Archives de mars 2010

« Culture en danger »

A Castres, dans le Tarn ( ?), etc…

 

Première étape de la  mobilisation de l’ensemble des acteurs culturels face au démantèlement annoncé du service public de la culture par une asphyxie budgétaire d’une part et l’action conjuguées d’autre part de la RGPP ( Révision Générale des Politiques Publiques).

Dans de nombreuses villes notamment à Paris, des milliers de manifestants le 29 mars, annoncent «  le coup d’envoi du printemps pour la culture ».

 Depuis des mois, les réductions constantes des subventions à l’égard des compagnies s’accélèrent. De nombreux départements dont le Tarn ont déjà annoncé qu’ils réduiraient les dépenses non obligatoires comme celles de la culture.

Ceux-ci font face à une baisse des recettes, conséquence de la suppression de la Taxe professionnelle alors que les dépenses sociales ne cessent d’augmenter. De plus le projet de loi réformant les collectivités territoriales ne garantit pas pour l’instant que les régions et les départements auront la compétence culturelle.

C’est en période de crise économique et sociale que la culture s’avère indispensable. Les choix de restriction budgétaire ne doivent pas porter dans ce domaine. Des comédiens , des plasticiens, des musiciens, des bibliothécaires, etc… n’acceptent pas cette régression. Ils ont raison.

Vous lirez ci-après le texte de l’appel :  « Culture en danger » qui a déjà réuni plus de 30 000 signataires ainsi que le communiqué du SYNDEAC ( Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles) concernant le non-renouvellement du contrat de Marc TISON, ex-directeur du Bolegason.


 «  L’art et la culture sont au cœur de la vie sociale de notre pays, de son équilibre démocratique, de son identité et de son rayonnement. Aujourd’hui, en Seine-Saint-Denis comme partout ailleurs, la culture est menacée par la remise en cause des principes et des moyens de l’intervention publique en faveur de la création artistique et de l’action culturelle.

Ces renoncements sont ceux du gouvernement, ce ne sont pas les nôtres.
Le poids insurmontable des transferts de charges non compensés, la réforme fiscale puis la réforme des collectivités territoriales, organisent le calendrier de l’étranglement et de l’incapacité des collectivités à intervenir dans ce domaine essentiel à l’émancipation et au bien vivre ensemble. Si des choix cruels et difficiles s’annoncent, nous refusons pour autant d’abdiquer, tant sur le terrain des principes que sur celui de l’engagement politique.

La compétence culturelle n’est certes ni automatique ni strictement obligatoire au plan du droit. Mais, au plan de l’intérêt public de la Seine-Saint-Denis, de ses villes tout comme de l’ensemble du territoire national, il en est tout autrement !

Les économies de ces secteurs sont fragiles et reposent sur de multiples financements croisés.

La menace qui pèse sur les collectivités est aussi une atteinte profonde au tissu local, à la dynamique d’innovation et d’émancipation citoyenne.
À très court terme, ce sont des pans entiers d’activités qui sont menacés à l’échelon des départements pour des projets culturels qui se structurent à tous les niveaux de collectivités territoriales. A moyen terme, de nombreuses communes ne pourront échapper au même schéma qui s’annonce destructeur socialement et économiquement, à l’heure où l’on nous vante par ailleurs la nécessité d’un plan de relance massif.

 Parce que nous pensons que les politiques publiques de la culture sont le fruit d’une concertation et d’un échange permanents entre les artistes et les pouvoirs publics ;
 Parce que nous refusons le démantèlement en cours, la disparition d’aventures artistiques et culturelles et la suppression des très nombreux emplois associés à cette casse organisée ;
 Parce que nous pensons que la chose publique de la culture doit être universellement partagée et reconnue ;
 Parce que nous pensons que l’avenir de l’action publique locale risque de se dissoudre dans cette remise en cause brutale, accentuant davantage les injustices territoriales et culturelles connues par notre pays.
Les attaques engagées sont durables :
 Depuis plusieurs années, la refonte de l’intermittence précarise les artistes et l’érosion des financements publics d’État porte atteinte à l’action publique culturelle ;
 Aujourd’hui, la mise en oeuvre de la révision générale des politiques publiques commence à produire ses effets, en particulier dans les musées et l’étranglement financier frappe au c?ur de leurs politiques les collectivités territoriales ;
 Demain, les mêmes collectivités risquent de ne plus avoir ni le droit ni les moyens de conduire des politiques culturelles en raison de la suppression de la clause générale des compétences.

Nous, citoyens, artistes, acteurs culturels, élus territoriaux, refusons la remise en cause profonde de la politique culturelle française aujourd’hui menacée par les réformes en cours.
Nous n’acceptons pas que la mise en faillite organisée d’un système public de référence ampute à court et à moyen terme l’ensemble des territoires de la qualité de leur maillage artistique et culturel. La crise de valeurs est profonde, elle est assumée par un gouvernement qui en multipliant les pseudo-réformes, détricote de manière minutieuse le maillage culturel français et remet en cause les fondements d’une politique de référence.

L’art et la culture sont en danger dans notre pays.
Ici, de Seine-Saint-Denis, nous lançons cet appel national et refusons l’abandon de 50 années de décentralisation culturelle qu’organise aujourd’hui le gouvernement sous couvert de modernisation des politiques territoriales ».

 

Communiqué du Syndeac

 

La communauté d’agglomération de Castres-Mazamet a décidé de ne pas renouveler le contrat de Marc

Tison, qui dirige depuis mars 2001 Lo Bolegason, centre culturel musical et multimédia qui avait été

labellisé Scène de musique actuelle par l’État et Pôle structurant par la Région Midi-Pyrénées.

Cette décision a été prise de façon unilatérale par la Communauté d’agglomération, sans concertation

avec les autres partenaires financiers, la Drac, la Région, le Département et sans même consulter les

autres membres du conseil d’administration. Le Département du Tarn et la Région Midi-Pyrénées se

sont étonnés par voie de courrier de cette décision qu’ils ont trouvé injustifiée.

Marc Tison est un professionnel reconnu pour son exigence et la qualité de son travail dans le domaine

musical, il a développé considérablement le projet de ce lieu depuis sa construction. Au cours de ses

trois mandats successifs à la tête de cette scène de musiques actuelles, il a pu inscrire son projet avec

le souci constant des missions de service public d’une scène labellisée, dans un rapport de confiance

avec les tutelles. Il a développé autour de cette scène importante sur le plan régional, un public

nombreux et fidèle.

Le dernier Conseil d’administration de la scène de Lo Bolegason, en décembre 2009,

a d’ailleurs salué à nouveau le travail du directeur et le bilan de ses actions, dans un contexte financier très sain.

Depuis quelques années à Castres, les initiatives socioculturelles et les projets artistiques sont mis à

mal : dénonciation des conventions avec les MJC et centres sociaux, découragement de plusieurs

équipes artistiques de l’agglomération qui ont choisi une autre implantation et en septembre dernier

fermeture du Centre d’Art le LAIT.

L’éviction de Marc Tison dans ce contexte est inquiétante. D’abord parce qu’elle nie le travail

accompli, ensuite parce qu’elle fragilise le projet de ce lieu, son avenir et celui de son équipe.

Le SYNDEAC* alerte l’ensemble des partenaires, tutelles, artistes, professionnels, publics, qui doivent

rester vigilants afin que Lo Bolegason continue à être un maillon essentiel pour la création, pour la

diffusion musicale et pour la pratique amateur au plan régional et national.

Paris, le 15 mars 2010.

Le conseil national du SYNDEAC

 

*Le SYNDEAC, Syndicat national d’entreprises artistiques et culturelles, représente 293 institutions, parmi

lesquelles la grande majorité des centres dramatiques nationaux, des scènes nationales, des centres

chorégraphiques nationaux, de nombreuses scènes conventionnées, compagnies théâtrales et chorégraphiques,

ensembles musicaux, des salles de musiques actuelles, des festivals, des lieux de production et de diffusion

 des arts du cirque et des arts de la rue.

Contact presse : Marie-Pierre Bayle – SYNDEAC

Mail : m-p.bayle@syndeac.org

Tél : 01 44 53 72 30

  

Pour information, un blog sur la culture est annoncé dans le Tarn, n’hésitez pas à lui rendre visite : «  Là-bas dans le Tarn »

 

Budget en trompe l’œil

Jeu de bonneteau

 

Le Maire de Castres présente le Budget

Mardi 30 mars, à l’ordre du jour du Conseil Municipal le vote du budget 2010. Cachez vote émotion, pour la 1ère fois depuis 16 ans, je ne pourrai assister au débat. Conseil de classe oblige, professeur principal, impossible de me dérober et laisser penser à mes élèves que je ne me préoccupe pas de leur situation présente et à venir.

Pendant que j’écris ces lignes, j’imagine Géraldine et André qui me remplaceront pour cet exercice convenu et qui épluchent ce dimanche après-midi plusieurs dizaines de pages du «  document budgétaire ». Bon courage !

J’avoue par ailleurs une certaine lassitude sous l’ère Bugis à répéter aux risques de lasser les mêmes  arguments d’année en année, même si dit-on « la pédagogie est l’art de la répétition ». Reconnaissons l’échec : ce maire n’écoute rien, n’entend rien, enfermé qu’il est de plus en plus dans son bocal.

En effet, une fois de plus, ce budget peut être qualifié d’ ANTI-DEMOCRATIQUE. C’est pour moi un reproche majeur mais qui ne semble pas retenir l’attention . De nombreuses villes aujourd’hui et cela souvent depuis des années, permettent à la population par le biais d’une réelle campagne d’information et de réunions de quartier de participer à l’élaboration du Budget. La ville est divisée en diverses zones géographiques ( voir ce qui se déroule actuellement à Toulouse).

Les habitants de chacune d’entre elles font remonter leurs attentes et leurs besoins ( exercice de citoyenneté exemplaire) . Pas facile, il est vrai .Tous les domaines peuvent être traités ( social, sport, culture, voirie, etc…). Les élus avant tout arbitrage expliquent les contraintes tant pour le fonctionnement que pour l’investissement.

A Castres, rien de tel. Nulle communication, nulle réunion. Les élus de l’opposition reçoivent le budget 4 à 5 jours avant le Conseil Municipal. Nous nous sommes réunis samedi ( après le match du C.O., de 17h à 20h pour étudier les documents), tout cela ne permet pas de travailler sérieusement.

Une telle méthode qui perdure permet comme nous le verrons toute désinformation voire manipulation et qu’il est facile de « maquiller » tel ou tel chapitre.

En 2ème lieu, un Budget OPAQUE et donc ILLISIBLE. Les transferts d’emprunts, de bâtiments, de personnels vers la Communauté d’Agglomération permettent une baisse artificielle des dépenses castraises ( même si la mutualisation des moyens peut être un excellent outil). Aujourd’hui, on en vient même à transférer la piscine Caneton de Lameilhé (cela relève-t-il vraiment de l’intérêt communautaire ? J’en doute).

De plus, la frénésie pour le moins suspecte, de constituer des Budgets annexes peut sembler étonnante : Budget annexe pour le Musée Goya, Budget annexe pour la Poudrerie (gestion de l’ensemble des véhicules de la ville, etc…) .

Tout cela rend difficile toute comparaison entre le Budget général voté en 2009 et celui de 2010. Il faudrait beaucoup de temps et un grand savoir-faire professionnel pour déceler à travers les lignes budgétaires les diverses petites opérations qui s’y cachent. Ce Budget fait illusion ( voir le montant très faible de l’investissement compte tenu des reports élevés). C’est son objectif, personne n’est dupe.

Au sujet de notre feuille d’impôts, si les taux n’augmentent pas, les bases augmenteront de 2,4 % ( ce que vous aurez à payer en plus cette année).

En dernier lieu, c’est un Budget INJUSTE SOCIALEMENT, parce qu’ atemporel .

Le maire et son équipe persistent dans le déni, déni d’une crise économique et sociale qui frappe durement notre Bassin d’emplois. Dans ce contexte préoccupant, il est du devoir d’une collectivité locale de se comporter en «  bouclier social » et cela ne passe pas obligatoirement par une augmentation des aides (bien que le budget du CCAS mériterait d’être enfin augmenté !).

De nombreux projets peuvent voir le jour dans un certain nombre de quartiers : projets qui aideraient au lien social. Ce ne sont pas les idées qui manquent mais il est vrai que les édiles UMP locales préfèrent supprimer la Régie de quartier Aillot-Bisséous..  Nous avons fait des propositions , nous les renouvellerons.

Malheureusement, il s’agit bien pour les habitants de notre ville et surtout d’un certain nombre de quartiers qui souffrent, d’un Budget une nouvelle fois anti-démocratique, illisible et injuste socialement. Nous ne le voterons pas. (A suivre)

N.B. André au nom de notre groupe posera 2  » questions orales », la 1ère au sujet de la » restructuration de la place de l’Albinque », la 2ème concernant la carte scolaire et son lot de suppressions de classes à Castres.

 

Pas d’abstention pour l’abstention

Pour chercher à comprendre…

Les urnes qui ont servi aux élections régionales sont à peine rangées que déjà l’emballement médiatique pour les élections présidentielles pointe son nez. Pourtant il y a urgence à s’arrêter et à réfléchir sérieusement sur les records d’abstention relevés à l’occasion des 14 et 21 mars.

Il est pour le moins surprenant que face à un tel coup de tonnerre les partis politiques et a fortiori les partis de Gauche (pas tous, j’espère) se bouchent les oreilles et refusent de voir cet «  apartheid civique ».J’avoue être totalement atteint comme militant politique mais aussi comme enseignant et citoyen  par les chiffres d’abstention relevés dans de nombreuses villes et notamment dans les quartiers populaires.

 Pourtant cette non participation au vote n’est pas un phénomène nouveau. Mais nul n’a trouvé bon dans les partis politiques de l’analyser et d’en tirer toutes les conséquences… militantes.

Je viens d’acheter le livre écrit par Jean-Yves Dormagen ( professeur de science politique à l’université de Montpellier 1)et Céline Braconnier ( maître de conférences de science politique à l’université de Cergy Pontoise) : La Démocratie de l’abstention,( Folio) livre paru …en février 2007, étude remarquable et très approfondie sur l’ampleur de la démobilisation électorale contemporaine. Dans leur introduction, ils écrivent entre autres : «  La France bat aujourd’hui des records d’abstention ( …) Jamais l’abstention n’avait atteint de telles proportions depuis l’instauration du suffrage universel masculin en 1848. Que l’on tienne compte de ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales- environ 10 % de la population en âge et en droit de voter-et l’on constate alors que ce sont près de la moitié des citoyens qui n’ont pas participé à la désignation de l’actuelle Assemblée Nationale. Si ces tendances devaient se confirmer, voire s’amplifier,( voilà, nous y sommes en 2010- note du blogueur) la France pourrait devenir «  une démocratie de l’abstention :  un pays dans lequel l’acte de voter ne mobilise plus, à chaque scrutin, qu’une minorité de citoyens.  »

L’étude suit, 450 pages, d’une enquête réalisée pendant 5 ans dans un quartier de la banlieue nord de Paris, à Saint Denis. Celle-ci met en évidence l’impact sur les identités et les comportements politiques de 30 ans de chômage de masse, de précarisation du travail, d’affaiblissement des liens sociaux ,  de ghettoïsation des cités populaires, etc, etc

Que chaque adhérent ou militant d’un parti prenne la peine de lire ce livre. Indispensable pour celles et ceux qui considèrent que les mots de République et de citoyenneté ne sont pas réservés à de vains discours.

Vous lirez ci après les interviews accordés par les auteurs du livre dans le journal  Le Monde ( 19 mars ) et le journal l’Humanité (25 mars) .

Aujourd’hui je découvre dans Le Monde (26 mars) un article de Luc Bronner  : sous le titre : « L’abstention en banlieue, plus grave que les émeutes ? ». Le journaliste écrit : «  Médiatiquement et politiquement, l’abstention des cités sensibles ne vaut pas une émeute avec son cortège de voitures incendiées et d’images spectaculaires pour illustrer la gravité de la crise des banlieues. Les résultats des élections régionales qui prolongent les constats des précédents scrutins, devraient pourtant interpeller la société française, plus encore que des véhicules brûlés. Avec des taux d’abstention qui dépassent les 70 % des inscrits, les habitants des quartiers difficiles ont exprimé leur sentiment d’être en dehors de la vie électorale, en dehors du système politique, en dehors de la République. »

 Luc Bronner ajoute : «  Au fond, c’est le silence des quartiers qui devraient nous alarmer plus que le bruit, ponctuel, des violences urbaines ». Et il conclut par l’attitude qui pourrait être celle d’hommes politiques, de considérer ces territoires comme définitivement «  non rentables » électoralement. C’est peut être déjà le cas, j’espère me tromper…

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Jean-Yves Dormagen et Céline Braconnier sont chercheurs en sciences politiques et les auteurs de La Démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire (Folio).

Comment analysez-vous cette très forte abstention ?

J.-Y. Dormagen : Le phénomène n’est pas uniquement valable en Ile-de-France, on le retrouve à Toulouse, à Montpellier ou à Lyon, dans la plupart des grandes villes. Il y a pratiquement trente points d’écart entre les bureaux de vote où l’abstention est la plus élevée – dans les grands ensemble ou les zones urbaines sensibles – et ceux où elle est la plus basse, plutôt dans les zones pavillonnaires ou les centres-villes.

Il y a une indifférence négative très forte, faite de désenchantement et de ressentiment, de la part de populations qui perçoivent et subissent les processus de ségrégation sociale et ethnique. Dans les quartiers, on n’attend quasiment plus rien de la politique, qui n’apporte rien, n’est porteuse de rien.

Les analystes ont plutôt insisté sur l’abstention de la clientèle traditionnelle de la droite…

C. Braconnier : Oui, il y a très certainement eu une abstention plus forte que d’habitude de la part d’électeurs déçus par l’action de Nicolas Sarkozy, notamment dans les quartiers populaires où le président de la République était parvenu à capter une fraction de l’électorat sur les questions de l’immigration et de la sécurité.

Mais les communes les plus touchées par l’abstention massive sont celles où Ségolène Royal avait obtenu ses meilleurs scores en 2007. Cela reste le phénomène le plus marquant : c’est la jeunesse populaire, entre 18 et 35 ans, qui est la plus démobilisée. En volume, elle représente beaucoup plus que les abstentionnistes âgés ou politisés à droite.

Quel sens politique donner à l’abstention ?

J.-Y. D. : L’abstention dans les quartiers ne correspond pas à un calcul ou à une stratégie politique. De ce point de vue, comparer le vote FN et l’abstention n’est pas juste. Pour certains abstentionnistes, les plus éloignés de la politique, ceux qui ne perçoivent pas les différences entre les candidats, qui ne savent même pas parfois qu’il y a des élections, l’abstention n’est pas un acte protestataire. C’est plus profond : le jeu politique leur est largement étranger. Cela peut soulever un problème de légitimité pour les élus.

Le corps électoral actif devient de moins en moins représentatif du corps citoyen. Car l’abstention est porteuse d’une logique censitaire, qui conduit à faire désigner les gouvernants par la partie de l’électorat la plus protégée et la plus âgée.

La présidentielle de 2007 a pourtant été marquée par une mobilisation dans les quartiers ?

C. B. : Il y avait eu conjonction exceptionnelle de facteurs de mobilisation. D’abord les émeutes de 2005 et les campagnes d’inscription sur les listes. Ensuite, la mémoire du choc du 21 avril 2002 avec la présence du Front national au second tour. Enfin, des candidatures de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal très polarisantes. Mais quand il n’y a pas ces facteurs particuliers, quand l’intensité de la campagne n’est pas suffisante, la mobilisation retombe. On l’a vérifié dès les législatives de 2007, puis pour les municipales de 2008, les européennes de 2009 et les régionales de 2010 où l’on a, chaque fois, battu un record d’abstention.

La norme dans ces quartiers, c’est de ne pas voter ou de ne pas s’inscrire. Les processus de ghettoïsation se doublent ainsi d’une auto-exclusion électorale.

Propos recueillis par Luc Bronner (Le Monde)

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Régionales. « Un problème se pose en termes de légitimité des élus »

Dans l’entretien que nous avions publié en 2007, vous expliquiez que le déclin du travail figure parmi l’une des raisons de l’abstention. Les 600 000 emplois qui ont été depuis détruits en France amplifient-ils le phénomène ?

Céline Braconnier. L’extension du chômage et de la précarité ont des effets plus ou moins indirects sur la démobilisation électorale. Le travail est traditionnellement un lieu de socialisation politique. Jusqu’au début des années quatre-vingt, il était un des lieux d’encadrement politique pour les milieux populaires. Plus il y a de salariés qui échappent à ce cadre-là, moins il y a de chance qu’ils s’intéressent à la politique et aillent donc voter. On remarque d’ailleurs que les petits fonctionnaires font partie du noyau dur des votants. C’est bien qu’il y a un lien entre l’instabilité de l’emploi et la constance électorale. Par contraste, plus on est dans la précarité salariale, plus le rapport au vote est distendu.

L’absence d’encadrement politique est-elle la seule origine de l’abstention des salariés ?

Céline Braconnier. L’encadrement politique dont bénéficiait le milieu populaire en France expliquait un taux de mobilisation électorale plus élevé par rapport aux États-Unis, par exemple. Mais il y a évidemment un cumul de facteurs, dont le désenchantement très marqué à l’égard de la politique. Après une succession d’alternances gauche/droite, qui n’a pas abouti à une amélioration de la vie, les citoyens ont arrêté de croire dans la capacité du vote à transformer la situation.

Cette abstention est-elle de l’ordre de la sanction ?

Céline Braconnier. Non, dans la mesure où il n’existe pas de stratégie politique ni de calcul. Il y a juste une indifférence liée au désenchantement. Dès lors où il n’y a pas une campagne électorale de très haute intensité, comme en 2007, la politique ne pénètre pas dans les foyers qui ne parlent pas de politique. Ce qui domine dans les quartiers populaires, notamment chez les jeunes, c’est l’indifférence. Puisqu’on ne s’occupe pas d’eux, qu’ils n’ont pas les mêmes droits que le reste de la population, qu’ils ont un fort sentiment d’être discriminés, ils ne voient pas de raison de s’intéresser à la chose politique et de faire un effort au moment du vote.

Vos travaux montrent que l’abstention et la non-inscription sur les listes électorales deviennent la norme dans les cités populaires. Se posera-t-il à terme la question de la légitimité des élus?

Céline Braconnier. Le faible taux de votants pose en effet un réel problème de légitimité des élus. Il faudra bien prendre conscience de cette situation. Or les politiques ont tendance à y prêter attention uniquement le soir des résultats électoraux. Ils célèbrent des victoires ou regrettent des échecs mais sans en tenir compte dans leurs interprétations. On peut s’en contenter, à l’image des États-Unis. La démocratie américaine fonctionne ainsi depuis plus de cinquante ans. Les taux d’abstention recueillis aux régionales sont dans la moyenne de ceux que l’on enregistre traditionnellement outre-Atlantique.

Cette norme est-elle en train de se répandre dans les villes particulièrement touchées par les restructurations d’entreprises ?

Céline Braconnier. Nous n’avons pas de données précises pour mesurer comment la dynamique en cours depuis plusieurs années tend à s’amplifier et à se répandre dans des milieux plus larges que les cités. Mais ce serait logique que ce phénomène s’élargisse. Un fait révélateur me marque : l’abstention se développe dans le milieu associatif des quartiers populaires. Les militants associatifs sont des citoyens plus politisés, ce sont des meneurs qui traditionnellement arrivent à convaincre de la nécessité du vote. Aujourd’hui, leur rapport à la politique institutionnelle commence à se distendre. Eux-mêmes pratiquent l’intermittence électorale. Les mécanismes informels de mobilisation électorale s’enrayent. Du coup, la dynamique abstentionniste s’amplifie.

Entretien réalisé par Mina Kaci ( L’Humanité)

 

 

Limousin, terre de Gauche

Echec pour les socialistes sectaires

 Pourquoi le Limousin ?

Ce qui vient de se passer au 1er et au 2ème tour des élections régionales est une véritable leçon de choses pour toute la Gauche, expérience chimique particulièrement pure dont devraient s’inspirer, s’ils le peuvent, tous les socialistes à dominante sectaire et hégémonique.

Attaché à cette région par ma famille, un jeune frère engagé dans l’action politique, une belle-sœur élue maire-adjoint dans une petite ville du côté de Pierre Buffière ( bonjour mes neveux !) ;  pas très loin où vit encore l’ancien ministre communiste de Mitterrand, Marcel Rigout, toujours bon pied bon œil.

Je connais assez les traditions et autres mœurs politiques en vigueur dans cette contrée. Bien sûr c’est aussi l’histoire des maquis, celle de Guingouin, chef FTP, instituteur libérant Limoges les armes à la main, persécuté ensuite par quelques staliniens du cru.

Pour les sportifs, du côté de Saint Léonard de Noblat, ils pourront toujours croiser notre Poulidor national. Je m’égare…

Revenons rapidement à ce qui fut une exception dans les accords nationaux passés entre le PS, Europe Ecologie et le Front de Gauche. Au 1er tour, la liste du Front de Gauche-NPA (seul endroit où le NPA avait choisi l’union) a atteint 13,3%. Le président sortant de la région (PS) refuse tout accord et donc toute fusion préférant un bras de fer avec ses concurrents à gauche plutôt que de respecter loyalement la tradition du rassemblement à gauche au 2ème tour.

Il ne trouve rien de mieux que de lancer des exclusives à l’encontre de candidats de la liste Front de Gauche. Il faut vous dire, Monsieur, …que chez ces gens-là…on doit tout dominer (le PS ici détient la région, le département, Limoges, sans parler de la totalité des parlementaires). Ce n’est sans doute pas assez !

Déjà à l’époque, jeune syndiqué à la FEN ( Fédération de l’Education Nationale) syndicat majoritaire divisé en plusieurs tendances dont une «  UID »- proche des socialistes- atteignait régulièrement des scores de 90 % , instant de franche rigolade à chaque congrès. Je m’égare à nouveau…

La liste du Front de Gauche refuse avec raison tout chantage, se maintient , gagne 6 % au 2ème tour et atteint le score de 19,1 % (. Un meeting à Limoges rassemblera 2000 personnes, du jamais vu ! dans une ambiance, me dit-on, extraordinaire où toute une Gauche de Gauche affirmait fièrement son autonomie (sans se laisser acheter )et refusait toute domestication habituelle dans la région.

 Soulignons que de la Haute-Vienne à la Creuse en passant par la Corrèze, nombreux ont  été les socialistes , élus compris ( fait très rare) qui ont pris position contre la division et appelé à voter pour la liste Front de Gauche-NPA. A Limoges, le score du Front de gauche a doublé entre les 2 tours passant de 11,4 % à 20, 37 %. Pour la Haute-Vienne : 21,47 %, au total : 6 élus mais avec une légitimité accrue car venue du fond des urnes et sans tractation aucune.

Pour combattre la Droite, il y a l’indispensable unité mais aussi la nécessaire diversité. Ne pas le comprendre, c’est se préparer à de cruelles défaites.  Que cette leçon de choses serve d’exemple aux socialistes trop souvent attachés à leurs vieilles habitudes.

Nota bene :  En Bretagne il ne s’agit plus de la vieille SFIO peinte en rose mais nous dit-on de la Gauche moderne. Même méthode, cette fois avec Europe Ecologie. Résultat, la liste Verte augmente de 5 points son score entre les 2 tours et atteint 17,37 % des suffrages et 11 élus..

 

Le silence des urnes…

«  Pas de raison de sauter comme un cabri quand les Français vont mal… » ( Benoît Hamon)

Tu as  raison Benoît ,surtout qu’il s’agit avant tout d’un vote de rejet de la Droite et non une adhésion à un programme de Gauche qui n’existe d’ailleurs pas… Tu as d’autant plus raison qu’il s’agit d’une victoire des présidents de région, d’une victoire du rassemblement à Gauche et des écologistes.

 Parmi eux, Martin Malvy sur le podium des élus socialistes . Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le niveau atteint par la liste de rassemblement de Gauche et des écologistes, à savoir 67,78 % en Midi-Pyrénées.

 Mais je voudrai souligner ce qui est pour moi satisfaction dans le parcours de Martin Malvy : sa fidélité à ses convictions mais aussi en amitié. 

Je n’oublie pas qu’il fut un militant de chaque instant pour le NON au Référendum de la Constitution Européenne. Il allait de réunion en réunion, ce n’était pas facile, d’autres préféraient se cacher. Fidélité à un homme, sans doute le plus insulté au sein de son parti, et cela depuis des années : Laurent Fabius. Parcours politique courageux , pas du genre à changer d’écurie ( pardon, de courant) suivant l’air du temps… pour jouer placé.

Je peux rajouter qu’il est venu à Castres soutenir , entre les deux tours des élections municipales en 2008 ,  la liste de rassemblement à Gauche que je conduisais.

Tiens, à propos de Constitution mais celle-ci, française, d’autres pour ne pas les nommer comme le PRG, votaient la réforme et permettaient à Sarkozy de triompher devant les Assemblées . Qu’en est-il aujourd’hui , par exemple du référendum d’initiative populaire, etc ? Depuis le 21 mars au soir, c’est sans doute la météo, beaucoup de «  mouches du coche » bourdonnent …

Le silence des urnes :

L’importance de l’abstention  à l’occasion des élections régionales des 14 et 21 mars, devient comme l’écrit le journal Le Monde ( 22 mars) un fait démocratique majeur. Elle dilue toutes les autres statistiques , toutes les leçons à tirer de ce suffrage en principe universel.

A l’exception de la présidentielle de 2007, cette abstention croît dans tous les types de scrutins ( 35 % aux municipales, 40 % aux législatives, 45 % aux cantonales, 60 % aux européennes) auxquels il faudrait rajouter le vote blanc ou nul, sans compter les 8 ou 10 % de citoyens majeurs  qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales.

Les sympathisants de Droite (malgré un léger sursaut entre les deux tours ) sont nombreux  à avoir choisi l’abstention  pour dire leur mécontentement du sarkozysme et de sa politique. (Qu’ils y restent !)

Le plus important et décisif pour notre démocratie est le niveau atteint par l’abstention chez les jeunes et les couches populaires : 72 % des électeurs de 18 à 34 ans se sont abstenus, 38 % des plus de 65 ans, 69 % chez les ouvriers, 64 % chez les employés…44 % dans les professions libérales et chez les cadres. Il y a dans notre pays de véritables zones de «  non vote ».

En effet l’abstention s’est élevée à plus de 68 % à Clichy sous Bois, 67 % à Stains, plus de 66 % à Bobigny, aux Mureaux, à Sarcelles mais aussi à Vaux en Velin, plus de 65 % à Roubaix, à Tourcoing, à Corbeil-Essonne, etc, etc…

Malgré cette «  insurrection civique » comme le dit Mélenchon, essayons d’analyser quelques chiffres castrais.

A Castres :

Entre les 2 tours et depuis dimanche, j’ai rencontré beaucoup de jeunes et de moins jeunes . Ils n’avaient pas voté, ne comptaient pas le faire . Pourtant les mêmes s’étaient engagés auprès de moi lors des élections législatives ou municipales. Un même leitmotiv : «  Rien ne change…Au contraire tout s’aggraveToute possibilité d’obtenir un emploi est quasi nulle. .. La Région, c’est quoi ?… On ne connaît pas trop les personnes qui sont sur les listes, etc… »

Malgré cela et un taux d’abstention  inquiétant dans notre ville , ce dernier n’atteint pas globalement les abîmes de bureaux de vote de nombreuses cités.

Au 2ème tour à Castres, légère progression de la participation de 47,77 % au 1er tour à 51,29 %. La palme civique si on peut dire, revient aux Serres municipales ( bureau très à droite) avec 57,37 % de votants. Dans les bureaux peu fréquentés , ceux de quartiers populaires, par exemple Ecole Maternelle de Laden avec 41,08 % ( c’est quand même  peu), Ecole Louis David avec 43,41 %, pour la salle du Conseil Municipal avec seulement 41,45 % de votants ( conjonction sans doute de deux phénomènes : un électorat populaire jeune de centre ville qui ne se déplace pas  et un abstentionnisme de Droite).

A noter toutefois qu’au niveau de la participation, le Tarn est à 56, 30 % , Albi à 55,55 %.

Le vote nul ou blanc est passé de 559 à 981 soit de 4,7 % à 6,4 % des votants .

Difficile d’analyser les transferts. On peut s’abstenir au 1er tour et voter au 2ème et inversement.

Martin Malvy atteint à Castres 59, 50 %. Il réalise ses plus beaux scores dans les bureaux de  Louis David avec 69,65 % , Ecole de Roulandou avec 69,10 % et 67,36 % à l’école maternelle Olivier Messiaen.Les moins beaux étant les Cèdres 50,27 %, école maternelle de l’Albinque 51,17 % .

 A souligner dans le Tarn , Martin Malvy est à 66,30 % ; 68,20 % à Albi ; 63,17 % à Tarbes ;  63,64 % à Montauban, etc…

Pourquoi une telle différence entre Albi et Castres et d’autres villes de Droite ? J’ai bien ma petite idée mais je vous laisse travailler le sujet, les copies seront ramassées à la fin du mois.

Pour Brigitte Barèges ( UMP)  40,49 % avec dans l’ordre 49,72 % aux Cèdres, 48,82 % Ecole maternelle de l’Albinque.

Retrouvant les résultats des élections régionales de 2004, je constate un Front National présent au 2ème tour avec un score sur notre ville de 14,82 % ( 15,67 % au 1er tour) . Il atteignait 21,75 % au bureau de vote d’Aillot ; 18,52 % à César Frank, 18,17 % à Louisa Paulin, 17,84 % à Oliver Messiaen.

En 2010, au 1er tour, 13,35 % des voix avec je le rappelle 18,90 % à Louis David , 17,75 % à La Pause et donc pour le canton sud ( Lameilhé) un score qui s’élève à 15,01 %. Vous le savez, le FN en Midi-Pyrénées ne dépassant pas 10 % n’aura aucun élu ( 8 en 2004 ) ce qui n’empêche pas de réfléchir sérieusement à un vote Front National toujours aussi élevé à Castres.