Archives du 10 février 2010

Pierre Joxe ou l’anti-Frêche

«  Ethique de conviction, éthique de responsabilité » 

 

Pierre Joxe, ancien ministre de François Mitterrand, quitte dans quelques jours le Conseil Constitutionnel. Il rompt avec le droit de réserve auquel il s’est tenu dans un livre au titre ô combien significatif :  « Cas de conscience ». Dans celui-ci, il plaide pour une transparence accrue dans les débats du Conseil Constitutionnel afin d’éviter que cette institution soit trop soumise à la majorité politique.

On apprend qu’ en 9 ans de mandat, les désaccords entre Pierre Joxe et les autres membres du Conseil Constitutionnel ont été nombreux. Dans le livre, l’ancien ministre en retient 3.

Premièrement la loi sur le nouveau service public de l’audiovisuel qui retire au Conseil Supérieur de l’audiovisuel (CSA ) le pouvoir de nommer les présidents de l’ audiovisuel public pour le donner au Président de la République.

Pierre Joxe indique dans une interview dans le journal  Aujourd’hui en France ( 7 février) «  Cette loi est contraire à la jurisprudence constante des 20 dernières années où la tendance était d’ éloigner sans retour en arrière possible  la main mise du politique sur les médias. La protection de la liberté, de l’indépendance de la presse et de l’expression de la pensée est un des points les plus importants qui soient et je ne m’attendais pas à ce qu’il soit remis en cause de cette façon. »

Il ajoute : «  J’ai demandé que mon – opinion différente- juridiquement argumentée soit publiée par le Conseil Constitutionnel, elle ne l’a pas été donc je la publie aujourd’hui. »

Dans le livre, Pierre Joxe revient sur la loi Perben II de 2004 qui a décidé qu’on pourrait placer les mineurs jusqu’à 4 jours en garde à vue . Il écrit : «  Quand tout à coup un texte introduit cette disposition, en contradiction totale avec la philosophie du Droit des mineurs, tel qu’il était jusque là, en l’occurrence depuis l’ordonnance de 1945, c’est plus qu’un revirement juridique, c’est un revirement philosophique et il faut que cela soit su. »

Troisième exemple contre le Contrat première embauche ( CPE) de 2005 .

Sur ces 3 exemples, Pierre Joxe donne ses «  options différentes ». Celles-ci formulées dans le secret des séances n’ont pas droit de publicité, il demande donc comme cela se passe d’ailleurs en Allemagne, en Espagne ou aux Etats-Unis que ces «  opinions différentes » puissent être connues.

Dans le quotidien déjà cité, il répond à la question suivante : « On vous a vu au lancement du Parti de Gauche de Mélenchon il y a deux ans ». Réponse : «  Mélenchon est un vieil ami et j’y étais aussi pour mon ami Oskar Lafontaine, fondateur du parti Die Linke ( la Gauche en Allemagne) auquel j’aurai adhéré si j’étais allemand. »

 Dans son livre, Pierre Joxe revient sur certains de ses désaccords avec  François Mitterrand comme par exemple l’amnistie des généraux d’Alger, etc…

Il faut lire ce livre qui à travers «  les cas de conscience »  de Pierre Joxe montre que l’on peut allier en restant fidèle à ses valeurs « l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité ».

 » Cas de conscience », édition Labor et Fides, 19,50 €