l’Immigration. Les messages à caractère raciste se donnent libre cours sur son forum du site Internet . Des contributions violemment xénophobes. En exaltant : «  La fierté d’être français », en désignant les immigrés, de quotas en expulsions, comme une menace pour la France, Eric Besson – Sarkozy décomplexe la parole raciste.

La machine électorale «  immigration, identité nationale, sécurité » dérape de plus belle. Les discours nauséabonds prolifèrent contre notamment, nos amis arabes et musulmans.

 

Martine Aubry a raison de dire que N.Sarkozy «  fait honte à la France ».

Tout cela ne sert que le Front National qui n’en demandait pas tant.

Ce soi-disant débat est maintenant fortement critiqué par une partie de la Droite, la Gauche, les syndicats, le monde associatif… Il est aussi critiqué par un grand nombre d’universitaires, chercheurs, tous spécialistes des sciences humaines. Ils dénoncent le fait que ce débat soit organisé sous l’égide des préfets ( comme sous le Second Empire) et par le ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Certains d’entre eux ont analysé les 200 questions qui font partie du «  guide » reçu par les préfets. Ils constatent que «  9 questions sur 10 désignent l’immigré comme un problème pour l’identité nationale ».

Par ailleurs, ils analysent des questions  toutes  tendancieuses et truquées . Leur démonstration est convaincante.

Dans le texte que vous lirez ci-après, ils exigent la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration  car celui-ci  met en danger la démocratie.

 

De même, sur le site Médiapart, plusieurs dizaines de personnalités ont lancé une pétition intitulée : «  Nous ne débattrons pas ». Parmi elles, Benjamin Stora dont mon blog le 5 novembre avait reproduit une interview.

Le combat n’en est qu’à ses débuts. Frères d’origine immigrée ou immigrés, vous n’êtes pas seuls.

 

Par le passé, nous avons trop connu à Castres ; lors de campagnes électorales, des propos ouvertement  racistes , souvent exploités d’une manière insidieuse par des élus sans scrupules, pour laisser faire aujourd’hui.

 

A Castres, un débat aura lieu le mardi 8 décembre de 18h30 à 21h à la Chambre de Commerce et d’Industrie organisé par la Préfète du Tarn. La veille, le député Ph.Folliot propose à sa permanence électorale un «  Forum citoyen » : « Identité nationale, identité régionale ». Si j’annonce cette initiative c’est ce qu’elle se déroulera – nous dit-on – en présence du sous-préfet ce qui me paraît pour le moins curieux. Il est en effet inhabituel de voir un représentant de l’Etat dans une permanence électorale.

 

(1) Boîte à Pandore : dans la mythologie grecque, Pandore est la première femme créée par Zeus, elle devient l’épouse du frère de Prométhée. Dans ses bagages, une boîte mystérieuse qu’il lui est interdit d’ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de  l’humanité notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, le Vice…sans doute également le Racisme. Elle céda à la curiosité et ouvrit la boîte libérant ainsi tous les maux de l’humanité.

 

 

 

«Nous exigeons la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration»

«Promesse électorale de Nicolas Sarkozy, la création d’un ministère chargé de l’Immigration et de « l’Identité nationale » a introduit dans notre pays un risque d’enfermement identitaire et d’exclusion dont on mesure, chaque jour depuis deux ans et demi, la profonde gravité. Très officiellement, des mots ont été introduits sur la scène publique, qui désignent et stigmatisent l’étranger – et par ricochet, quiconque a l’air étranger. Réfugiés et migrants, notamment originaires de Méditerranée et d’Afrique, et leurs descendants, sont séparés d’un «nous» national pas seulement imaginaire puisque ses frontières se redessinent sur les plans matériel, administratif et idéologique.

«Qu’a fait naître ce ministère? De nouveaux objectifs d’expulsion d’étrangers (27 000 par an), des rafles de sans-papiers, l’enfermement d’enfants dans des centres de rétention, le délit de solidarité, l’expulsion des exilés vers certains pays en guerre au mépris du droit d’asile, la multiplication des contrôles d’identité au faciès, enfin la naturalisation à la carte, préfecture par préfecture, qui rompt avec le principe d’égalité…

«Dans cette fissure de la République se sont engouffrés nos dirigeants. Par des propos inadmissibles dans une démocratie, banalisés et désormais quotidiens, ils légitiment tous les comportements et les paroles de rejet, de violence, et de repli sur soi. Nous ne sommes pas ici face à des « dérapages » individuels. En réalité, ces propos sont la conséquence logique d’une politique que le gouvernement souhaite encore amplifier sous le couvert d’un « débat » sur l’identité nationale. Nous sommes ainsi appelés à devenir coauteurs et coresponsables du contrôle identitaire sur la France.

«La circulaire ministérielle adressée aux préfectures pour encadrer le débat lance une interrogation : « Pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ? » La réponse est simple. Nous ne pouvons pas accepter que le regard inquisiteur d’un pouvoir identitaire puisse planer, en s’autorisant de nous, sur la vie et les gestes de chacun.

«C’est pourquoi il est temps aujourd’hui de réaffirmer publiquement, contre ce rapt nationaliste de l’idée de nation, les idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République.

«Nous appelons donc les habitants, les associations, les partis et les candidats aux futures élections à exiger avec nous la suppression de ce « ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration », car il met en danger la démocratie.»

Signataires: Michel Agier (anthropologue, EHESS et IRD), Etienne Balibar (philosophe, université Paris-X et university of California), Marie-Claude Blanc-Chaléard (historienne, université Paris-X) Luc Boltanski (sociologue, EHESS), Marcel Detienne (historien, EPHE et université Johns Hopkins), Eric Fassin (sociologue, ENS), Michel Feher (philosophe, Paris), Françoise Héritier (anthropologue, Collège de France), Daniel Kunth (astrophysicien, CNRS), Laurent Mucchielli (sociologue, CNRS), Pap Ndiaye (historien, EHESS), Gérard Noiriel (historien, EHESS), Mathieu Potte-Bonneville (philosophe, Collège international de philosophie), Richard Rechtman (psychiatre, Institut Marcel Rivière, CHS la Verrière) Serge Slama (juriste, université d’Evry), Emmanuel Terray (anthropologue, EHESS), Tzvetan Todorov (historien, CNRS), Paul Virilio (urbaniste, Ecole spéciale d’architecture de Paris), Sophie Wahnich (historienne, CNRS), Patrick Weil (historien, CNRS).

 

Picasso