MANDELA ? Connais pas !
Publié dans i) Coups de projecteur (79), le 15/02/2010 à 7:00, par Philippe Guerineau
Le long combat contre l’apartheid

Il y a vingt ans jour pour jour, Nelson Mandela, le leader du Congrès National Africain ( ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc sortait enfin libre du bagne de Robben Island. Toujours autant d’émotion à revoir ces images de cet homme de 71 ans, poing droit levé dans le ciel du Cap et qui aura été emprisonné 27 ans.
Si je vous reparle aujourd’hui de cet événement, c’est à la suite d’une discussion avec deux lycéens du lycée de la Borde Basse.
L’un d’eux ne comprenait pas que ce régime d’apartheid ait pu durer si longtemps. Il poursuivit me demandant s’il y avait eu en France des mobilisations pour exiger la libération de Nelson Mandela. Il est vrai que le Prix Nobel de la Paix fait aujourd’hui l’unanimité à croire que la résistance d’hier et la terrible répression passent au second plan.
Et pourtant, il faut se souvenir que, en particulier au cours des années 80 en France le mouvement anti-apartheid prit de l’ampleur. C’est à cette époque également que partout dans le monde, retentissent les slogans : « Libérez Mandela ». Le journal l’Humanité et la fête annuelle du même nom vont jouer un rôle important de sensibilisation.
Il est vrai qu’en France, les grands médias mettront de nombreuses années avant d’évoquer le sort de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde. Pourtant les massacres continuent en Afrique du Sud.
Bien sûr, les militants politiques se souviennent que dans les années 60 à Sharpeville, des policiers tirent dans la foule faisant des dizaines de morts, de même à Soweto, en 1976, la répression est terrible ( plus de 500 victimes).
Partout en France, des milliers de jeunes s’engagent alors contre l’apartheid et pour le boycott de l’Afrique du Sud. Les deux lycéens n’imaginaient pas qu’il y eut alors de vastes rassemblements avec des artistes du monde entier ( notamment en 1988 , un concert géant dans le stade londonien de Wembley avec le groupe écossais Simple Minds qui crée pour l’occasion « Mandela Day » ). Il faut se souvenir également qu’un artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest, en 1974, recouvre les murs de Nice (que la mairie de Droite a jumelée avec celle du Cap, malgré la ségrégation ) de sérigraphies où l’on voit une famille africaine derrière les grillages. L’association « Artistes contre l’apartheid » était née , véritable musée itinérant comprenant des dizaines d’œuvres des plus grands artistes .
L’ambassade d’Afrique du Sud à Paris fut même envahie. C’est grâce à ces mobilisations et au soutien manifesté à ce que l’on appelait la « Triple Alliance » « ( l’ANC, le Parti Communiste et la Centrale syndicale Cosatu) que l’Afrique du Sud allait être mise au ban des nations, être la cible des sanctions internationales, et privée de tout soutien financier. Le pays est alors en pleine crise économique.
Il faudra encore quatre ans après sa libération et beaucoup de provocations à déjouer pour que Mandela puisse voter pour la première fois de sa vie à l’âge de 75 ans.
Comme on le voit, à partir des années 70 et surtout 80, les mobilisations prirent de l’ampleur. C’est ce que l’on tente d’effacer aujourd’hui mais celles et ceux qui y ont participé n’oublient pas .
Il y a 25 ans, en février 85, Nelson Mandela est en prison depuis près d’un quart de siècle et vient de refuser la proposition du Président sud africain Botha de le libérer s’il renonce à la lutte avec cette réponse : « Vivre libre, c’est vivre de façon à respecter et renforcer la liberté des autres ».
A la même date et cela peut paraître étonnant, un sondage révèle que 70 % des Français ne le connaissent pas . Peu nombreux étaient donc celles et ceux qui s’engageaient dans le combat universel des Droits de l’homme, c’est ce même combat qui continue aujourd’hui. Oui, une idée juste peut devenir le combat de tous, même si le chemin est long !
C’est ce message que je tentais de faire partager aux deux jeunes lycéens. Avant le magnifique film : « Invinctus » il y eut bien des dizaines d’années d’apartheid avec leur lot sanglant de victimes et il y eut des hommes et des femmes d’abord peu nombreux qui manifestaient aux cris de « Libérez Mandela » et « Boycott de l’Afrique du Sud ».
A lire le numéro spécial de l’hebdomadaire L’Humanité Dimanche : « Nelson Mandela, ce que le monde lui doit » ( 11/02) et le Monde Magazine ( n° 22, supplément au Monde du 13/02)
