Depuis 20 ans « Là-bas, si j’y suis »
Publié dans i) Coups de projecteur (79), le 30/05/2010 à 19:10, par Philippe Guerineau« JE NE SERAIS PAS ARRIVE LA SI… »

Tel est le titre d’une rubrique régulière de l’hebdomadaire Le Monde Magazine. Cette semaine, Daniel Mermet, journaliste et producteur de l’émission quotidienne : « Là-bas si j’y suis » à écouter sur France Inter de 15h à 16h,répond à la phrase citée ci dessus.
« …SI LE 17 OCTOBRE 1961, JE N’AVAIS PAS ETE TEMOIN DE LA MORT D’UN MANIFESTANT SUR LE PONT SAINT-MICHEL, à Paris, lors du rassemblement organisé par le FLN. Il y a eu une charge, il a enjambé le pont, un garde mobile l’a vu et l’a massacré jusqu’à ce qu’il tombe dans l’eau. C’était mon pays, la police française qui butait des gens et après, l’occultation collective.(1)
C’est ça qui m’a poussé vers le journalisme. La ligne éditoriale de Là-bas si j’y suis trouve sa source dans cette histoire là ».
Daniel Mermet poursuit : « Mon autre influence, ce sont mes origines, je suis d’une famille de huit enfants de la banlieue très pauvre de Paris(…) Ma mère était très à gauche et catho, les gens des quartiers trouvaient dans le Parti et l’église des moyens de comprendre leur situation(…)On croyait à l’émancipation collective et individuelle ».
Le journaliste précise le rôle joué par sa sœur aînée dans l’évolution de sa prise de conscience. Puis ses études aux Arts Appliqués, son travail à France Inter, sa volonté de donner la parole « aux sans voix et à la France d’en bas comme on dit aujourd’hui ».
Il constate : « en 20 ans ,j’ai vu s’évanouir un certain esprit de lutte, de résistance, au fur et à mesure que l’insécurité sociale gagnait. La précarité mène à la servilité. On admet moralement aujourd’hui des choses qu’on n’aurait pas acceptées à des époques plus combatives. Désormais, on s ‘accommode »( Pas pour longtemps, ça reviendra ,ndb).
A la question posée : quelles sont vos plus grandes fiertés dans cette aventure radiophonique ? Réponse : « Le Rwanda. Pendant le génocide, avec un confrère de RFI, on a été les premiers à découvrir un charnier.Il y avait une gosse encore vivante qu’on a sortie de là. Elle s’appelle Valentine. Elle avait 13 ans.(…) Maintenant, je suis toujours en contact avec elle, elle vit à Philadelphie. On s’envoie des courriels tout le temps. Elle va bientôt se marier. »
En conclusion, Mermet souligne : « Journaliste et engagé, cela devrait être un pléonasme. Je ne vois pas comment un journaliste peut ne pas être engagé des lors qu’il est témoin de certaines choses. Comment rester impassible ?Je ne crois pas du tout à l’objectivité, je crois à une subjectivité assumée et exprimée ».
Je viens d’apprendre que l’émission Là-bas si j’y suis a fait l’objet d’une mise en garde par le CSA à cause d’un message de soutien d’une auditrice aux salariés de Sodimatex, diffusé le 5 avril. Le CSA n’a sans doute pas le temps de s’occuper de l’omniprésence de Sarkozy et de la Droite à la télévision et dans certaines radios…
Une petite équipe très dynamique, Will, Anna et les autres, anime un site : Là-bas dans le Tarn, espace démocratique , des rendez vous à ne pas manquer , etc..
Egalement, vous pouvez prendre connaissance de l’activité de « Café Repaire » actifs dans le département, notamment à Castres.
(1) Ma grand mère paternelle habitait rue Danton au-dessus du café Saint André des Arts à côté de la place Saint Michel. Nous lui rendions visite le dimanche. J’avais 11 ans et je me souviens des « scènes d’horreur » qu’elle nous a relatées. Il a fallu quelques années plus tard le livre de Jean-Luc Einaudi « Octobre 61, un massacre à Paris » pour que je comprenne ce que ma grand mère nous racontait alors : plusieurs dizaines de morts, pour beaucoup entassés dans la cour de la Préfecture de Paris ou jetés dans la Seine.
