Archives du 12 janvier 2010

Troisième chronique du règne de Nicolas Ier

 

Le livre : «  Troisième chronique du règne de Nicolas Ier » aux éditions Grasset signé Patrick Rambaud , de l’Académie Goncourt, vient de sortir. Il est comme on dit, en vente dans toutes les bonnes librairies ; je vous le conseille.

C’est avec beaucoup de plaisir et de nombreux éclats de rire que je l’ai lu ce week-end ( bloqué dans les neiges à Campans). J’avais déjà lu ses deux premières chroniques et je n’avais pas été déçu.

Comme le dit l’auteur : «  La Première chronique fut scintillante et burlesque, quand la Cour s’installât. La Deuxième, à la fois grave et ridicule, qui vit paraître la comtesse Bruni. La Troisième est plus sombre parce qu’elle présente un Souverain remodelé en Tarzan dans un pays devenu dépressif et répressif » .

C’est toute l’actualité politique de l’année 2009 qui défile , quelques exemples de sous chapitres : « Mademoiselle Edvige, l’art de se cacher derrière la Crise, que les misérables se dépatouillent, muselage des gazettes, les monstres utiles de Tarnac, la terrible histoire du chevalier Dray, le devoir d’applaudir, les colonies en feu, salauds de jeunes, bref aperçu du comte Copé, portrait du duc de Francfort », etc…etc…

En préface, l’auteur cite Victor Hugo – Napoléon le Petit- «  Ceux qui ont peur, la nuit, chantent, lui, il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète. »

 

Lisez ce livre, vous passerez de très bons moments et surtout vous consoliderez si vous en avez besoin votre esprit critique, un esprit critique contre…un esprit de Cour.

 

 

Je vous offre quelques bonnes feuilles ( comme on dit dans les hebdomadaires) .

…«  Les chefs du Parti social se désignaient entre eux par l’élection, ceux du Parti impérial étaient toujours nommés par le Prince. Ce dernier préférait des larbins choisis par lui à des élus qui avaient quelquefois des humeurs et pouvaient lui donner du souci. Pour Notre Leader Vénéré, il n’y avait rien de pire qu’un référendum où le peuple répondait à une question qui le dépassait, parce que c’était un moyen très sûr d’exprimer un mécontentement. Lorsque Son Epoustouflante Majesté voulut faire adopter sa mouture compliquée de la Constitution des royaumes d’Europe, elle n’interrogea point la masse de ses sujets, lesquels auraient pu une nouvelle fois la refuser, parce que trop financière et trop politique, aussi elle se servit du Parlement dont elle tenait la majorité à sa main…

 

 …Dans le mode de gouverner de Notre Electrique Leader, il y avait une tentation totalitaire du pouvoir derrière un paravent démocrate,, à l’abri duquel le Prince menait ses affaires. En fait, ce qu’il y avait de démocrate c’était l’opinion du peuple qu’on auscultait chaque jour pour naviguer sans heurts, mais le procédé était plus subtil qu’un simple thermomètre, seulement capable de mesurer les désirs, les besoins, les demandes et les rejets. Il y avait dans les soupentes du Château une officine spéciale, où œuvrait un certain abbé Buisson, chauve et discret. Cet homme du silence préparait les esprits. Il servait dans l’ombre, qu’il aimait autant que l’aisance, et trouvait dans son labeur de quoi le nourrir jusqu’à la fin de ses jours, car les caisses du Château étaient généreuses avec lui. Que faisait il donc ?Il avait la science de façonner l’opinion, la déformer, la conformer, l’orienter, l’inventer presque…

 

…Notre Souverain Protecteur savait pour l’avoir vérifié que ce dont on ne parlait pas n’existait pas, mais ce qui n’existait pas se mettait à vivre sitôt qu’on en parlait. Ce jeu de dupes fut un classique des pouvoirs musclés ; pour montrer l’efficience de sa police, le Prince ne pouvait plus se contenter des chiffres arrangés qui présentaient la délinquance en recul, il devait déjouer un complot très menaçant afin que ses limiers pussent briller (…) Il fallait que le peuple eut peur, qu’on pût le rassurer et durcir des lois de répression sans qu’il les contestât…

 

…Ce fut partout la même supercherie ; le Prince circulait d’une ville morte à une autre ville morte. Quand il visita au galop le centre Peugeot de Vesoul, à midi les ouvriers du matin avaient été renvoyés chez eux, et les horaires de leurs collègues de l’après midi décalés afin que Sa Majesté ne rencontrât que des salariés triés et une poignée de militants impériaux.

 

…A force de concentrer les décisions dans son bureau, Notre Brouillon Souverain se retrouva isolé. On grondait jusqu’autour de lui. Ses ministres, il les désavouait en public, les injuriait en privé ; ils en perdaient le peu d’autorité qu’autorisaient leurs titres. Sa Majesté jetait des lois par poignées comme la semeuse et annonçait des mesures avec lesquelles chacun, les découvrant, devait se débrouiller ; ces réformes qu’ils devaient défendre, sorties chaudes de la cervelle impériale, manquait de préparation, à peine empaquetées plus coûteuses qu’efficaces et toujours mal comprises…

Toute ressemblance avec des situations ou des personnes existantes à Castres serait bien sûr totalement fortuite.