Archives du 13 mai 2010

Au marché de l’école

La ghettoïsation scolaire ne cesse de s’aggraver

 Selon une étude publiée par le principal syndicat des chefs d’établissement ( le SNPDEN), l’assouplissement de la carte scolaire a fait reculer la mixité sociale dans les collèges et lycées. La suppression de la carte scolaire était l’une des grandes promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Elle devait rendre leur liberté confisquée(sic !) aux familles, en finir avec l’hypocrisie ambiante (re sic !) et enfin relancer  la mixité sociale ( re re sic !).

Je me souviens alors que même dans les rangs de la Gauche, au cours d’âpres discussions, certains osaient approuver cette réforme dont les conséquences étaient pourtant prévisibles..

2 ans et demi après, quelles sont les conséquence des premières mesures de «  dérégulation » ?

L’enquête menée dans 2758 établissements par le SNPDEN, majoritaire chez les chefs d’établissement, montre à l’évidence un tableau très inquiétant.

1)      Des collèges-ghettos encore plus ghettos  2)      Des établissements moyens déstabilisés 3)      Plus de fuites vers le privé

 1)      Des collèges-ghettos encore plus ghettos : sans surprise, les premières victimes sont les établissements les plus fragiles, ceux en ZEP ( zones prioritaires) et RAR ( réseau ambition réussite). Plus de la moitié d’entre eux ont observé une baisse du nombre d’élèves depuis 3 ans. Baisse qui dépasse dans 10 % des cas un quart des effectifs. Qui part ? «  Ceux qui sont un peu plus favorisés que les autres, souvent les meilleurs élèves » relève l’étude. Loin des promesses de mixité sociale, un tiers des établissements de ZEP constate ainsi une aggravation. Le collège s’enfonce dans la ghettoïsation, avec des élèves d’origine très modeste et de faible niveau. Cela devient rapidement ingérable.

2)      Des établissements moyens déstabilisés : pour le SNPDEN, c’est l’une des surprises de l’enquête : l’assouplissement de la carte scolaire  déstabilise des «  établissements moyens de ville moyenne » qui, jusqu’ici n’avaient aucun ou peu de problèmes. Auparavant, les parents ne se posaient pas de questions : «  S’il y a un choix, c’est donc qu’il y a des différences » pensent les parents. Philippe Tournier, secrétaire national du SNPDEN souligne : «  Il se met ainsi en place des mécanismes de transfert entre des établissements quasiment équivalents sur des critères purement subjectifs de représentation sociale ». Il suffit alors que des parents cadres décident d’inscrire leurs enfants plus loin pour que la spirale s’enclenche.

3)      Plus de fuites vers le privé : si l’établissement public supposé «  meilleur » est plein, les parents mécontents se tournent alors vers le privé. «  Chaque famille développe sa stratégie. La mise en concurrence entre établissements publics accentue sans conteste ce phénomène ».

Pour lutter contre cela, le SNPDEN estime que l’Etat devrait mettre des conditions pour financer le secteur privé sous contrat, et lui imposer des objectifs de mixité sociale. Le syndicat des chefs d’établissement, fort de cette étude, demande au ministre de l’éducation de rouvrir le dossier de la carte scolaire. Il prévient : «  Si on laisse faire les choses, dans 3 ou 4 ans, il sera trop tard » . 

A Castres, qu’en est-il de l’évolution des effectifs entre les collèges publics ?

Qu’en est-il des rapports entre le public et le privé ? Quelles sont dés aujourd’hui les conséquences à court et moyen terme de l’assouplissement de la carte scolaire ?

Autant de questions restées sans réponse comme si l’ensemble de ce dossier devait demeurer encore discret. A quand une grande enquête sur ce sujet qui ne concerne pas simplement les collèges et les lycées de notre ville mais aussi les écoles primaires  ( l’exemple concret de la situation de l’école primaire d’Aillot nous le montre ) ?

 N.B. Ce petit dossier a été réalisé avec l’aide des journaux : Le Monde, Libération, l’Humanité.