Archives du 7 juin 2010

Le petit homme face à l’apéro géant

«  Une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui va mal » en d’autres termes, une ville qui a peur de sa jeunesse est également une ville qui va mal.

 «  L’ORDRE ET L’APERO » (1)

  J’avoue qu’il y a d’autres sujets d’actualité ô combien plus importants que celui qui agite depuis plusieurs jours déjà la vie locale à savoir  faut-il ou non autoriser ce qu’il est convenu d’appeler un apéro géant ? 

J’avoue qu’à l’âge de 20 ans et les années suivantes, une génération savait se reconnaître et se retrouver dans des combats communs, pour la paix dans le monde  et en solidarité avec celles et ceux qui souffraient dans leur chair du manque de liberté.

 La lutte contre la guerre du Vietnam nous rassemblait par dizaines de milliers de même au cœur des problèmes internationaux nous manifestions entre autres, contre le coup d’état au Chili, contre la dictature des colonels en Grèce, pour la révolution des œillets au Portugal, en solidarité avec les condamnés à mort du franquisme, avec les dissidents qui apparaissaient chaque jour plus nombreux dans les pays du Pacte de Varsovie, avec les travailleurs immigrés de notre pays, etc…

Puisque je vous parlerai dans quelques jours du dernier film de Romain Goupil : «  Mains en l’air », on peut revoir avec intérêt le film qu’il réalisa alors : «  Mourir à 30 ans ».

J’avoue donc qu’à première vue et sans réfléchir l’apéro géant n’est pas directement mon truc,  pensant que dans une société, la nôtre, où règnent tant d’inégalités et d’injustices, où les jeunes sont les premiers à être victimes du système actuel, les motifs de rassemblement et donc de dire non ne manquent pas. Et pourtant…Si le sentiment d’appartenance à une même génération , si tout simplement être enfin reconnu sinon accepté, en un mot se sentir plus fort, passait par ce type d’initiatives ?

Claude Askolovitch, écrivait le 16 mai dans le Journal du Dimanche :  «  Mais est ce que je peux au moins boire un coup avec mes potes et même s’ils sont 10 000 à la fois, et même si je ne les connais que du web ? » Il ajoutait : « Cette peur du désordre qui saisit les grands, cette colère politicienne de grand’mère, (…) cette mobilisation ministérielle et derrière cette société calfeutrée pour laquelle Internet est un fluide du diable ».

En effet, mais nul n’a encore  stigmatisé les night-clubs ou les ferias ( ah ! les ferias, de Bayonne à Béziers en passant par Nîmes…)

En un mot, ce qui semble terrifier les édiles locales, en ce qui concerne les apéros, c’est qu’ils échappent à tout contrôle.

Pensez donc s’il ne suffisait que de boire (l’alcool n’est pas obligatoire), mais cette jeunesse pourrait se sentir plus forte car consciente de leur nombre. Alors se réapproprier la rue, les places et la fête…trop, c’est trop !

Tout avait pourtant bien commencé à Castres (La Dépêche du Midi du 5 juin) : un jeune homme que je ne connais pas, prend publiquement une initiative, fait preuve de beaucoup de responsabilité, prévoit tout ce qu’il faut prévoir pour assurer la sécurité, il va vite découvrir que tout est mis en place pour accumuler les contraintes. Ah, bien sûr, ce n’est pas une interdiction, c’est simplement tout faire pour que le rassemblement n’ait pas lieu ( vous saisissez la nuance). Attitude aussi franche qu’un âne qui recule, attention, je n’ai pas dit que le premier magistrat est un âne, pas de polémique inutile mais l’attitude adoptée en l’occurrence  est bien celle de cet animal.

Parions que dans ces conditions d’autres appels à apéro géant auront lieu et ceux ci n’afficheront pas une volonté de co-organisation avec les pouvoirs publics locaux.

J’ai cru comprendre qu’un accord avait été trouvé à Gaillac pour que «  l’apéro géant » se passe dans les meilleures conditions.

Nul ne minimise le problème de sécurité, celui-ci doit être traité avec beaucoup de sérieux mais pourquoi ce qui serait possible (alcool compris) pour la fête de la musique ou le 14 juillet ne serait pas possible un autre jour ?

Malheureusement pour notre ville, les 20 ans et plus savent qu’ils doivent aller à Albi voire à Toulouse pour découvrir et aimer des activités de leur âge.

Castres nous dit-on sent de plus en plus le renfermé, ouvrons vite les fenêtres !

«  Mais laissons ce petit homme à ses petites craintes » Stendhal

(1)  Claude Askolovitch