Et pendant ce temps là à Castres : le Débat…
Publié dans i) Coups de projecteur (79), le 09/12/2009 à 22:00, par Philippe GuerineauDevant le sous-préfet qui n’en peut mais…
Une fin d’après midi bien remplie ce mardi.
17h, mairie : dernière main aux « diverses questions orales » qui seront déposées par notre groupe à l’occasion du Conseil municipal prévu le 15 décembre, dernier délai mercredi matin. Elles sont nombreuses et diverses, j’y reviendrai.
18h : réunion écourtée de la Commission des Finances , je prends connaissance de l’ensemble des délibérations qui seront discutées et votées mardi prochain, le temps de poser deux questions : l’une au sujet d’une décision modificative n°4 (cela a tendance à devenir une habitude) du budget principal, l’autre concernant « un transfert en pleine propriété à la Communauté d’agglomération de Castres Mazamet du Centre Culturel et Musical et Multimédia, le Bolegason », Les représentants des deux autres groupes d’opposition sont absents. Le temps de m’excuser pour la suite …
La traversée du jardin de l’Evêché est agréable, un conseil de classe m’attend au Collège, légèrement en retard, c’est une classe de 6ème agréable et travailleuse.
19h15 : dois-je traverser l’avenue pour écouter le soi-disant « débat sur l’identité nationale » qui se tient au même moment dans l’amphithéâtre de la CCI ? J’hésite mais comment continuer à écrire sur cette odieuse initiative du couple Sarkozy-Besson sans de visu me rendre compte de ce qui se passe au même moment dans ma ville…
Les échanges ont déjà commencé, il y a tout au plus 75 personnes. Compte tenu des nombreuses invitations aux associations, aux élus, c’est très peu pour tout le sud du département.
On peut distinguer trois catégories d’interventions : celle de représentants d’associations et d’enseignants tentant sur le fond de répondre aux questions posées du type : les symboles de la République, (nous sommes dans le cours d’éducation civique classique) ; une autre agressive voire hystérique : celle de responsables du Front National qui se présentent comme tels , ne pouvant s’empêcher de déverser leur haine ouvertement raciste avec des slogans que l’on connaît trop bien ( je suppose que le sous-préfet présent aurait préféré se trouver ailleurs).
Enfin, une dernière catégorie, celles et ceux (d’origine immigrée, une élue de Graulhet, un animateur de quartier, le responsable de la mosquée de Castres, etc…), qui malgré les insultes est intervenue avec beaucoup d’émotion sur le parcours de leur famille revendiquant le droit à leur racine, dénonçant les discriminations dont ils peuvent encore être victimes, affirmant qu’il ne faut pas confondre intégration et assimilation, qu’ils avaient le droit de suivre la religion de leur choix, tentant de garder leur calme face aux provocations du Front National.
J’ai ressenti ces interventions comme une justification . C’était intolérable ! Comment est-ce possible qu’à travers ce débat, il faille se justifier encore et encore d’être français ?
Ils rappelaient que leurs parents étaient morts pour la France, que leur famille était venue effectuer souvent les travaux les plus difficiles dans les années 60,etc…et tout cela face au Front National. Ecœurant !
L’animateur, éditorialiste de renom dans son quartier, tentait de faire entendre d’autres voix : « Il y a ici des élèves de Barral, quelqu’un veut-il prendre la parole ? » Une jeune fille bien mise se lève : « Je suis pour la diversité, je ne connais pas la Marseillaise ni Marianne et je crois que ces symboles n’ont aucune importance ». Raté ! Dur, dur, le boulot d’animateur !
Je quitte les lieux avant la fin avec deux, trois élus des alentours de Castres, échangeant sur le véritable fiasco de ce type d’initiatives.
Le lendemain, en quittant le collège vers midi, chronique de Didier Porte sur France Inter, une phrase au vol : « Et dire que des dizaines de milliers de tirailleurs marocains, tunisiens, algériens ou sénégalais se sont fait tuer hier dans les tranchées de 14-18, en 39/45 pour qu’aujourd’hui des connards racistes ( je cite) du FN aient avec l’aide de Besson des tribunes permanentes. » La suite, assez humoristique.
En face de moi, aux feux rouges de l’avenue de Lavaur, un homme seul souriait dans sa voiture.
Je suis persuadé qu’on écoutait la même chronique.

Giacometti