Archives du 1 mai 2010

De Castres à Albi, toujours et encore Patricia

AU CŒUR DE LA REPUBLIQUE

 Après  3 rassemblements devant la sous-préfecture de Castres, rendez vous a été pris avec Mme La Préfète du Tarn à Albi jeudi 29 avril.Ah ! le jeudi, 6 heures de cours dont la dernière avec une classe de 5ème. A leur programme : la Renaissance et notamment l’humanisme ou comment cette période marque une rupture avec le Moyen Age et où certains lettrés ( Rabelais, Erasme…) veulent mettre l’homme au centre de tout et faire progresser la condition humaine.

Une heure après, je serai à Albi avec toutes celles et ceux qui soutiennent depuis maintenant 15 jours Patricia John.

Dans la délégation, présence du député PS Jacques Valax (c’est bien et osons le dire courageux) ,d’autres ont encore un emploi du temps chargé. Les 3 conseillères régionales fidèles dans leurs convictions et leur combat (Jeanne Jimenez – Front de Gauche -, Martine Gilmer – PS -, Jocelyne Salvan – Europe Ecologie -), il y a aussi 2 conseillers municipaux de Castres, S.Cèbe-PS- et moi-même, 2 conseillers municipaux d’Albi ( J.Vayre-PC- et A.Berger-PS-), S.Dupé pour le MRAP ainsi que des membres de la famille de Patricia.

Mme La Préfète est absente, elle a été « convoquée » ce jour en urgence à Paris, elle est remplacée par le Secrétaire Général de la Préfecture. L’homme est carré, le style est ferme, la parole affirmée : ni langue de bois, ni posture technocratique. Cela permettra d’aller à l’essentiel dans la clarté et une certaine transparence.

Plus d’une heure et demie d’échanges plutôt vifs, par moment nous entendons venant du dehors le slogan : «  Libérez Patricia John » scandé par une centaine de manifestants dont beaucoup étaient venus de Castres et qui auront la détermination et la patience d’attendre la sortie de la délégation.

Nous apprenons que Patricia a été conduite aujourd’hui à l’ambassade du Nigéria, celle-ci se donne une semaine pour savoir si oui ou non elle posséderait la nationalité de ce pays. Le même scénario s’était produit ,vous vous en souvenez, il y a maintenant 10 jours en direction de l’autorité diplomatique du Libéria. Imaginez le coût que tout cela peut représenter ( j’y reviendrai).

M. le Secrétaire général présente l’ensemble du dossier et en particulier son aspect juridique, il confirme qu’une rupture de la vie commune (je crois avant 3 ans) et non un divorce , annule le droit de séjour.

Aux femmes donc de supporter le mari volage , le mari violent, etc…On se souvient que  le 1er  « Juge des libertés » avait plaidé en faveur de Patricia et l’avait remise en  liberté  mais que la préfecture avait fait appel ; les suivants ne lui ont pas accordé cette même chance. L’ensemble des élus présents ont fait part de leur émotion et de leur indignation et demandé que Mme La Préfète recoure à titre humanitaire à la libération de Patricia : rien ne justifie en effet qu’elle puisse être encore retenue en centre de rétention.

Il est intolérable d’ appliquer « aveuglement » une politique de « quotas » qui ne prend pas en compte les parcours individuels.

M. le Secrétaire général a fait part des aspects positifs du dossier en particulier son intégration dans notre pays qui se manifeste par une présence depuis plusieurs années , un salon de coiffure à la clientèle satisfaite et fidèle, elle déclare ses impôts, désire se remarier – son compagnon était présent- , une demi-sœur, etc…( Je n’ai pas cru percevoir qu’il accordait de l’importance à cet aspect positif du dossier mais je peux me tromper).

J’ai demandé que le climat pour le moins malsain qui se développe à Castres autour de la personne de Patricia cesse au plus vite. Le Secrétaire général a affirmé que les « fuites » concernant certains aspects du dossier ne venaient pas de la Préfecture ( sa parole engageait-elle également la sous-préfecture ?)

Nous savons (comme pour d’autres cas en France d’ailleurs) que les spécialistes de la désinformation et de la manipulation (officines diverses ?) sont à l’œuvre (coups de téléphone à la presse, à certains élus, « attention, le dossier n’est pas simple, il y a des choses troublantes… ») insinuations, sous entendus…

Le Secrétaire général  a alors évoqué certaines pièces du dossier , en parler devrait mettre un terme à toutes les rumeurs, ragots et calomnies qui circulent à Castres pour salir la personne de Patricia et ainsi…justifier in fine l’injustifiable c’est à dire son expulsion.

Soupçon de racolage : il y a eu relaxe. Vol à l’étalage dans une grande surface : le produit fut payé, plainte ne fut pas déposée et ainsi de suite. Les conditions d’une garde à vue qui restent à préciser. D’ailleurs comment peut-il subsister dans un  fichier de police des faits pour lesquels vous n’avez jamais été condamné et pour cause ?

Tous les élus présents ont donc renouvelé leur exigence de voir Mme la Préfète du Tarn prendre une décision qui honorerait notre démocratie.

Après plus d’1h30 d’échange, on ne sort pas indemne. Une personne (quelle qu’elle soit d’ailleurs) après 15 jours de détention difficile risque d’être expulsée, nous le maintenons, sans aucune raison et se retrouver dans un pays qu’elle ne connaît pas, où elle n’a aucun membre de sa famille. Y a t-il encore des hommes et des femmes qui peuvent expliquer que l’on peut tolérer une telle situation ? Nous ne le tolérerons pas.

La mobilisation doit plus que jamais se poursuivre.

Pour continuer notre soutien à Patricia John nous vous proposons une nouvelle forme d’action:lui envoyer un courrier d’encouragement amical à l’adresse suivante:Centre de Rétention Administrative, Avenue Latécoère, 31700 Cornebarrieu

N.B. Vendredi comme convenu, le député Ph.Folliot a reçu une délégation . Celui-ci s’est engagé à transmettre au ministère  le dossier concernant Patricia John constitué par la Ligue des droits de l’homme, la Cimade et le MRAP.