Sécurité : vont-ils enfin comprendre ? (3)
Publié dans l) Le dessous des cartes (59), le 04/02/2010 à 20:31, par Philippe GuerineauDiagnostic local de sécurité : suite et fin du rapport
En conclusion, le rapport fait un certain nombre de propositions appelées préconisations :
1) Création d’ un groupe de travail animé par le Maire et les représentants des élus.
Pour rappel, entre 2001 et 2008, le Maire adjoint chargé de la sécurité, a toujours refusé de réunir la commission municipale du même nom malgré de nombreuses interpellations de l’opposition d’alors, celui-ci répétant qu’il ne servait à rien de réunir la dite commission. Depuis 2008, elle a disparu même sur le papier.
2) Il faut développer la démarche partenariale sur les questions de sécurité et de prévention en favorisant un fonctionnement plus opérationnel du CLSPD ( Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance). Celui-ci regroupe les services de l’Etat ( police, justice, éducation nationale), la municipalité ( élus et services), les associations, le Conseil général ( unité territoriale), les bailleurs sociaux…
A savoir le maire a toujours refusé d’appliquer la loi et cela malgré les interventions du Procureur de la République.
3) Développer la formation professionnelle sur les conduites à risques ( ?)
4) Travailler sur l’accueil des adolescents dans les structures socio-culturelles locales, élaborer des projets de quartier ( à ce jour refus systématique de cette municipalité d’avancer comme beaucoup d’autres le font de Gauche ou de Droite vers des Conseils de quartier et pourtant, ils seraient bien utiles voire indispensables pour évoquer et tenter de résoudre – proximité- les problèmes évoqués dans le rapport.).
5) Mettre en place des solutions liées à l’entourage du mineur en particulier des parents. A ce jour , cette municipalité s’est contentée de menaces à répétition du genre « suppression des allocations familiales ».
6) En ce qui concerne les problèmes de voisinage : expérimenter des procédures de médiation innovantes, médiateurs de quartier, de lotissement, de résidence. Valorisation du lien social ( bonne intégration des nouveaux venus), etc…
Combien de ces préconisations seront-elles retenues et appliquées ? A cette question posée au dernier Conseil municipal, le Maire s’est refusé de répondre. Faut-il alors penser que ce rapport est destiné à finir au fond d’un placard ?
En ce qui concerne la vidéo surveillance, le rapport précise : « Son installation doit être conçue comme une assistance technique susceptible de venir en appoint des mesures fonctionnelles et humaines »
Toujours, en ce qui concerne la vidéo surveillance, il est question de la création d’un centre de supervision urbaine ( CSU ) – support technique - : celui-ci doit faire l’objet d’une charte de fonctionnement s’engageant à respecter les obligations législatives et réglementaires qui encadrent le régime de vidéo surveillance afin de veiller au bon usage de ce système et de garantir les libertés individuelles et collectives.
La charte doit également préciser les obligations liées à l’utilisation du système et garantir le respect de la confidentialité des informations.
Suit un rappel des textes comme l’article 8 de la Convention européenne des Droits de l’Homme : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ». L’article 11 de cette même Convention qui protège « le droit à la liberté de réunion et d’association »
Il faudra revenir plus longuement sur le Conseil municipal de mardi soir dernier, durée : plus de 5h30.
Force est de constater que très peu d’élus de la majorité municipale avaient eu connaissance du Diagnostic local de sécurité.
J’en suis même à me demander si le Maire lui-même l’avait lu tant il semblait découvrir en séance le contenu du rapport.
Il semblerait, j’espère me tromper, que celui-ci ne sert que d’habillage au passage en force dans notre ville de la vidéo-surveillance, mesure qui n’a qu’un objectif idéologique et ne réglera en rien les problèmes de fond que l’on a trop ignorés depuis des années en les masquant par divers « effets d’annonce » démagogiques.
Seuls, les 5 élus du groupe « La Gauche rassemblée pour un réel changement » ont voté contre. Les 2 élus socialistes après pourtant de vives critiques se sont …abstenus.
D’autres délibérations suivront sur ce même sujet, cela sera l’occasion de revenir et de préciser notre position sur le fonctionnement de ce système ( pour ne donner qu’un exemple, il serait question que les écrans soient à disposition de la police municipale, si cela devait être le cas, autant les mettre directement dans le bureau du Maire, cela ne pourra que compléter une décoration à ce jour très XVIIIème siècle).
On nous annonce à Castres une baisse des chiffres de la délinquance pour 2009. Sans remettre en question le travail souvent difficile de la police nationale de notre ville, on peut tout de même s’interroger ,à la lumière d’un récent article paru dans le journal Libération, mercredi 3 février et que vous pourrez lire ci-dessous, sur la réalité des dernières statistiques dont a fait état le Maire de Castres.
Délinquance : la «mobilisation» miracle d’Hortefeux
Le ministre de l’Intérieur se félicite d’avoir réussi à faire baisser la délinquance sur les quatre derniers mois de l’année 2009. Il ne précise pas comment
INTOX
Depuis la publication des chiffres de la délinquance de 2009 (une petite baisse de -1%), Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, ne cesse de parader. Motif de son autosatisfaction, l’infléchissement de la courbe de la délinquance depuis son installation Place Beauvau, fin juillet. Sur BFM TV, le 28 janvier, il affirmait ainsi : «Sur les huit premiers mois de 2009, il y avait une légère, mais réelle, tendance à la dégradation de la délinquance. Grâce à la mobilisation, on a réussi sur les quatre derniers mois à inverser la tendance.»
DESINTOX
Pour Hortefeux, l’enjeu était de taille. L’objectif était d’annoncer une septième année consécutive de baisse de la délinquance, et d’afficher quelque résultat après son passage fantomatique au ministère des Affaires sociales. Mission réussie, à l’en croire. Même si la statistique de la délinquance est toujours sujette à caution. Le principal problème tient à ce que les chiffres livrés au public ne traduisent pas la réalité de la délinquance comme le personnel politique le fait croire, mais l’activité de la police et de la gendarmerie. Ce qui est fort différent : une activité ralentie des forces de l’ordre ou un empressement moindre dans l’enregistrement des plaintes se traduiront ainsi par une baisse des faits constatés, sans forcément témoigner d’une baisse de la délinquance réelle.
A cet égard, le revirement de tendance salué par Hortefeux est assez troublant. La «mobilisation» dont le ministre se félicite s’est notamment traduite par un spectaculaire plongeon des «infractions révélées par l’action des services» (Iras dans le jargon). Il s’agit des faits de délinquance dont le recensement est directement le fait des forces de l’ordre (et ne passent pas par le dépôt d’une plainte des victimes). C’est par exemple le cas des infractions à la législation sur les stupéfiants (un fumeur de shit pris en flagrant délit), des infractions à la législation des étrangers (contrôle de sans-papiers) ou des recels…
Cet ensemble fournit en moyenne 10% de la délinquance globale. Depuis une quinzaine d’années, les infractions révélées par les services augmentent régulièrement. La courbe des «Iras» n’a baissé qu’une fois, en 2001, et a joliment flambé ces cinq dernières années (+23,8% pour les infractions à la législation sur les stupéfiants, +47,4% pour les infractions à la législation sur les étrangers). Surprise, l’arrivée d’Hortefeux Place Beauvau, fin juillet, a été suivie d’un subit ralentissement des Iras : sur les cinq derniers mois de 2009, le nombre d’infractions révélées par l’action des services a baissé de 6% par rapport aux mêmes mois de 2008. La palme revient au mois de décembre avec une chute de 12,44%. Au final, pour l’année 2009, le nombre d’Iras en baisse de 3,25%. Inédit.
Dans une tribune publiée sur son site Internet, Laurent Mucchielli (CNRS) observateur attentif des statistiques de la délinquance, a écrit tout haut ce que les syndicats disent tout bas : «Les policiers et les gendarmes ont reçu l’injonction de faire baisser les chiffres d’enregistrement de la délinquance pour permettre au ministre, au gouvernement et au Président de ne pas afficher un bilan négatif au moment où l’on est entré en campagne pour les élections régionales.»
La bonne nouvelle de 2010, c’est que ce cirque statistique devrait en partie cesser. Depuis sa création en 2003, l’Observatoire national de la délinquance (devenu ONDRP) demande une réforme des indicateurs de la délinquance. L’institution a été enfin entendue. Les chiffres ne seront plus seulement basés sur la seule activité des services (mais aussi sur des enquêtes menées auprès des victimes). Et les Iras seront comptabilisées à part. Ce qui devrait éviter que les services soient contraints de lever le pied en fin d’année pour complaire au ministre de l’Intérieur.
Par CÉDRIC MATHIOT
