Un S.C.O.T. confidentiel
Publié dans c) Vie municipale (86), le 02/06/2010 à 8:00, par Philippe GuerineauS.C.O.T., P.A.D.D., D.O.G., P.I.G., D.T.A., S.D.A.G.E., P.L.U., P.L.H., P.D.U., …
Rassurez-vous, ce n’est pas un code secret mais tous ces sigles apparaissent dans le projet de schéma de cohérence territoriale du Pays d’Autan ( S.C.O.T.). Bon d’accord, vous n’êtes pas obligé de les connaître, vous vous dites : « Je ne suis pas étudiant en géographie et aménagement du territoire Master 2 , j’ai d’autres préoccupations plus immédiates ». Vous avez tort, mais il est vrai, on ne fait rien pour vous aider à comprendre tant le sujet peut sembler complexe.
De 2 choses l’une, ou il ne s’agit que d’un travail d’experts pour quelques initiés et dans ce cas, quelle énergie dépensée en la matière ! ou il s’agit vraiment d’un schéma d’orientation pour les 20 prochaines années concernant le Sud Tarn et dans ce cas vous devriez être informé plus sérieusement et complètement, ce n’est pas le cas !
Reprenons dés le début : bien sûr, vous connaissez la commune, le canton, la région, un peu moins la Communauté d’Agglomération et on peut dire pas du tout « le Pays d’Autan ». C’est dommage. Quant au périmètre du S.C.O.T., sachez qu’il recouvre le territoire de 33 communes regroupées en 3 intercommunalités : la Communauté d’Agglomération de Castres- Mazamet, la Communauté de Communes du Sor et de l’Agout, la Communauté de communes de la Haute Vallée du Thoré, ainsi que les communes du Bout du Pont de l’Arn et de Saint-Salvy de la Balme, au total : 110 000 personnes dont « une population active » estimée à 41 769.
Un S.C.O.T. est avant tout un document d’urbanisme défini grâce à un diagnostic et des prévisions sur les évolutions d’un territoire, il cherche donc à tracer des orientations générales en terme d’aménagement du territoire et à déterminer les grands équilibres entre espaces urbains et espaces naturels ou agricoles.( Ouf !) Il cherche aussi et cela doit vous intéresser, à établir diverses politiques en matière d’habitat, de développement économique, de déplacements…
Le document du S.C.O.T. présenté au dernier Conseil municipal fait état d’ « un scénario de développement volontariste ( sic), à l’horizon 2030 ». Celui-ci prévoit une augmentation de population de l’ordre de 10 000 habitants ( en 20 ans, c’est pas beaucoup) et 4 000 emplois ( soit 200 emplois de plus par an, c’est vraiment très peu). Le scénario prévoit une augmentation de 9 000 logements pour l’accueil de la population nouvelle ou le desserrement de la population locale ( ?), ( il ne précise pas quel type de logement, il y a des limites au volontarisme) .
A noter que le S.C.O.T. d’Albi prévoit une augmentation de 25 000 habitants à la même échéance de même que pour le S.C.O.T. de Gaillac. Ces prévisions tiennent compte d’une possible autoroute, on voit donc que celle-ci si elle devait exister, ne modifie pas fondamentalement la donne.
A partir de ce S.C.O.T. peut s’établir un projet d’aménagement durable ( P.A.D.D.) et un document d’orientation générale (D.O.G.), ce dernier est important puisqu’il va préciser les conditions de mise en œuvre. Pour ne vous donner que quelques exemples :
de la protection des paysages à la mise en valeur des entrées de ville ( y a du boulot à Castres !), de l’équipement commercial et artisanal aux localisations préférentielles des commerces, de la cohérence entre l’urbanisation à la création de dessertes en transport collectif, de l’équilibre social de l’habitat à la construction de logements sociaux, etc…
Vous me direz : « Tout ça est bien joli mais concrètement , est ce que par exemple la ville de Castres doit tenir compte de ces préconisations ? » Oui mais… , oui car notre ville est bien sûr soumise aux prescriptions données par l’Etat, mais il faut attendre de voir si le plan local d’urbanisme ( P.L.U.) respecte ces préconisations. Jusqu’à maintenant à Castres et encore ces dernières années, certains projets ont été à l’encontre de ce qu’explique le S.C.O.T. aujourd’hui.
La loi prévoit dans sa grande sagesse que le document « très consistant » doit être soumis à enquête publique c’est à dire à l’avis de la population concernée ( ?). Par définition, nous sommes tous concernés. Alors, me direz-vous, comment découvrir le S.C.O.T. ?
Pas facile ! Des permanences bien discrètes se tiendront : par exemple, une s’est tenue lundi matin de 9h à 12h au siège de la Communauté d’Agglomération. Une autre se tiendra le mercredi 9 juin de 10h à 12h aux services techniques de la Ville de Castres. Allez, une autre encore, le lundi 5 juillet de 10h à 12h aux services techniques de la Ville de Castres.
Toutes celles et ceux qui travaillent sont donc exclus de cette « consultation ». De plus, l’amplitude horaire est pour le moins restreinte. Le S.C.O.T. quoi qu’on en dise, doit rester con-fi-den-tiel. Il n’était pourtant pas difficile d’organiser avec projection vidéo (les cartes sont souvent explicatives), quelques réunions publiques où chacune et chacun aurait pu poser des questions et demander des précisions. Et pourquoi pas, une soirée dans une grande salle de notre ville ( théâtre municipal, par exemple )?
Chacun comprend qu’il aurait été important que les habitants du Sud Tarn puissent mesurer les enjeux sociaux, économiques, écologiques.. Démocratie locale oblige. C’est une occasion manquée et c’est regrettable.