Archives de février 2010

« Les profs ne grognent pas… »

Les profs ne grognent pas. Ils savent, depuis Victor Hugo, «qu’ouvrir une école…»

Les profs ne grognent pas, ils voient, ils s’inquiètent, ils compatissent, ils déplorent, ils espèrent, ils s’insurgent, ils ont peur, ils vous alertent.

La «grogne des profs», voilà en trois mots comment les médias résument les manifestations des enseignants depuis des années. Cette grogne fait d’eux au pire des cochons teigneux, au mieux des ivrognes mal réveillés à chaque rentrée, avec toujours l’idée implicite d’un mécontentement sans fondement réel.

Ce grognement prend toute la place, de sorte qu’aucune des revendications n’atteindra l’opinion publique, résumant tout ce bruit par un : «Les profs, y sont jamais contents !»

En 2010, il est plus que temps d’entendre que les profs ne grognent pas.

Les profs ne grognent pas, ils s’inquiètent pour votre enfant qui n’aura pas sa filière, ou restera à la maison, faute de place dans le lycée choisi.

Les profs ne grognent pas, ils constatent que votre enfant se retrouve dans une classe de trente élèves, lui qui a besoin de suivi.

Les profs ne grognent pas, ils pensent à vos enfants qui prendront l’allemand, faute de prof d’espagnol dans leur nouveau lycée, après pourtant trois ans d’espagnol au collège où ils étaient excellents.

Les profs ne grognent pas, ils compatissent avec ces jeunes collègues, Capes en poche, qui iront désormais enseigner immédiatement la totalité des heures sans avoir été formés et préparés un an avec une seule classe comme c’était le cas auparavant.

Les profs ne grognent pas, ils consolent ces jeunes profs pictaviens, lyonnais et lillois privés de leur famille pendant trois ans pour enseigner dans une banlieue qu’ils n’auront pas choisie.

Les profs ne grognent pas, ils voient ces jeunes profs pleins d’envie, de passion qui, tout juste diplômés, démissionneront après un burn-out, faute d’avoir eu le temps d’être formés et face à l’ampleur de la tâche à accomplir.

Les profs ne grognent pas, ils refusent la disparition des BEP, dernier recours pour les élèves les plus fragiles.

Les profs ne grognent pas, ils parlent de vos enfants, de ce collégien orienté en secrétariat ou en comptabilité, là où il y a de la place, alors qu’il avait demandé électrotechnique.

Les profs ne grognent pas, ils évoquent ce prof de musique titulaire en zone de remplacement qui enseigne dans trois collèges différents et passe trois heures par jour dans les transports.

Les profs ne grognent pas, ils connaissent ces vacataires, utilisés comme des bouche-trous et livrés à eux-mêmes.

Les profs ne grognent pas, ils s’insurgent contre ces remplacements improvisés d’une prof de français par le prof d’éducation physique et sportive ou par une «connaissance du principal».

Les profs ne grognent pas, ils espèrent que l’école de la République restera un lieu d’égalité sociale, même si dans certaines classes il n’y a plus de mixité sociale.

Les profs ne grognent pas, ils déplorent qu’un jeune prof ne gagne que 1 300 euros avec un bac+5 et se trouve déconsidéré par ses propres élèves.

Les profs ne grognent pas, ils savent que les établissements ZEP seront de moins en moins fréquentés avec la fin de la carte scolaire, accentuant ainsi les inégalités sociales et géographiques.

Les profs ne grognent pas, ils vous alertent : les fausses mesures prises en grandes pompes ne changent rien à l’échec scolaire qui nécessite un travail de fond et des moyens humains et financiers.

Les profs ne grognent pas, ils ont peur pour ces enfants qu’on veut former à être des bêtes à concours ou des chairs à usine en enlevant d’un côté l’histoire aux scientifiques en terminale et en vidant le français de sa substance dans les filières professionnelles.

Les profs ne grognent pas, ils font face à une violence qui relève d’une société en crise et qui ne se réglera pas avec quinze jours d’équipes mobiles de sécurité.

Les profs ne grognent pas, ils déplorent qu’aucun média ne consacre une vraie émission aux problèmes de l’Education nationale quand celui de l’identité nationale prend toute la place.

Les profs ne grognent pas, ils veulent un retrait de la réforme.

Les profs ne grognent pas, ils veulent une vraie réflexion menée par ceux qui ont déjà vu des collégiens et des lycéens autrement qu’en statistiques.

Les profs ne grognent pas, ils savent bien, depuis Victor Hugo, «qu’ouvrir une école, c’est fermer une prison».

N’attendons pas que nos prisons débordent.

Par des professeurs, CPE et assistants d’éducation du collège Jean-Pierre-Timbaud de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Libération du 15 février

 

Mardi, c’est Loppsi.

 « Vers une société de la surveillance, du soupçon et de la peur … »

 Vous avez aimé le débat sur  «  l’identité nationale », vous allez adorer la nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure ( Loppsi 2).Elle sera votée aujourd’hui. Même le rapporteur UMP de la Commission des lois reconnaissait «  l’absence de stratégie, de fil conducteur pour lutter contre l’insécurité ».

De la généralisation de la vidéosurveillance à l’interconnexion de fichiers,  en passant par le contrôle des ordinateurs, tout est fait pour nous habituer à une  «  société de la surveillance » de tous contre tous. Il est question également de l’extension des pouvoirs des policiers municipaux ( qualité d’agent de police judiciaire, contrôle d’identité, etc …), tout cela sous l’unique responsabilité du maire concerné.

Début d’un mouvement inquiétant avec la baisse continue des effectifs de la Police nationale et surtout, on en parle peu, un nouveau statut pour la sécurité privée ( certaines compétences peuvent être partagées, voire déléguées par l’Etat).

Dans quelques années, allons nous assister au même bal des faux-culs qui feront sans doute part de leur étonnement face aux conséquences liberticides de telles lois dites sécuritaires votées en cadence les unes après les autres depuis 2002 ?

Bal des faux-culs : en effet, concernant l’évolution exponentielle du nombre de gardes à vue au cours de ces dernières années ( + 67 % depuis 2002). D’après  «  le livre noir de la garde à vue »  , celle-ci concerne 1% de la population en 2008. Résultat : un jeune adulte sur 2 risque au moins une fois dans sa vie de faire l’objet d’une retenue dans un local de police ou de gendarmerie.

Donc le chiffre annuel de 600 000 gardes à vue existe bel et bien et il a fallu le travail du journaliste de France Info Matthieu Aron pour s’apercevoir que n’étaient pas comptabilisées les 200 000 gardes à vue pour des délits routiers.

Cela fait des années que les associations des Droits de l’homme ( droits de l’hommiste comme on dit à droite ) , celles des avocats et des magistrats tirent le signal d’alarme, sans succès. Mais aujourd’hui «  les grands as de la sécurité  » font face à une opinion publique inquiète : «  Tout change si l’on comprend que la répression peut s’appliquer à soi-même ».Avec presque un million de gardes à vue, on se dit : «   ça peut vraiment m’arriver » .

 Alors aujourd’hui, les bons apôtres, les Hortefeux, Alliot-Marie, Copé, la main sur le cœur, estiment : «  qu’il y a trop de gardes à vue ». Les mêmes qui revendiquent haut et fort une politique du chiffre à tous les niveaux.  Ah les méchants policiers !

 

D’ailleurs à Castres, quelle est donc l’évolution des gardes à vue depuis 2002 ? Ont-elles augmenté dans les mêmes proportions que nationalement ? Si oui, pourquoi ? Quelles sont les conditions de rétention ? Qu ’en pensent les syndicats de policiers locaux , les avocats de Castres ?

 

 Résumons : ce n’est pas un dangereux gauchiste qui le dit mais Robert Rochefort, dirigeant du Modem : «  La loi est une provocation, assemblage de mesures dangereuses, inefficaces et restrictives des libertés fondamentales. »

 

Vous lirez ci-dessous l’interview de Jean Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’Homme.

La Ligue des droits de l’homme (LDH) a lancé, à l’automne 2009, une campagne intitulée « Urgence pour les libertés », axée sur cinq thèmes : asphyxie de la démocratie, exclusion et droits sociaux, droits des étrangers, justice-police-prisons, société de surveillance. Jean-Pierre Dubois, professeur de droit public à Paris-XI et président de la Ligue, analyse, dans ce contexte, la nouvelle loi sur la sécurité intérieure.

 

Pourquoi avoir lancé une campagne sur les libertés publiques ?

Parce que nous voyons converger une série de dérives et de régression des droits qui vont très au-delà de nos inquiétudes récurrentes. Il y a une histoire longue de ces dérives, qui commence à la fin des années 1970, mais sur cette tendance lourde se greffent des aggravations considérables.

Si nous revenions à l’époque de Georges Pompidou, nous serions surpris du « laxisme » des gouvernements. Cela paraît incroyable, mais avant 1970, la consommation de stupéfiants n’était pas un délit. En 1977, le Conseil constitutionnel interdisait à un policier d’ouvrir un coffre de voiture parce que c’était un élément du domicile. Et il n’y avait pas de législation antiterroriste dérogeant aux droits de la défense, permettant des gardes à vue prolongées, débouchant sur des détentions provisoires de quatre ou cinq ans. Même l’extrême gauche n’oserait pas revenir aux années 1970.

Pourquoi cette évolution ?

Robert Badinter avait vu juste quand il parlait de « lepénisation des esprits ». On pourrait démontrer qu’une bonne moitié du programme présidentiel de Jean-Marie Le Pen en 2002 est passé au Journal officiel depuis. C’est grave, mais malheureusement vrai.

Comment analysez-vous la loi sur la sécurité intérieure ?

Beaucoup de choses me choquent, mais le plus terrifiant, c’est la logique d’interconnexion des fichiers. Il n’y a pas une semaine où n’est pas créé un nouveau fichier de police, et on installe aujourd’hui un gigantesque carrefour du fichage et du traçage. Si l’on croise les GPS des voitures, les téléphones portables, les passes Navigo de la RATP, on aboutit à une localisation permanente des gens qui est fascinante.

La vidéosurveillance se transforme en vidéoprotection…

C’est la novlangue, comme on dit plan social pour plan de licenciement : nous protéger signifie désormais nous surveiller, et l’idéal du citoyen devient le détenu de Fleury-Mérogis, effectivement constamment sous « protection ». Nous sommes entrés dans une société du soupçon, chaque citoyen est suspect, chaque internaute un pirate potentiel. Paris se met à la vidéosurveillance, quand Miami l’abandonne. Miami, pourtant un bastion sécuritaire, démonte ses caméras parce que ça coûte un argent fou et que cela ne sert à rien. L’objectif véritable en France n’est pas la sécurité, c’est d’habituer le citoyen à être surveillé.

Que propose la Ligue ?

Nous proposons un pacte pour les droits et la citoyenneté. Pas un programme politique, seulement la recherche de convergence de la société civile pour redonner espoir en l’avenir. Pour la justice, il est essentiel de préserver l’indépendance de la phase d’instruction. Non pas que nous soyons satisfaits du statu quo, le juge d’instruction est légitimement critiqué, mais parce que le degré actuel de dépendance du parquet n’est pas tolérable.

S’y ajoute la suppression des procédures d’exception. La France n’a vécu que cinq ans sans justice d’exception, de 1981, année de la suppression de la Cour de sûreté de l’Etat et des tribunaux permanents des forces armées, à 1986, vote des lois antiterroristes. Aujourd’hui, 40 % des affaires échappent au droit commun. La loi devrait être la même pour tous, qu’elle protège ou qu’elle punisse, conformément aux principes de 1789.

Sur la police, nous voudrions créer une attestation de contrôle d’identité. A chaque contrôle, le policier inscrirait son nom, celui de la personne contrôlée, le lieu, l’heure et le motif légal du contrôle. Cela sécuriserait les personnes contrôlées et prendrait cinq minutes. Ce système fonctionne déjà en Espagne et à Chicago où les policiers s’en trouvent fort bien.

Pour les prisons, nous voulons proscrire « les sorties sèches ». Toute fin de peine de prison doit s’exécuter à l’extérieur sous contrôle judiciaire. C’est important pour les droits des détenus mais aussi pour protéger la société : le taux de récidive est trois fois inférieur quand le détenu a préparé sa sortie.

Et les fichiers de police ?

Il faut généraliser le droit d’accès et de rectification aux fichiers et créer un habeas corpus numérique : qu’est-ce qu’on dit sur moi, est-ce que je peux rectifier ce qui est faux, etc. Nous proposons un référé vie privée, permettant aux citoyens de saisir un juge qui puisse, sous peine d’astreinte, mettre fin au fichage abusif. Nous allons discuter avec nos partenaires associatifs et syndicaux pour ensuite porter ces propositions devant les forces politiques à l’automne. A elles ensuite de s’en saisir.

 

Propos recueillis par Franck Johannès, Le Monde en date du 10 février 2010.

Œuvres de Pierre Soulages

 

MANDELA ? Connais pas !

 

Le long combat contre l’apartheid

 

Il y a vingt ans jour pour jour, Nelson Mandela,  le leader du Congrès National Africain ( ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc sortait enfin libre du bagne de Robben Island. Toujours autant d’émotion à revoir ces images de cet homme de 71 ans, poing droit levé dans le ciel du Cap et qui aura été emprisonné 27 ans.

Si je vous reparle aujourd’hui de cet événement, c’est à la suite d’une discussion avec deux lycéens du lycée de la Borde Basse.

L’un d’eux ne comprenait pas que ce régime d’apartheid ait pu durer si longtemps. Il poursuivit me demandant s’il y avait eu en France des mobilisations pour exiger la libération de Nelson Mandela. Il est vrai que le Prix Nobel de la Paix fait aujourd’hui l’unanimité à croire que la résistance d’hier et la terrible répression passent au second plan.

Et pourtant, il faut se souvenir que, en particulier au cours des années 80 en France le mouvement anti-apartheid prit de l’ampleur. C’est à cette époque également que partout dans le monde, retentissent les slogans : «  Libérez Mandela ». Le journal l’Humanité et la fête annuelle du même nom vont jouer un rôle important de sensibilisation.

Il est vrai qu’en France, les grands médias mettront de nombreuses années avant d’évoquer le sort de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde. Pourtant les massacres continuent en Afrique du Sud.

 Bien sûr, les militants politiques se souviennent que dans les années 60 à Sharpeville, des policiers tirent dans la foule faisant des dizaines de morts, de même à Soweto, en 1976, la répression est terrible ( plus de 500 victimes).

Partout en France, des milliers de jeunes s’engagent alors contre l’apartheid et pour le boycott de l’Afrique du Sud. Les deux lycéens n’imaginaient pas qu’il y eut alors de vastes rassemblements avec des artistes du monde entier ( notamment en 1988 , un concert géant dans le stade londonien de Wembley avec le groupe écossais Simple Minds qui crée pour l’occasion «  Mandela Day » ). Il faut se souvenir également qu’un artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest, en 1974, recouvre les murs de Nice (que la mairie de Droite a jumelée avec celle du Cap, malgré la ségrégation ) de sérigraphies où l’on voit une famille africaine derrière les grillages. L’association «  Artistes contre l’apartheid » était née , véritable musée itinérant comprenant des dizaines d’œuvres des plus grands artistes .

 L’ambassade d’Afrique du Sud à Paris fut même envahie. C’est grâce à ces mobilisations et au soutien manifesté à ce que l’on appelait la « Triple Alliance » «  ( l’ANC, le Parti Communiste et la Centrale syndicale Cosatu) que l’Afrique du Sud allait être mise au ban des nations, être la cible des sanctions internationales, et  privée de tout soutien financier. Le pays est alors en pleine crise économique.

Il faudra encore quatre ans après sa libération et beaucoup de provocations à déjouer  pour que Mandela puisse voter pour la première fois de sa vie à l’âge de 75 ans.

Comme on le voit, à partir des années 70 et surtout 80, les mobilisations prirent de l’ampleur. C’est ce que l’on tente d’effacer aujourd’hui  mais celles et ceux qui y ont participé n’oublient pas .

Il y a 25 ans, en février 85, Nelson Mandela est en prison depuis près d’un quart de siècle et vient de refuser la proposition du Président sud africain  Botha de le libérer s’il renonce à la lutte avec cette réponse : «  Vivre libre, c’est vivre de façon à respecter et renforcer la liberté des autres ».

A la même date et cela peut paraître étonnant, un sondage révèle que 70 % des Français ne le connaissent pas . Peu nombreux  étaient donc celles et ceux qui s’engageaient dans le combat universel des Droits de l’homme, c’est ce même combat qui continue aujourd’hui. Oui, une idée juste peut devenir le combat de tous, même si le chemin est long !

C’est ce message que je tentais de faire partager aux deux jeunes lycéens. Avant le magnifique film : «  Invinctus » il y eut bien des dizaines d’années d’apartheid avec leur lot sanglant de  victimes et il y eut des hommes et des femmes d’abord peu nombreux qui manifestaient aux cris de «  Libérez Mandela » et «  Boycott de l’Afrique du Sud ».

 

A lire le numéro spécial de l’hebdomadaire L’Humanité Dimanche : «  Nelson Mandela, ce que le monde lui doit » ( 11/02)  et le Monde Magazine ( n° 22, supplément au Monde du 13/02)

 

 

 

« Amoureux au ban public « 

Ma contribution pour la Saint Valentin

Pour faire cesser les atteintes portées aux droits des couples mixtes, les Amoureux au ban public adressent une circulaire aux préfets

 

Article lu dans le Canard Enchaîné( 10 février 2010)

 

« Dans la traque aux unions entre Français et étrangers, tout est fait pour rendre les couples fous. Pas d’amour, mais de rage. Ca dure depuis des années, mais c’est de pire en pire. Le mouvement des « Amoureux au ban public » recense par dizaines les victimes d’un admirable zèle préfectoral. Même au prix d’une parfaite illégalité. Ainsi du destin d’Aurélien et de Karimatou, la trentaine, amoureux depuis trois ans. On ne peut rêver plus charmant petit couple. Seul défaut : bien qu’entrée légalement en France il y a dix ans, Karimatou est en situation irrégulière.

En 2007, ils tentent de se marier dans l’Essonne où vit Karimatou. Refus de publication des bans. Illégal.

Ils déménagent dans les Hauts-de -Seine . Rien que pour accéder au dossier, certaines conditions sont exigées . Illégal.

Ils finissent par se marier en Charente, contrée plus accueillante, où Aurélien est né et où vit sa famille. Une semaine plus tard, fin mai 2008, ils sont à la préfecture de Nanterre pour obtenir le visa de Karimatou, prélude à un titre de séjour. C’est la loi. Mais, selon le fonctionnaire au guichet, «  vous ne justifiez pas de six mois de vie commune après le mariage, il faut aller chercher le visa en Côte d’Ivoire ». Faux, mais rien à faire.

Six mois passent. Les revoilà au guichet. Dommage, leur échéancier EDF ne va pas : «  Il faut les vraies factures ». La fois d’après, ce sont les factures Internet qui sont rejetées. Ils reviennent avec de «  vraies » factures. Ca ne va toujours pas : «  Le bail de l’appartement est au nom de M. et Mme, sans mention des prénoms, comment savoir si c’est bien madame que vous avez épousée ? »

 Nouveau rendez vous un mois plus tard. Abattus mais battants, ils reprennent tout de zéro. Nouvel échec. Cette fois, c’est Aurélien, dont le second prénom, composé, est séparé d’un tiret sur sa carte d’identité mais d’une virgule sur l’acte de mariage. Tout à refaire. Et nouveau rendez-vous en mars 2010…

Cette multiplication d’embûches s’est dernièrement agrémentée d’élégantes déclarations d’Eric Besson sur ce qu’il appelle les «  mariages gris », où de méchants étrangers escroquent les sentiments de gentils Français juste pour avoir des papiers.

L’obsession de la fraude au mariage a empiré. Sans visa, pas de papiers, et le visa n’arrive jamais…Les Amoureux au ban public diffusent maintenant une «  contre-circulaire ». Avec instructions détaillées aux préfets, pour appliquer la loi. Juste la loi. Est-ce vraiment trop demander ? »

 

A Castres, l’adjoint au Maire en charge de l’Etat-civil, n’est autre que le responsable départemental du MPF ( Philippe de Villiers) . Il y a quelque temps, il semblerait qu’il ait fait preuve pour le moins d’excès de zèle pour «  décourager » un couple qui voulait se marier . Si vous avez été victime ou si vous avez eu vent d’une telle pratique, n’hésitez pas à  joindre des Conseillers municipaux d’Opposition.

D’autre part, vous pouvez demander à un Conseiller municipal d’Opposition de célébrer votre mariage ( par délégation du Maire). Là encore, il semblerait ( j’écris bien : il semblerait) qu’une demande en ce sens ayant été formulée, la réponse aurait été négative. Si c’est le cas, n’hésitez pas également à nous le faire savoir.

 

 

Pierre Joxe ou l’anti-Frêche

«  Ethique de conviction, éthique de responsabilité » 

 

Pierre Joxe, ancien ministre de François Mitterrand, quitte dans quelques jours le Conseil Constitutionnel. Il rompt avec le droit de réserve auquel il s’est tenu dans un livre au titre ô combien significatif :  « Cas de conscience ». Dans celui-ci, il plaide pour une transparence accrue dans les débats du Conseil Constitutionnel afin d’éviter que cette institution soit trop soumise à la majorité politique.

On apprend qu’ en 9 ans de mandat, les désaccords entre Pierre Joxe et les autres membres du Conseil Constitutionnel ont été nombreux. Dans le livre, l’ancien ministre en retient 3.

Premièrement la loi sur le nouveau service public de l’audiovisuel qui retire au Conseil Supérieur de l’audiovisuel (CSA ) le pouvoir de nommer les présidents de l’ audiovisuel public pour le donner au Président de la République.

Pierre Joxe indique dans une interview dans le journal  Aujourd’hui en France ( 7 février) «  Cette loi est contraire à la jurisprudence constante des 20 dernières années où la tendance était d’ éloigner sans retour en arrière possible  la main mise du politique sur les médias. La protection de la liberté, de l’indépendance de la presse et de l’expression de la pensée est un des points les plus importants qui soient et je ne m’attendais pas à ce qu’il soit remis en cause de cette façon. »

Il ajoute : «  J’ai demandé que mon – opinion différente- juridiquement argumentée soit publiée par le Conseil Constitutionnel, elle ne l’a pas été donc je la publie aujourd’hui. »

Dans le livre, Pierre Joxe revient sur la loi Perben II de 2004 qui a décidé qu’on pourrait placer les mineurs jusqu’à 4 jours en garde à vue . Il écrit : «  Quand tout à coup un texte introduit cette disposition, en contradiction totale avec la philosophie du Droit des mineurs, tel qu’il était jusque là, en l’occurrence depuis l’ordonnance de 1945, c’est plus qu’un revirement juridique, c’est un revirement philosophique et il faut que cela soit su. »

Troisième exemple contre le Contrat première embauche ( CPE) de 2005 .

Sur ces 3 exemples, Pierre Joxe donne ses «  options différentes ». Celles-ci formulées dans le secret des séances n’ont pas droit de publicité, il demande donc comme cela se passe d’ailleurs en Allemagne, en Espagne ou aux Etats-Unis que ces «  opinions différentes » puissent être connues.

Dans le quotidien déjà cité, il répond à la question suivante : « On vous a vu au lancement du Parti de Gauche de Mélenchon il y a deux ans ». Réponse : «  Mélenchon est un vieil ami et j’y étais aussi pour mon ami Oskar Lafontaine, fondateur du parti Die Linke ( la Gauche en Allemagne) auquel j’aurai adhéré si j’étais allemand. »

 Dans son livre, Pierre Joxe revient sur certains de ses désaccords avec  François Mitterrand comme par exemple l’amnistie des généraux d’Alger, etc…

Il faut lire ce livre qui à travers «  les cas de conscience »  de Pierre Joxe montre que l’on peut allier en restant fidèle à ses valeurs « l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité ».

 » Cas de conscience », édition Labor et Fides, 19,50 €