Archives du 13 avril 2010

Retraites : l’appel à un front citoyen

 Pour un collectif unitaire à Castres

À l’initiative d’Attac et de la fondation Copernic, près de 400 personnalités, dirigeants des partis de toute la gauche, intellectuels, syndicalistes, lancent un appel à la mobilisation « contre la paupérisation programmée des futurs retraités ».
« La question des retraites pose celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité(e)s, l’idéologie absurde du ‘‘ travailler toujours plus ’’ et la destruction des solidarités sociales. Nous souhaitons contribuer à une vaste mobilisation citoyenne pour stopper cet engrenage. »

Alors que les syndicats viennent d’engager leur propre processus de mobilisation, et préparent, notamment, un1er Mai de grande envergure, c’est en quelque sorte un nouveau front qui s’est esquissé , pour contrer le projet sarkozyste de réforme des retraites.
La quasi-totalité de l’arc des forces de gauche y est représentée : PCF (Marie-George Buffet et Pierre Laurent), PS (Razzy Hammadi, Gérard Filoche), NPA (Olivier Besancenot), Parti de gauche (Jean-Luc Mélanchon), Verts (Cécile Duflot)…

De nombreux intellectuels, économistes (tels Dominique Plihon, Henri Sterdyniak, André Orléan, Frédéric Lordon, Catherine Mills), sociologues (Luc Boltanski, Patrick Champagne, Loïc Wacquant, Robert Castel), philosophes, figurent également sur la liste. Si les premiers dirigeants des principales confédérations n’ont pas signé le texte, des syndicalistes de la FSU, de Solidaires, de la CGT, côtoient les animateurs d’associations.

Pour les initiateurs, « une dynamique se met en place ». Sur ce texte, désormais ouvert à « tout citoyen » (1), « on espère des millions de signatures », affirme Willy Pelletier, de la fondation Copernic. « On va sillonner la France, comme pour le Traité constitutionnel européen (TCE, en 2005) », ajoute-t-il, annonçant « 200 meetings d’ici aux vacances ».

Cette campagne se veut à la hauteur de l’enjeu. La nouvelle réforme en gestation « risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver », souligne l’appel.

 Report de l’âge légal, allongement de la durée de cotisation, ces mesures « condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités ». Réfutant le pseudo-argument de la démographie, les signataires mettent en exergue le véritable but poursuivi par la droite et le patronat dans cette affaire : faire payer la crise, par la réduction des dépenses publiques, aux salariés, plutôt qu’aux marchés financiers, aux profits, aux actionnaires, décrypte Pierre Khalfa, de Solidaires. Si le texte ne présente pas, à proprement parler, un autre projet de réforme, il affirme haut et fort « normal » de couvrir les besoins liés à l’accroissement de la part des retraités dans la population « par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite ». « Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. »

« Le sens de l’appel, c’est de dire qu’une alternative » à la régression sociale « existe », insiste Jean-Marie Harribey, président d’Attac.

Présents, à la conférence de presse de lancement de l’appel, les responsables des partis de gauche ont tous mis en relief le « choix de société » que représente la défense du système de retraite par répartition, du contrat de solidarité intergénérationnelle qu’il incarne, à l’opposé du « chacun pour soi » de la capitalisation, vers laquelle gouvernement et patronat voudraient pousser les salariés. Pour Pierre Laurent, qui a annoncé que « le PCF a décidé d’engager toutes ses forces dans les mois à venir au service de cette bataille cruciale », il s’agit de faire en sorte que le sujet « devienne l’affaire des citoyens ». Pour cela, politiques et syndicalistes ont, à l’unisson, affirmé la volonté de mener une bataille à la fois « idéologique », « pédagogique », pour « contrer la pensée unique », en s’adressant à toutes les générations, mais en consacrant un effort spécifique à la jeunesse, « qui doute de la répartition ».

« Les salariés, les retraités, les jeunes ne pourront se mobiliser que s’il y a une alternative crédible », montre Elizabeth Labaye, de la FSU.

Et Jean-Baptiste Prévost, de l’Unef, insiste, dans le même esprit, sur le besoin de « faire évoluer le système » pour que les périodes d’études, d’inactivité forcée, ne soient pas pénalisantes pour le droit à retraite. Enfin, le représentant du NPA a traduit, à son tour, la tonalité résolument offensive de cet appel, en dénonçant le « manque de légitimité de ce gouvernement, qui vient de recevoir une raclée électorale, pour casser les conquêtes sociales de 1945 », et en proclamant « possible de refaire ce qu’on a fait pour le TCE ».

1) http://www.exigences-citoyennes-retraites.net/

L’APPEL :

                   Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites

 Le gouvernement français s’apprête à engager une nouvelle réforme qui risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est déjà catastrophique, car toutes les dispositions prises (calcul sur les vingt-cinq meilleures années, indexation sur les prix et non plus sur les salaires des actifs, allongement de la durée de cotisation sous peine de décote…) ont déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 %.

Elles ont aggravé les inégalités déjà fortes entre les pensions des hommes et des femmes. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen – niveau de la retraite par rapport au salaire – passerait de 72 % en 2007 à 59 % en 2050. Cette dégradation continuera donc de frapper les actuels retraités et touchera également les générations suivantes.

Malgré ce bilan désastreux, le gouvernement veut aller encore plus loin en supprimant l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans en le portant à 62, voire 65 ou 67 ans, comme le demande le Medef, et en remettant en cause le calcul sur les six derniers mois d’activité des retraites du secteur public. Jumelées avec un nouvel allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein, ces mesures condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes.

Ce sont les salarié(e)s les plus jeunes qui subiraient les effets cumulés de ces orientations au moment de partir à la retraite. Le gouvernement et le patronat persistent à vouloir durcir les conditions de départ en retraite alors même que les entreprises continuent de se débarrasser des salariés âgés avant qu’ils aient acquis la totalité de leurs droits. Exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à baisser le niveau des pensions. De plus, cette logique remet en cause la solidarité intergénérationnelle. Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes. Au lieu de voir dans la retraite par répartition une transmission perpétuelle et solidaire de la prise en charge d’une génération par la suivante, le gouvernement et le patronat, afin d’attiser la division, la stigmatisent comme un fardeau pour la seule génération à venir. Le danger ne s’arrête pas là. Le COR dessine les contours d’une réforme pour remplacer notre système par un autre « par points » ou « par comptes notionnels ».

Dans les deux cas, il s’agirait de ne plus avoir à assurer un taux de remplacement du salaire défini à l’avance et de faire de la variation du niveau des pensions le moyen d’équilibre financier des régimes. Cela aggraverait encore la baisse du niveau des pensions et contraindrait les salariés, particulièrement les salarié(e)s pauvres et effectuant les travaux pénibles, à travailler toujours plus longtemps.

La vraie raison des mesures qui s’annoncent n’est pas liée à la démographie. La crise financière a provoqué une récession et donc une flambée des déficits publics. Les États continuent benoîtement à financer leurs déficits en empruntant sur ces mêmes marchés financiers qui ont provoqué la crise. Réduire ces déficits pourrait se faire par une taxation du capital. Mais les spéculateurs refusent évidemment cette solution, demandent que les États donnent des gages et exigent une réduction des dépenses publiques.

Une alternative à cette régression sociale existe pourtant. À moins de décréter la paupérisation des retraité(e)s, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité. La question des retraites pose celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité(e)s, l’idéologie absurde du « travailler toujours plus » et la destruction des solidarités sociales. Nous souhaitons contribuer à une vaste mobilisation citoyenne (réunions publiques, appels locaux…) pour stopper cet engrenage.

Publicité gratuite : « Une vraie retraite à 60 ans, c’est possible  » de Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné ( ed.Gawsewitch)

 Le gouvernement actuel remet en cause, pour tous les salariés, la retraite à 60 ans, et penche vers une retraite à 62, 63 voire 65 ou 67 ans à terme, alors qu’il veut porter le nombre d’annuités de cotisations vers 42, voire 44 annuités et plus. Les paramètres qui servent de base au calcul des retraites se trouveraient profondément modifiés. Le risque ? Plonger des millions de retraités dans la misère. Tout cela étalé de façon masquée sur plusieurs décennies contre nous et nos enfants. 10 questions, 10 réponses. Les auteurs, point par point, décortiquent le sujet et prouvent qu’il est possible de garder notre retraite à 60 ans. Rien n’impose de travailler plus, ni sur la semaine, ni sur la vie. Rien n’impose de faire travailler les « seniors » à la place des « juniors ». Il y a 4 millions de chômeurs. Priorité à l’emploi des jeunes. C’est une question de redistribution des richesses qui est en cause. Où vont les richesses créées par le salariat qui représente 93 % de la population active ? Elles doivent revenir à nos salaires, à nos cotisations sociales, à notre santé, à nos retraites. Chiffres à l’appui, les auteurs dénoncent cette immense propagande quotidienne mensongère lancée par Sarkozy-Fillon sur l’espérance de vie qui s’allongerait tellement qu’il ne serait plus possible d’avoir assez de main d’œuvre pour payer nos retraites. Un texte coup de poing, richement documenté, écrit dans un style incisif, qui apporte une alternative à la réforme à venir, et des solutions pour demain.
On peut lire aussi la revue «  Démocratie et socialisme «