De quoi Bugis est-il le nom ?
Publié dans g) Situation politique (24), le 08/02/2010 à 7:43, par Philippe Guerineau« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde … »
Albert Camus

Celles et ceux qui ne lisent pas ou peu la gazette locale ( nul n’est parfait…) ne savent pas qu’un incident a conclu le Conseil municipal du mardi 2 février. Le mot incident est faible, il peut être remplacé par altercation , provocation. De quoi s’agit-il ?
Après plus de 5 heures de débat dont les points principaux furent les orientations budgétaires et la vidéo surveillance, le temps des questions orales était venu ; c’est à ce moment là que le président ( sic !) du groupe socialiste et son acolyte ou les deux caractérisèrent la majorité municipale comme étant Front National et menant à Castres, une politique à l’instar des villes comme Orange , Marignane, longtemps gérées par ce parti.
Jeter ainsi l’opprobre ( ce qui humilie à l’extrême d’une manière éclatante et publique tous les élus de cette majorité) entraîna des réactions indignées notamment d’un ancien Maire-adjoint siégeant à la Communauté d’agglomération et exerçant toujours sur la ville des postes de responsabilité ( CCAS, CHIC…) : « Je ne me laisserai pas insulter » réaction saine de percevoir le FN comme une calomnie.
« Qui ne dit mot consent ». Face à la provocation car c’en est une, comme nous le verrons, de la part de l’élu socialiste, fallait-il garder le silence ? Insupportable d’être complice d’une telle faute politique, je dénonçai donc l’absurdité d’une telle caractérisation qui décrédibilise le travail de l’opposition municipale et dans le même mouvement conforte la Droite locale. ( Le compte rendu de ce Conseil municipal qui paraîtra dans un mois permettra d’être plus précis).
Combattre les idées et les actions de la Droite locale nécessite de bien analyser les armes de l’adversaire et ce qui lui a permis de développer son implantation au cours des dernières années. Il y a erreur politique de qualifier P.Bugis d’agent du Front National, il y a faute politique de qualifier tous les élus de la Majorité comme suppôts du parti d’extrême droite .
INCONSEQUENCE :
Si tel était le cas, l’heure serait à la construction sur la ville d’un large Front de tous les démocrates et républicains, à commencer par l’union des forces de Gauche . Quand ,à l’occasion des vœux, je propose un comité de liaison permanent pour lutter contre certaines décisions de cette municipalité ( MJC de Lameilhé, etc..) pas la moindre réaction !
Si tel était le cas, cela voudrait dire que les syndicats en particulier ceux du personnel Mairie, ont été très affaiblis, ce qui n’est pas la réalité, loin de là. Si tel était le cas, que penser de l’attitude bien consensuelle des élus du Parti Socialiste à la Communauté d’agglomération ? Si tel était le cas, comment expliquer que les deux socialistes locaux votent la plupart des délibérations de la majorité municipales et surtout s’abstiennent en ce qui concerne l’implantation de la vidéo surveillance ? Si tel était le cas, que penser de l’absence de mobilisations d’un certain nombre d’associations de notre ville ? Enfin, si tel était le cas, il faudrait dater à partir de quand cette majorité municipale par son action s’apparente au Front National. Est-ce lors de la campagne électorale de 2001 ( on peut en discuter…) ? Sinon à partir de quel moment et quels sont les faits qui tendent à le démontrer ? Est ce lors de la campagne électorale de 2008 ? L’élu socialiste en question n’en a jamais fait état et bien au contraire dialogue avec le Maire actuel. Il faut donc chercher dans le dernier mois : disparition du Centre d’art contemporain ? Les explications données sont d’ordre financier et en tout état de cause, cela suffirait-il à expliquer le changement de nature de cette municipalité ?Partant du principe qu’il n’y a pas de compromis possible avec le Front National et ses thèses de racisme d’exclusion et de xénophobie, comment expliquer les rapports tout républicains qu’entretiennent ces deux élus avec la municipalité ?
Il y a une différence de nature entre le Front National et la Droite malgré les dérapages racoleurs. Qualifier donc de Front National la majorité municipale, c’est banaliser celui-ci ( tout se vaut) et laisser croire que le F.N. ne serait pas si dangereux que cela. ( Est ce qu’une partie de nos concitoyens, même peu importante, croit aujourd’hui à une dérive F.N. ?)
En charge de la formation au sein du Parti Socialiste, j’ai eu dans les années 90 à organiser des stages concernant « la lutte contre l’extrême droite » . Dans le cadre de mes responsabilités « Le Manifeste contre le Front National » , j’ai eu l’occasion de faire venir J.C. Cambadélis et d’autres à Castres. Nos deux élus socialistes feraient bien de lire tout ce qui était alors publié.
Qu’est ce que « le bugisme » ? On serait tenté de répondre : rien, sinon l’art de se maintenir au pouvoir ( tout contrôler…)et servir des clientèles ( intérêts privés contre intérêt général) mais c’est un peu plus que cela : un discours lisse avec il est vrai, quelques clins d’œil appuyés à une partie de l’ électorat frontiste.
Mais, à l’inverse du Front National qui s’affiche comme tel, le Maire de Castres n’expose pas les fondements de sa politique ( attrape-tout et air du temps). Son allocution au moment des vœux en est la démonstration : une liste de réalisations présentes ou à venir. Son public ce soir-là :70 % de plus de 60 ans, son électorat.
Comment se structurent les forces politiques au sein de la majorité municipale ? Bien que vice-président de l’UMP ( pour s’assurer les investitures à venir), son premier cercle n’est pas issu de ce parti, loin de là .Son candidat ( ?) pour les élections régionales Xavier Bories a été battu in fine par Jacques Thouroude, UMP. J’avoue ne pas connaître tous les courants et sous courants qui agitent en profondeur les 33 élus de la majorité. Ce qui est sûr par contre et cela aurait dû attirer l’attention des deux élus socialistes, c’est qu’ il y a au moins trois conseillers municipaux qui se revendiquent ouvertement du MPF de Philippe de Villiers et qui n’hésitent pas à répandre une idéologie assez nauséabonde par exemple contre la loi de Simone Veil.
Alors « le bugisme » n’est-il qu’un « local-populisme » ? Sa majorité est-elle homogène ? Le débat devra assurément avoir lieu, il devra être étayé, compris par le plus grand nombre et non se résumer à de petits coups médiatiques.
Fin de Conseil municipal agité ; plongé dans ma question orale concernant l’avenir du Bolegason, je perçois de loin le mot communisme lancé par l’adjoint MPF qui s’adresse à l’élu PS : « Vous êtes bien alliés avec les communistes ! ». Réflexe pavlovien auquel on aurait tendance à s’habituer dans le paysage. Erreur ! Géraldine se lève à mes côtés : « Je viens d’être insultée, c’est intolérable, je sors ».
Fin de la question orale, réponse du Maire : « Les missions de Bolegason resteront inchangées ». Fin du Conseil municipal. Robert, Monique et moi raccompagnons Géraldine à la voiture, on se détend un peu ( André absent pour cause d’opération du ménisque). Demain sera un autre jour…

Peintures de Georges Artemoff, exposition actuellement au Musée Goya.