1er mai « historique » à Graulhet
Publié dans h) Coups de coeur (66), le 03/05/2010 à 11:00, par Philippe GuerineauDe 1909-1910 à 2010
La ville de Graulhet a décidément bien fait les choses, depuis plusieurs mois elle prépare activement la commémoration de la grande grève des ouvriers mégissiers.
Tout fut découverte pour moi tant le travail patient et efficace des élus, de nombreuses associations, de syndicalistes, d’historiens, fut d’une qualité exceptionnelle.
Régis Debray , dans un livre paru en 1989 : « Que vive la République » écrivait : « Je ne vois pas en quoi rougir de 1900, de 1936 et de 1981, nous permet de mieux aborder l’an 2000 ». Et pourtant c’est devenu ritournelle , de bons esprits, il y en a aussi à gauche, depuis des années nous incitent à devenir « résolument modernes »,comprendre : accepter toutes les inégalités au nom du marché. On en voit le résultat aujourd’hui notamment dans toute l’Europe.
La modernité c’est la longue lutte des travailleurs de Graulhet.
Le 4 décembre 1909, les ouvrières travaillant dans les mégisseries de Graulhet votent la grève pour réclamer une augmentation de leurs salaires, fixées à la moitié de celui des hommes. Le lendemain, les hommes leur emboîtent le pas. C’est le début d’une grève qui durera 147 jours et qui mobilisera la solidarité à travers la France. Elle se terminera par une augmentation de 12% pour les femmes, une durée de la semaine de travail légèrement allégée pour tous, et un syndicat épuisé par la longueur et la dureté du conflit. Entre temps, 250 enfants Graulhétois étaient partis vers Carmaux, Albi, Mazamet, Décazeville, Cagnac ou Toulouse, pour y être nourris par d’autres lorsque leurs parents se sont retrouvés dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins. Jean Jaurès est intervenu à Graulhet en janvier 1910 .
Faire le lien entre les générations, c’est bien ce qui nous permet encore de nous tenir debout et de résister.
De nombreuses photos, des cartes postales ont été retrouvées. Beaucoup d’émotion s’en dégage à la mise en lumière de tous ces visages de la « classe ouvrière tarnaise ».
Monique Fauré a sorti pour l’occasion un bel ouvrage que je vous conseille de vous procurer : « Le journal de Jeanne la corroyeuse ». Voir ci-dessous.
Vendredi et samedi se tenait également un colloque sur Jaurès et sur l’histoire ouvrière de Graulhet, présidé par Rémi Pech avec de nombreux intervenants. (A noter le centenaire du vote de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes du 5 avril 1910). Malheureusement je n’ai pas pu y participer mais je compte sur Alain Boscus pour me faire parvenir les actes de ce colloque.
Bonne idée des organisations syndicales départementales d’avoir choisi cette ville pour la manifestation du 1er mai..
2 heures à travers rues et places de la cité, au son d’une batterie fanfare, sans doute plus de 1000 personnes. Toute manifestation est bien sûr l’occasion de retrouvailles, de rencontres, d’échanges sur l’actualité politique et syndicale, ici sur le formidable défi que doit relever dans la durée la nouvelle équipe de Gauche. Discussions avec les adjointes aux Finances et à la Culture, revu Marc Tison, l’ex-directeur du Bolegason, etc… parcouru les nombreux tracts distribués.
Pour ouvrir le cortège, les salariés de la SNP ( Société Nouvelle de Panification) basée à Couffouleux, usine menacée de fermeture le 30 juin par un groupe international belge.
Ils avaient retenu leur patron le 23 avril. La fermeture du site tarnais conduirait à la suppression de 53 postes dans le Tarn sans compter 9 autres employés qui s’occupent de la maintenance du site. Soulignons qu’en 2009 ce sont 2300 emplois industriels qui ont été détruits dans le Tarn.
De retour vers Castres, je n’ai pu m’empêcher de penser que les absents ont eu bien tort.
Graulhet. Monique Fauré présente son livre
Monique Fauré a choisi dans le livre qui sort ces jours-ci, de raconter pour honorer l’histoire des femmes qui furent les premières à s’insurger, l’histoire des grèves de 1910, au jour le jour, dans « le journal de Jeanne la corroyeuse ». Pour mener à bien ce récit, elle a plongé dans les archives, les articles de journaux, les documents, les témoignages d’enfants de l’époque. « J’ai retrouvé dans des journaux, des feuilletons qui ont accroché mon attention, et l’ont même retenue alors que je cherchais autre chose dans ces quotidiens. »Reconnaît Monique Fauré, chargée de la coordination de la commémoration de la grande grève des ouvrier mégissiers de 1909-1910. « Dans ce livre chronologique, jour après jour, sont associés les événements réels, replacés dans leur contexte politique, géographique, et l’évolution de Jeanne, personnage fictif qui peu à peu s’ouvre au monde et à la conscience politique » . Le journal démarre le 1er janvier 1910, le jour ou l’ouvrière voit dans les yeux de ses enfants en partance pour des familles d’accueil, loin des événements, des questions auxquelles elle va essayer de répondre en relatant ses journées et ses impressions sur un cahier.
«Mon objectif est de faire passer l’histoire, de montrer qu’une lutte, quelle qu’elle soit peut apporter bien plus que du pain ou des francs. » A force de recherche, M. Fauré aurait presque pu donner un nom, un domicile, un employeur à Jeanne. Mais l’intérêt est ailleurs.
« On s’aperçoit, un siècle plus tard, que la solidarité est toujours latente! »
La Dépêche du Midi du 3/03/2010
