Archives du 5 janvier 2010

Les palissades de notre Irascible Souverain castrais

 

«  Cachez la misère que je ne saurais voir »

 

En 1776, Catherine II de Russie nomma Gregori Potemkine gouverneur général d’Ukraine. Quelques années plus tard, afin de cacher à l’impératrice, en visite le long du Dniepr, les points faibles de son administration, celui-ci fit construire à la hâte de faux villages sur les rives du fleuve, des palissades pour dissimuler les vieilles masures et recruta des figurants pour tenir le rôle de  «  moujiks endimanchés ». Catherine II revint enchantée de sa croisière.

 

La leçon à tirer de cet épisode véridique est facile : comment appliquer une politique de cache-misère comme technique de gouvernement ?

 Le Maire de notre ville s’y emploie et le fait très bien. A travers les couvertures et le contenu ( bien superficiel ) de Castres Magazine, le énième film qui sera projeté jeudi à l’occasion des vœux où nous serons invités à applaudir les visions d’une ville enchantée, du monde de oui-oui raconté aux enfants, où l’on chante et où l’on danse , film tout à la gloire ( éternelle) du monarque local. Strass et paillettes seront une fois de plus au rendez vous, ne servant qu’à masquer comme les palissades du gouverneur Potemkine la réalité quotidienne vécue par de nombreux habitants mais vous n’en saurez rien.

Qui en effet est informé de la situation sociale de milliers de Castraises et de Castrais ? A la lecture du Contrat Urbain de Cohésion Sociale 2007-2009 qui succède au Contrat de ville 2000-2006, il est possible d’approcher et d’identifier grâce au diagnostic effectué, les conditions de vie de beaucoup de nos concitoyens.

Pour notre ville, 4 quartiers ont été analysés : Aillot Bisséous – Centre Ville – Laden Petit Train- Lameilhé.

Prenons comme exemple le quartier de Laden Petit Train : ce quartier représente 3402 habitants, une partie de celui-ci a été classée en Zone Urbaine Sensible et compte 1824 habitants. Le taux de population de moins de 20 ans est très élevé sur la ZUS : 33,70 % contre 23,10 % en moyenne communale. Plus de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage (52,10 % contre 32,90 % sur la commune). Les non diplômés représentent 39,70 % contre 28 % sur la commune. Le quartier compte 92 logements répartis en deux cités distinctes appartenant à l’OPMHLM.

On constate que 21 % de logements cumulent de fortes difficultés liées au bâti ( il est préconisé la démolition de 122 logements).

8 % des demandeurs d’emploi de Castres habitent le quartier de Laden Petit Train alors que la population du quartier ne représente que 4 % de la population castraise. Les chiffres sont encore plus élevés aujourd’hui.

 

Selon les assistantes sociales, les familles domiciliées sur le quartier  de Laden  Petit Train  sont en situation de grande précarité sociale et culturelle .

L’école de Laden comprend une école maternelle de 98 élèves répartis en 4 classes et une école élémentaire de 147 élèves répartis en 6 classes  ( chiffres non actualisés).

37 % des élèves vivent dans une famille monoparentale, 24 élèves ont un suivi psychologique ( 9 %), etc…etc…

Le taux de chômage sur la ZUS dépasse 40 % contre 16,9 % en moyenne sur la ville.

Il ne s’agit là que de quelques chiffres… Les mêmes se retrouvent dans d’autres quartiers analysés. Ce sont  donc plusieurs milliers de personnes qui sont concernées ( derrière la palissade).

Des enseignants, des éducateurs, des animateurs de quartier, des assistants sociaux, etc… se dévouent au quotidien , en sera-t-il question à l’occasion de ces vœux ? J’en doute…

Oubliées aussi les personnes âgées souvent seules ne touchant qu’une faible pension en constante diminution . Ces différentes catégories sociales en grande difficulté sont-elles une priorité ? Des projets existent-ils pour améliorer la vie quotidienne ?

Jeudi, à l’occasion des vœux de la municipalité, je penserai avant tout à toutes celles et ceux que l’on cache derrière la palissade et non aux « moujiks endimanchés » présents pour le décorum.