Archives de mars 2010

Le 23 mars et après ?

Gagner la bataille des retraites, c’est gagner la bataille du financement ce qui impose une autre répartition des richesses.

3 ans après la victoire de Sarkozy qui annonçait : «  Travailler plus pour gagner plus », les salariés mesurent chaque jour un peu plus que le bilan est calamiteux. 2 ans après le début de la crise, la volonté des tenants du capital ( c’est bien le terme qui doit être employé) de maintenir leurs profits se traduit par un coût social terrible sur les salaires et le pouvoir d’achat, l’emploi et la protection sociale .Cette année plusieurs centaines de milliers de chômeurs vont se trouver en fin de droits.

Gagner c’est réussir la mobilisation de tous : public et privé, jeunes, salariés, chômeurs et retraités car tous sont concernés. Il faut vaincre le doute que pourraient avoir les salariés sur leur capacité à faire reculer Sarko et Parisot. Ce doute est largement entretenu par les médias qui ne cessent de parler de l’augmentation de l’espérance de vie ou des autres reculs dans d’autres pays européens. Toute déclaration qui n’est pas ferme sur l’âge de départ en retraite est largement utilisée ( comme nous l’avons vu il y a quelques semaines).

Le doute porte aussi sur la capacité de mettre en œuvre le rapport de force à la hauteur de ce qu’il faudra pour inverser la tendance dominante depuis 30 ans de la dégradation du partage des richesses entre le salariat et le capital (1).

Vaincre le doute c’est être nombreux en grève et dans les manifestations le mardi 23 mars.

ALBI   Place du Vigan  à partir de 14h.

(1) Dans le Journal du Dimanche ( 21 mars), un  sous titre : « La qualité de vie plutôt que le rapport capital-travail » attire mon attention. Dans l’article une déclaration de Jean Christophe Cambadélis ( responsable national du PS) : «  Aujourd’hui, on a une alliance PS-écologistes ouverte au Front de Gauche. Ca change la couleur de la Gauche ( sic !). La qualité de vie, la santé, l’éducation , le type de croissance seront plus importants, les grands classiques du type rapport capital-travail, eux, seront un peu remisés ( ah bon !…) ». Le journaliste écrit : «  Plus de sociétal, moins de social ? » ( ah, il y a un point d’interrogation ). Nonobstant l’impossibilité qu’il y aurait de financer la santé, l’éducation, etc…sans s’attaquer à la répartition des richesses, l’alternative à la droite actuelle impose une nouvelle politique  ou alors nous resterons dans le libéralisme actuel avec l’accroissement sans fin des inégalités.

 

Vous pourrez lire ci-après le communiqué commun publié par la CGT, la CFDT, la FSU, l’UNSA et Solidaires, les initiatives prises par la FSU, la mobilisation concernant le lycée  Rascol à Albi.

 

COMMUNIQUE COMMUN
CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA

Lors du sommet social qui s’est tenu aujourd’hui, le président de la République s’est limité à annoncer une série de rendez-vous. Les organisations syndicales continuent de manifester leur profonde inquiétude sur l’emploi, le pouvoir d’achat et les retraites.

Le gouvernement n’a apporté aucune réponse concrète sur l’emploi, les salaires, le pouvoir d’achat, les conditions de travail et les politiques publiques. Il renvoie la question des chômeurs en fin de droits à une concertation avec le secrétaire d’Etat à l’emploi.

Alors que les organisations syndicales ont récemment dénoncé les atteintes au statut général des fonctionnaires, le gouvernement ne dit rien non plus sur le malaise dans la Fonction publique. Au nom de la révision générale des politiques publiques, il supprime des emplois au détriment des missions des services publics.

La dégradation des conditions de travail et de l’emploi touche les salariés du privé comme du public.

Concernant les retraites, avec un projet de loi annoncé dès septembre 2010, le calendrier reste très serré. Les organisations syndicales affirment leur volonté d’agir pour que le débat sur les retraites, prenne en compte l’ensemble des questions tant au niveau du privé que du public, notamment le niveau des pensions, l’emploi, le financement, la pénibilité, le code des pensions et la réduction des inégalités.

Les rendez-vous fixés par le président de la République et les négociations avec le patronat doivent être l’occasion d’apporter des solutions favorables aux salariés. La situation économique et sociale nécessite l’intervention convergente des salariés du public comme du privé, des retraités, des privés d’emplois, pour porter avec force leurs attentes et défendre leurs intérêts communs.

C’est pourquoi les organisations syndicales décident d’une mobilisation inter-professionnelle unitaire afin de peser sur ces différents rendez-vous. Elles décident ensemble d’une journée qui donne lieu à des grèves et des manifestations dans tout le pays le 23 mars.

Les organisations syndicales réaffirment que la sortie de crise passe par des mesures en faveur de l’emploi, des salaires et pensions, une fiscalité plus juste, des politiques publiques en faveur d’une relance économique respectueuse des impératifs écologiques.
- – - – - – - - 

 12h : Pique nique revendicatif éduc devant l’IA et à 14h30  manif interpro salaires, emploi, précarité, retraites

 Retrouvons nous à 12h devant l’IA pour un pique nique revendicatif qui sera l’occasion de faire le point et de populariser les actions en cours et de décider tous ensemble des actions à venir. A 14h30 c’est l’ensemble des salarié-es des Services Publics et des entreprises privées, tous ensemble, qui sonneront le départ d’une mobilisation qui ne pourra se contenter d’une seule journée de lutte pour gagner. Le 23 mars disons tous ensemle au gouvernement et au MEDEF que leur politique qui veut faire payer aux salarié-es les conséquences de leur crise et qui enrichit tous les jours les actionnaires aux dépends des salarié-es sera combatue et mise en brèche par le mouvement social. Tous/toutes ensemble inventons dés aujourd’hui des lendemains qui servent les intérêts de la majorité des habitants de ce pays : les salarié-es.

- – - – - – -

DES LA RENTREE 2010  à RASCOL :

 NOUS,  PARENTS D’ELEVES, DENONCONS

UNE REFORME QUI CREUSE LES INEGALITES 

  • 8 suppressions de poste ( enseignants + CPE)
  • Classes surchargées ( 35 en Lycée – 30 lycée Pro)
  • Disparition de dédoublements de classe
  • Disparition de l’Aide Individualisée en Maths et Français
  • Mise en péril des filières Technologiques
  • Appauvrissement du contenu des enseignements
  • Les élèves pourront être accueillis par des étudiants stagiaires

BLOCAGE DE RASCOL

 MOBILISONS-NOUS POUR LE RETRAIT DE LA REFORME

OEUVRONS POUR UN LYCEE DE L’EGALITE DES CHANCES

 REJOIGNEZ NOTRE ACTION !
LUNDI 22 MARS  2010
à partir de 7h30

par les parents, les enseignants et les lycéens

NOS ENFANTS NE DOIVENT PAS PAYER POUR NOTRE INDIFFERENCE

 

Et maintenant le K.O. ?

Contre la droite et l’austérité : A gauche toute !

Pour une vraie gauche sociale

  Au soir de la prise de la Bastille, Louis XVI n’écrivit que 4 lettres dans son journal : «  Rien ».

Au soir du 1er  tour des élections régionales, face à la Bérézina de son propre camp, Nicolas Sarkozy nous dit : «  Circulez, y a rien à voir ! »

Il y a quelque chose de pathétique dans la réaction des clones de l’UMP répétant en boucle les fameux «  éléments de langage ». On a donc commencé par nier la défaite puis panique à bord, le Titanic va s’échouer (Lefebvre sera le dernier à jouer du violon à bord). Alors on tente de faire apparaître la carte de la peur : en avant pour l’insécurité alors qu’ils sont au pouvoir depuis 8 ans ! SOS pour l’UMP (Union pour un Mouvement en Perdition).

A l’heure du rassemblement de toute la Gauche ( je laisse de côté le Limousin , la Picardie ou la Bretagne où le PS adopte une attitude particulièrement scandaleuse vis à vis d’Europe Ecologie et du Front de Gauche, ah, ces vieux réflexes hégémoniques de caciques régionaux vraiment indécrottables ! )  (1), il convient d’infliger à Sarkozy une défaite si cuisante qu’il sera privé de l’argument d’une trop faible participation.

Il faut l’affaiblir le plus possible à la veille de son plan d’hyper austérité. Dés le 22 mars on attend des régions qu’elles respectent leurs engagements, qu’elles soient aux côtés des travailleurs en lutte, de véritables  boucliers sociaux et démocratiques. On ose espérer également qu’elles s’attellent à renouveler profondément les pratiques politiques ( pour cela, je doute un peu). Qu’elles s’impliquent sans doute davantage dans la défense réelle de l’emploi, les enjeux du logement, du transport, de l’éducation, de la santé et de la culture…

 Alors oui, confirmer et amplifier le vote du premier tour pour battre la droite mais nous savons que tout reste à faire , en premier lieu analyser sérieusement l’ABSTENTION, j’y reviendrai, qui touche d’une manière significative les jeunes et les couches populaires sans parler des quartiers en grande difficulté. Pour ne donner que quelques exemples, il y a eu 27 % de votants à Vaux en Velin, 28 % à Sarcelles, 28,3 % à Roubaix, 28,5 % à Clichy sous Bois, et dans certains bureaux de vote, le taux de participation est tombé à 11,8 % dans un quartier des Mureaux, 13 % aux Bosquets à Montfermeil, 18 % à Toulouse Le Mirail, etc…

Comment peut-on plus longtemps supporter et tolérer un tel état de fait ?

Face à une telle «  rupture citoyenne » il n’y aura pas de quoi se réjouir le 21 au soir mais au contraire à vite saisir l’ampleur du phénomène et à  «  retrousser ses manches ».

En deuxième lieu, travailler à une véritable alternative politique , le pire serait d’attendre 2012 alors que la crise économique et sociale continuera à faire ses ravages.

Quant au Parti Socialiste, nous savons que le vote en sa faveur est loin d’être un vote d’adhésion mais un vote avant tout de rejet de la droite, même si en Midi-Pyrénées, le bilan de Martin Malvy peut être considéré comme positif.

Malgré les critiques que l’on peut faire sur la liste tarnaise de « rassemblement à gauche », et il y en a, pas une seule voix ne doit manquer dimanche.

Oui, dans les urnes mais aussi dans la rue, avec la grève et les manifestations prévues dés le 23 mars, il faut battre la droite.

( 1) Court extrait de l’article de Pierre Marcelle dans Libération ( du 19 mars)

«  Remember Limoges »

Rien d’offre , sinon celle d’une gauche de la gauche minoritaire dont le score révèle cependant que, pour un PS qui se voit beau, il pèse encore de trop. C’est le sens de l’oukaze socialiste contre le NPA, allié avec le Front de gauche dans le Limousin (13,5% au premier tour). En prétendant exclure les partisans de Besancenot d’une union de la gauche locale qu’il ne conçoit qu’à sa botte, le PS a fait capoter le projet d’une liste laboratoire pour toute la gauche. Ce faisant, il a confirmé qu’il privilégiait, et bien au-delà des frontières limousines, son alliance avec les écologistes libéraux. C’est un choix. »

Auparavant, Pierre Marcelle écrivait, je ne peux m’empêcher de vous faire partager ces quelques lignes que je relis avec grand plaisir :

«  Ca, c’est fait »

Mais au-delà des pitreries rituelles, dont la plus éclatante résida dans la contestation arithmétique de leur défaite par les représentants bornés de l’UMP ( épisode dit du « déni »), le scrutin énonça une évidence dont les commentateurs, hélas firent peu de cas. Cette évidence, c’est la mort de la dite « Grande alliance » qu’on ne pleurera pas. La Grade alliance, souvenez-vus…Ce front socialo-écolo-centriste, mais à socle incontestablement libéral, qui devait fédérer le PS, les Verts et le Modem de François Bayrou…Du jour au lendemain, Pffft !, évaporée , la Grande alliance que chantèrent des Gracques au lendemain de la présidentielle.

La crise, sans doute, est passée par là, pour rappeler quelques évidences relatives à la fonction du politique face aux fatalités économiques, mais qui ne sont pas inéluctables, énoncées par des banquiers- ces chers banquiers.

Exit donc le Modem. La réalisation de cet objectif, le premier de Mélenchon, de son Parti de gauche et du Front du même nom qu’il suscita, constitue une information principale. »

 

Bertrand, intox/désintox

Traquer sans répit le mensonge…

 Sous le titre DESINTOX une rubrique régulière paraît dans le journal Libération, rubrique toujours bien argumentée, son but : démasquer les mensonges formulés assez souvent par des membres du gouvernement ou des responsables politiques.

Nul n’est épargné, c’est assurément un bel exercice au service bien sûr de l’information mais aussi de la démocratie.

Pour ne donner que quelques exemples d’articles récents, liste comme on dit, non exhaustive, nous avons eu droit le 13 février à «  Woerth et la baisse des dépenses de l’Etat » , le 19 février à Alain Joyandet , « Développement, des promesses en l’air ». Celui-ci venait de déclarer : «  Il n’y a aucune ambiguïté nous respecterons tous nos engagements pour parvenir, autour de 2010, à 0,5 % de notre aide publique au développement rapporté au PIB de la France ». Le 22 février à «  Hortefeux, -sérial truqueur- statistiques ». Son mensonge : «  Nous observons une baisse des cambriolages de la criminalité organisée et de la délinquance spécialisée. J’y vois les résultats de notre souci de répondre aux phénomènes de délonquance ».Le 24 février «  Estrosi reclasse plus vite que son ombre » ; le 9 mars à Nadine Morano : «  Expulsion de Najlae Lhimer : Morano arrange l’histoire ». et ainsi de suite… Mensonges permanents, à chaque fois, beau travail journalistique pour rétablir la vérité.

- – - – - – -

Mercredi 17 mars : «   Bertrand, le bobard qui valait 7 milliards »

 «  Chaque année, c’est 7 milliards d’euros d’impôts de plus que les régions gérées par le Parti Socialiste ont décidé d’augmenter » Xavier Bertrand sur TF1, le 11 mars.

INTOX :

A défaut de rigueur, Xavier Bertrand sait faire preuve de constance. Le secrétaire général de l’UMP aura passé toute la campagne des régionales à asséner un chiffre faux.Le 19 novembre, il donne le ton en présentant le Livre noir des régions socialistes, une compilation de chiffres censée dénoncer la folie fiscale des régions de Gauche.

Le pamphlet s’articule autour d’un chiffre choc, cité en préambule : depuis 2004, les régions socialistes ont augmenté les impôts de 6,5 milliards d’euros par an. Depuis, ce chiffre a été répété des dizaines de fois par Xavier Bertrand. On l’a encore entendu hier matin sur France Inter. Jeudi dernier sur TF1, Bertrand a même arrondi le chiffre à la hausse : «  Chaque année, c’est 7 milliards d’euros d’impôts de plus que les régions gérées par le Parti Socialiste ont décidé d’augmenter. »

 

DESINTOX :

Il est aisé de retrouver l’origine du chiffre de Bertrand. Il s’agit de la différence entre les recettes fiscales des régions en 2004 ( 4,7 milliards d’euros) et leur montant en 2009 ( un peu plus de 11,3 milliards). Notons d’emblée qu’il ne s’agit donc pas d’une augmentation «  chaque année », comme le dit Bertrand-ce qui correspondrait à une augmentation de 42 milliards d’euros sur la mandature-, mais sur six ans, ce qui est très différent.

Mais ce n’est pas tout. L’autre gros mensonge du secrétaire général de l’UMP est de faire croire que la croissance des recettes fiscales régionales est la conséquence des seules hausses d’impôts votées dans les conseils régionaux. Ce qui est faux, comme on peut le calculer en se penchant sur les évolutions fiscales de la dernière mandature.

Depuis 2004, les régions ont d’abord augmenté les taux des trois impôts directs sur lesquels elles avaient la main : il s’agit de la taxe professionnelle, la taxe foncière sur le bâti et la taxe foncière sur le non-bâti. En cinq ans, les taux de ces taxes ont crû de 36 % en moyenne. Le produit de ces trois impôts a progressé de 3,2 à 5 milliards d’euros, soit 1,8 milliard de recettes fiscales supplémentaires pour l’ensemble des régions. La plupart d’entre elles ont également augmenté la taxe sur les cartes grises. Son produit a augmenté de 500 millions d’euros en six ans.( de 1,5 à 2 milliards d’euros).

Enfin, les conseils régionaux ont joué sur un dernier levier fiscal : depuis 2007, ils ont la possibilité de moduler à la hausse(dans la limite d’un plafond fixé par l’Etat) la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) sur les carburants. A l’exception de Poitou-Charentes, la totalité des régions ( Alsace y compris) ont fait jouer cette hausse, atteignant le maximum autorisé. L‘Association des régions de France (ARF) estime qu’en 2009, les recettes afférentes à cette modulation ont représenté 800 millions d’euros. Si l’on additionne toutes les recettes fiscales supplémentaires «  décidées » par les présidents des conseils régionaux, on arrive à environ 3,1 milliards d’euros depuis 2004. Ce qui est très loin des 7 milliards de Bertrand.

En fait, pour arriver à son chiffre, ce dernier triche en ajoutant dans son calcul les recettes fiscales que l’Etat a affectées aux régions depuis 2004. La loi du 13 août 2004 sur les libertés et responsabilités des collectivités locales a transféré de nouvelles compétences aux régions (formation, inventaire régional, et surtout les dizaines de milliers de TOS – personnels techniciens, ouvriers et de services des lycées). Comme la loi l’y oblige, l’Etat a compensé le surcoût en faisant le choix de verser aux régions une partie du produit de la TIPP qu’il perçoit. A la différence de la part modulable de la TIPP, qui s’apparente à un impôt régional, il ne s’agit pas d’une nouvelle prérogative fiscale des régions : ces dernières se voient affecter une recette fiscale dont le montant est fixé par le gouvernement, en compensation des charges transférées.

 Comme l’explique François Bouchard, directeur général des services de la région  Alsace (UMP) : «  Cette TIPP, dite «  garantie » n’a rien à voir avec de la fiscalité locale. L’Etat doit de l’argent aux régions et décide de les  payer avec la TIPP. Les régions n’ont pas la moindre marge de manœuvre sur cette opération. » En 2009, cette TIPP garantie représentait 3 milliards d’euros. Un montant qui apparaît dans les comptes des régions comme des recettes fiscales, mais qui en réalité s ‘apparente à « une dotation de l’Etat », explique François Bouchard. Ce qui n’empêche pas Bertrand de les comptabiliser comme des « impôts supplémentaires décidées [par les régions] ».

Conclusion : sur le 6,5 milliards de recettes fiscales régionales supplémentaires en 2009 par rapport à 2004, la moitié n’a rien à voir avec les décisions des régions.

Cédric Mathiot

 

Abstention : la fracture castraise

« Faire comme si… »

Mardi , c’est Mairie. Avec André nous rédigeons la tribune libre à paraître dans le prochain Castres Magazine (6 avril) : « Pas de développement durable sans démocratie locale » puis j’écris la première tribune pour le site de la Ville : «  MJC de Lameilhé : émotion et larmes ».  Il aura fallu des années pour que le Maire applique enfin la loi de …2002 .

De bonne heure, par un coup de fil ( j’ai encore quelques amis au PS ) , j’apprends la composition de la liste pour le 2ème tour des élections régionales. Le rassemblement de toute la Gauche s’est bien effectué, les Verts peuvent obtenir 2 sièges dont un pour Jocelyne, c’est une bonne chose, le Front de Gauche un pour Jeanne et éventuellement pour Guillaume … repêché de l’Aveyron ( Conseiller régional sortant du Parti de Gauche). Pas de commentaire au sujet des candidats PS ( Madame X a remplacé Mme Y) – mais chut ! l’heure est au rassemblement pour battre la Droite. Martin Malvy avec plus de 40 % au premier tour arrivera sans doute en tête des régions de Gauche au second.

A Castres comme dans tout le pays, le fait majeur reste le niveau très élevé de l’abstention. Alors, faut il «  faire  comme si » c’était un résultat comme un autre ? «  faire comme si »  la vie continuait comme avant et ainsi de suite ?

47,77 % de votants dans notre ville parmi lesquels d’ailleurs 4 % environ de bulletins nuls. Bien sûr pour la première fois, l’élection régionale n’était pas couplée à un autre scrutin législatif ou cantonal, bien sûr nous dit-on, l’entité Région est mal connue et les Conseillers régionaux peu reconnus mais ces facteurs ne suffisent toutefois pas à expliquer l’ampleur et la nature de l’abstention.

A l’évidence, une partie des électeurs de Droite ne s’est pas déplacée ( abstention-sanction) tant le rejet de la politique de Sarkozy est fort. C’est significatif dans les bureaux de Droite. 

Il n’y a eu que 39,26 % de votants salle du Conseil municipal, 43,79  % école Léon Rouzaud, 47,60  % salle polyvalente de l’Albinque et s’il fallait un exemple supplémentaire : 53,49 % dans le bureau le plus à Droite de la ville, les Serres municipales.

Il y a aussi l’abstention des jeunes et des couches populaires durement frappées par la crise. Cette désaffection populaire s’accentue et devient permanente.

Au cœur de nos quartiers, 38,07 % de votants à l’école maternelle de Laden et  40,72 % à l’école maternelle Louis David, il faudrait rajouter toutes celles et ceux non inscrits sur les listes électorales. Les raisons, nous les connaissons : «  Parce que cela ne changera pas grand chose à ma vie quotidienne », « Nous ne faisons plus confiance ni à la Gauche, ni à la Droite, tous pareils ».

Véritable vote censitaire, américanisation galopante, notre démocratie a-t-elle encore un sens ? Comme le dit Stéphane Alliès dans Médiapart : «  La Gauche aura-t-elle de quoi se réjouir d’une victoire aux Régionales  marquée par une très forte abstention et le retour en force du F.N. ? » Dans ces conditions, l’analyse des résultats bureau par bureau, a-t-elle encore un sens ? «  Faire comme si… »

 A tout seigneur, tout honneur ,  Martin Malvy : 36,28 % à Castres (39,92 % à Albi), de 27,90 % ( Collège des Cèdres ) à 46,66 %  ( Roulandou).

Le Front de Gauche : 5,96 % , à noter 9,78 % au cœur de Bisséous, 9,34 %  au cœur de Laden, 8,42 % au cœur de Lameilhé, 8,28 % ( La Capelanié).

Europe Ecologie  9,71 % avec des pointes à 12,89 % ( salle polyvalente de  l’Albinque), 12,63 % ( Maison des associations et syndicats). A noter le faible score dans les quartiers populaires : 5,09 % ( Aillot), 6, 28 % ( Louisa Paulin), 7,71 % ( école maternelle de Laden). Il y a du travail pour lier l’urgence sociale et l’urgence écologique !

Le Front National : 13, 35 % avec des résultats inquiétants dans les quartiers populaires là où nous l’avons vu, l’abstention est significative. Donc le F.N. : 18,98 % à Louis David, 16,35 % à Laden, 15,31 % au collège des Cèdres, etc… Merci qui ? Merci Eric Besson.

L’UMP n’atteint que 28 % ne faisant que 30 à 34 % dans des bureaux qui votent habituellement à 60 % à Droite.  A déplorer l’absence de déclarations et a fortiori de photos du Maire vice-président de l’UMP avec son adjoint tête de liste, secrétaire UMP de la 3ème circonscription.

Analyse rapide, partiale et très partielle du premier tour. Peut-on simplement avec sérieux en tirer quelques enseignements ?

Ah, j’oubliais : le Modem, 3,72 % en d’autres termes, rien !

Des socialistes et les leaders d’Europe Ecologie qui au cours des derniers mois avaient battu les estrades avec les représentants de ce parti avaient au soir du premier tour complètement oublié que celui-ci avait pu exister. Les ingrats !

Plus sérieusement, pour notre réflexion collective à venir, sur aucune liste de Gauche ne figure une candidate ou un candidat issu de «  la diversité » ( désolé, c’est le mot souvent utilisé). Pour quelle raison ?

Voilà, je « fais comme si… » , alors qu’au loin retentissent les cris des manifestants grecs, espagnols, portugais, et que se prépare en France un mouvement de grève et des manifestations pour le 23 mars.

 

Tout un dimanche avec Jean Ferrat

 

 « Nul ne guérit de son enfance… » 

Eviter la nostalgie mais la  mélancolie surgit, déborde à l’annonce de la mort de Jean Ferrat. Soudainement, les paroles de ses chansons, pourtant profondément enfouies, me reviennent en mémoire, aussi intactes que lorsque je les chantais hier. Il est difficile d’imaginer l’influence de certaines d’entre elles. 

Chez moi, les disques passaient en boucle , j’avais 13 ans pour « Nuit et brouillard », 15 ans pour « Potemkine » , 18 ans pour «  Camarade » etc… L’écouter, le chanter, valaient engagement. Difficile de rester indifférent aux paroles de « Nuit et brouillard » : «  Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers. Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés. Qui déchiraient la nuit de vos ongles battants. Vous étiez des milliers. Vous étiez vingt et cent » ou de « Potemkine » : « M’en voudrez vous beaucoup si je vous dis un monde. Où celui qui a faim va être fusillé. Le crime se prépare et la mer est profonde. Que face aux révoltés montent les fusilliers . C’est mon frère qu’on assassine, Potemkine. »  

Ses colères, ses convictions, il les a dites haut et fort, sans jamais se renier ni se compromettre. Il faudrait s’attarder sur les magnifiques poèmes d’Aragon «  Les yeux d’Elsa » mais aussi : «  Aimer à perdre la raison ». Oui, « Nul ne guérit de son enfance… » ou de son adolescence. Resté toute sa vie un homme libre, il dénonça les dérives de l’Union Soviétique et de tout système totalitaire. 

On oublie que pendant des années, Jean Ferrat fut victime de la censure de la part du pouvoir gaulliste, beaucoup de ses chansons ont été interdites d’antenne (ORTF). «  Ma France » ( 1968) est la chanson  qui vous fait monter les larmes aux yeux. «  Cet air de liberté dont vous usurpez aujourd’hui le prestige » sera proscrite. C’était hier ! 

Il interpréta «  Le temps des cerises » en septembre 2004, c’est sa dernière apparition à la fête de l’Huma pour le centième anniversaire du journal. Il continuait inlassablement à dénoncer la course à l’argent, les ravages de la mondialisation, sa crainte des extrémismes religieux. Il avait apporté son soutien à la liste du Front de Gauche pour les élections régionales en Ardèche. 

Comment aujourd’hui faire partager aux nouvelles générations, ce qu’était alors «  l’engagement » pour des idées et des valeurs ? Comment revenir à l’essentiel ? 

Oui, un beau dimanche en compagnie de Jean Ferrat. Lui qui chantait : «  Je ne suis qu’un cri ». Soyons sûr que celui-ci n’est pas prêt à se taire. 

- – - – - – - - 

Le bilan  

Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre 

Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui 

  

C’est un autre avenir qu’il faut qu’on réinvente 

Sans idole ou modèle pas à pas humblement 

Sans vérité tracée sans lendemains qui chantent 

Un bonheur inventé définitivement 

  

Un avenir naissant d’un peu moins de souffrance 

Avec nos yeux ouverts et grands sur le réel 

Un avenir conduit par notre vigilance 

Envers tous les pouvoirs de la terre et du ciel 

    

Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre 

Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui 

  Potemkine 

M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Qui chante au fond de moi au bruit de l’océan
M’en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents 

Ma mémoire chante en sourdine
Potemkine 

Ils étaient des marins durs à la discipline
Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers
Et le cœur d’un marin au grand vent se burine
Ils étaient des marins sur un grand cuirassé 

Sur les flots je t’imagine
Potemkine 

M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où celui qui a faim va être fusillé
Le crime se prépare et la mer est profonde
Que face aux révoltés montent les fusiliers 

C’est mon frère qu’on assassine
Potemkine 

Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade
Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint
Mon frère, mon ami, je te fais notre alcade
Marin ne tire pas sur un autre marin 

Ils tournèrent leurs carabines
Potemkine 

M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l’on punit ainsi qui veut donner la mort
M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l’on n’est pas toujours du côté du plus fort 

Ce soir j’aime la marine 

Potemkine 

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirais pas d’écrire ta chanson
Ma France 

Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche 


Ma France 

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France 

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France 

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu’il est temps que le malheur succombe
Ma France 

Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France 

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
Ma France 

Qu’elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l’avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France