Merci Florence Aubenas

La précarité au jour le jour

 

Il faudra que je vous parle un jour d’un très beau livre que j’ai pu finir pendant les vacances. Il s’agit de «  Retour à Reims » de Dider Eribon . Après la mort de son père, l’auteur retourne à Reims sa ville natale et retrouve son milieu d’origine avec lequel il avait plus ou moins rompu 30 ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l’histoire de sa famille. Il évoque le monde ouvrier de son enfance, restituant son ascension sociale et surtout il  met à chaque étape de ce récit très intime et bouleversant  les éléments d’une réflexion sur les classes sociales , le système scolaire, la politique , le vote, la démocratie…

Autre livre que je vous conseille,  qui se lit plus rapidement : «  L’ombre de ce que nous avons été » de Luis Sepulveda . Beaucoup d’humour pour nous faire découvrir le retour d’exil 35 ans après le coup d’Etat de Pinochet de 3 anciens militants de Gauche.

 

Mais sans attendre, il faut  lire le livre magnifique de Florence Aubenas : «  Quai de Ouistreham » (éd. de l’Olivier). On ne présente plus Forence Aubenas, chacun se souvient de ses reportages pour Libération aussi bien sur le Rwanda que sur Outreau. Personne n’a oublié qu’elle fut retenue en otage près de 5 mois à Bagdad.

Aujourd’hui, journaliste au Nouvel Observateur, la journaliste a décidé de prendre un congé sabbatique pour s’immerger totalement dans la réalité sociale des plus démunis. Pour cela, elle est devenue travailleuse précaire à Caen prête à accepter les boulots les plus durs. Inscrite au chômage,  agences d’intérim,  pôle emploi, le monde invisible des CDD, elle sera agent de nettoyage notamment à bord du ferry pour l’Angleterre à Ouistreham à récurer les cabines et les toilettes pour quelques heures.

D’autres boulots suivront, elle ne gagnera jamais plus de 700 € par mois. On partage avec Florence Aubenas la fatigue nerveuse, les horaires qui n’en finissent pas, les déplacements incessants d’un travail à un autre, surtout ne jamais se faire remarquer et a fortiori revendiquer, mais il y a aussi des moments de bonheur et de grande solidarité. Comme le dit l’auteur, une prime de licenciement de 200 € fait figure de parachute doré et un CDI de 5h30 à 8h le matin d’événement exceptionnel.

Dans une longue interview à l’hebdomadaire les Inrockuptibles ( du 17 au 23 février), Florence Aubenas revient longuement sur son expérience, la vie de toutes les femmes qu’elle a rencontrées mais aussi sur ce qu’est la presse aujourd’hui.

 

A Castres, la municipalité fait appel à de nombreuses entreprises privées de nettoyage suite à la privatisation de services municipaux. Nul ne sait quelles sont les conditions de vie et de travail , salaires, horaires décalés des femmes car il s’agit surtout de femmes qui interviennent chaque jour dans de nombreux bâtiments scolaires, culturels, sportifs.. .

 

A Castres, il y a à nos côtés sans que nous les voyons de nombreuses Victoria, Marilou, Marguerite, Mauricette , pas ou peu de syndicats dans ce secteur pour faire entendre leur voix ( 0,8 % de taux de syndicalisation, l’un des plus bas de France) .

-         A savoir, il existe dans le secteur du nettoyage 17 000 entreprises dont 12 000 de moins de 10 salariés. Beaucoup ne respectent pas les conventions collectives.

-         A savoir : en 2000, les CDD représentaient 71% des intentions d’embauche dont 39 % pour des contrats de moins d’un mois.En 2009, les CDD ont grimpé à 95 % des intentions d’embauche, quant aux CDD de moins d’un mois le chiffre a bondi à 63 %

-         A savoir 80 % des temps partiels contraints sont des femmes, 80 % des salariés gagnant moins que le Smic sont des femmes, 80 % des smicards sont des femmes.

 

 Aujourd’hui ce sont massivement les femmes qui travaillent moins pour gagner moins, le temps partiel devenant un mode de gestion des entreprises.

Florence Aubenas fait apparaître au grand jour cette «  France invisible », un jour peut-être un travail sera fait pour nous faire découvrir ce «  Castres invisible ».

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