Archives du 20 avril 2010

René Rizzardo : militant culturel

IL Y A DEJA PLUS DE 10 ANS…

 Vous ne connaissez pas René Rizzardo, pourtant entre 1997 et 2000 il fut l’artisan inlassable d’un renouveau culturel à Castres. Non dans le domaine de la culture jetable, éphémère et superficielle à la mode aujourd’hui mais dans le domaine d’une culture de qualité accessible à tous. Sa priorité : l’éducation artistique dés le plus jeune âge.

Fondateur et directeur de l’Observatoire des politiques culturelles, rédacteur de la revue du même nom, son travail : former ou conseiller des générations d’élus, de professionnels de la culture, chargé par le ministère de faire vivre la décentralisation culturelle.

C’est à ce titre, comme adjoint de la culture de 1995 à 2001 que j’ai travaillé avec lui pour initier à Castres un Réseau de ressources culturelles. René Rizzardo permit à la Ville d’être reconnue comme «  ville référence » par le ministère de la culture et ainsi d’obtenir des financements conséquents tant pour la création d’un poste de «  coordinateur de réseau » pour l‘éducation artistique et culturelle ( bonjour Christine Martial) que pour chacune des 10 structures concernées.

Très vite en partenariat avec l’Education nationale, des parcours artistiques furent institués concernant des milliers d’élèves.

J’apprends par le journal Le Monde la mort de René à l’âge de 68 ans (le crabe s’est réveillé).

René avait commencé son parcours comme conseiller municipal de 1965 à 1977 puis comme maire-adjoint de la culture de 1977 à 1983 de la ville de Grenoble.

La préfecture de l’Isère lui doit des équipements de proximité comme les bibliothèques de quartier , la place de la culture dans la vie quotidienne de la ville ( théâtre, etc…).

A cette triste nouvelle, je me suis replongé dans mes archives, des dizaines de documents, compte-rendus de réunions, brochures diverses dont l’une présente le Réseau de ressources culturelles. Il faudrait des pages pour relater la richesse et la diversité des projets.

 J’écrivais alors dans l’éditorial sous le titre : «  C’est Mozart qu’on assassine » : «  Depuis maintenant un an toute notre énergie avec l’aide du Ministère de la Culture et de la communication est tendue vers un seul objectif, le seul objectif qui vaille : rendre possible l’égal accès de tous aux œuvres de l’esprit, à la culture. C’est un travail collectif, patient et acharné, dont nous voyons aujourd’hui les premiers résultats. Cette conscience partagée de la priorité culturelle engage notre ville . Elle n’est pas un élément décoratif, un simple prestige, la facilité du showbiz mais est au cœur d’une réelle éducation artistique, citoyenne pour ne plus voir, comme l’écrivait Saint Exupéry, dans l’enfant exclu -  Mozart qu’on assassine- »

La dernière intervention de René Rizzardo en présence de deux représentants du Ministère de la Culture et d’une centaine de personnes s’est déroulée le 15 novembre 2000 dans l’amphithéâtre de la Communauté d ‘agglomération. En voici un très court extrait : «  L’éducation artistique est un des maillons d’une vision d’ensemble d’une politique culturelle qui passe par une familiarité de l’enfant et de sa famille avec les lieux culturels  et les artistes. L’égalité d’accès à la culture devra être un enjeu essentiel pour la compétence culturelle pour la Communauté d’agglomération de Castres-Mazamet. Dans les établissements d’enseignement comme dans les territoires, des projets peuvent et doivent se construire sur le temps péri et extra-scolaires ,l’éducation artistique contribue à une vie quotidienne apaisée en plaçant l’individu au centre de l’action, etc… »

L’Observatoire des politiques culturelles avait  pour objectif d’accompagner la Communauté  d’agglomération de Castres-Mazamet dans la mise en réseau de ses ressources culturelles. Un rapport d’étude avait été réalisé , celui-ci devait déboucher sur la mise en place d’un CRIC ( Centre de ressources et d’initiatives culturelles). Ce centre devait réunir l’ensemble des acteurs autour d’une dynamique de développement et de créer des liens entre éducation artistique, action culturelle, et création artistique à l’échelle de l’agglomération (diffusion du spectacle vivant, des liens entre patrimoine et territoire, développement du secteur musical et des nouvelles technologies, et enfin une politique en faveur du cinéma).

A noter également la priorité accordée aux Maisons de quartier et au travail transversal avec plusieurs adjoints comme le regretté André Frank ( éducation ) et Lucile Millan ( jeunesse).

La défaite de la Gauche en 2001 a eu pour conséquence la suppression brutale de tout le travail effectué pendant des années. René en fut bien évidemment affecté et son combat pour la culture continua au service d’autres collectivités locales.

Qu’il sache toutefois que sous la cendre , la braise rougeoie et est prête à s’enflammer à nouveau grâce à lui. Je lis que les prochaines Assises nationales des directeurs des actions culturelles, les 6 et 7 mai à Toulouse lui seront dédiées.