Si être populiste, c’est…
Publié dans l) Le dessous des cartes (59), le 21/06/2010 à 7:33, par Philippe GuerineauAu choix : comme un parfum d’Ancien régime…
… ou le poisson pourrit toujours par la tête
Fin de dimanche après-midi morose, bien sûr la météo porte une part de responsabilité , pluie, vent, froid, le compte est bon. La lecture de l’Equipe depuis quelques jours n’arrange pas les choses. Vendredi en grand titre, 1ère page « Casse-toi, pauvr’con ». Ah non, je confonds ! Ce matin, nouveau titre : « Le traître est parmi nous ». A 17h, dernière info, refus d’entraînement des joueurs pour protester contre l’expulsion de Nicolas Anelka. Vous avez dit valeur éducative du sport ? Qu’expliquer à mes élèves (une section football existe dans mon collège) dés lundi matin ?
Je me souviens d’une rubrique dans le dernier mensuel Capital, paru début juin qui titrait : « Les Bleus méritent-ils leurs supersalaires ? » Au cœur de l’article, hôtels de luxe, primes plantureuses, sponsors généreux…
Autre titre : « Pour les consultants télé, ce sera le jackpot ». Sans parler des « sites de paris en ligne qui vont rafler la mise ». Populisme ?
Couverture de deux hebdos cette semaine : le Nouvel Observateur « Les privilèges de la République » – Avantages en nature des ministres- Retraites des parlementaires- Logements de fonctions- Rémunérations des élus-
Marianne « Les sans-gêne de la République » – Logements- Cumul et revenus-Notes de frais- Retraites- Voyages- Passe-droits… Populisme ?
Le mot revient souvent de nos jours. Il a perdu depuis longtemps sa signification première « Ecole littéraire qui cherche dans les romans à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple. »
Aujourd’hui, le terme populisme est en général utilisé dans un sens péjoratif par les dirigeants politiques, grands médias, Medef, etc…Le terme populisme est dénoncé par ces derniers pour combattre tous les archaïsmes présents , disent-ils, au sein du peuple.
Le terme populisme est aussi fréquemment associé à celui de démagogie quand ce n’est pas celui de xénophobie.
Donc dénoncer aujourd’hui les inégalités sociales, une réforme des retraites qui se refuse à taxer les hauts revenus, le bouclier fiscal, l’argent roi, hier le Non au référendum pour la Constitution européenne, c’est être taxé de populiste.
Cette stigmatisation du peuple de la part des « élites » renvoie à un mépris de celui-ci qui le ressent d’ailleurs comme tel. De plus, je ne crois pas que ce terme soit compris : « moi, populiste ? et alors ? »
En outre, je pense que son emploi fréquent à tort et à travers sert l’extrême droite.
Comme l’écrit Pierre Marcelle dans Libération en date du 18 juin, « Ni les cigares ni les impôts de Christian Blanc ne font sourire, ni les hôtels de Rama Yade , ni les émoluments de Boutin, ni les permis de construire de Joyandet, et non plus Alliot-Marie, Garde des Sceaux, cumularde, bafouillant la loi qu’elle est censée dire. Ils donnent envie de couper des têtes. Et si c’est être populiste que de le professer, eh bien, j’en suis. » J’en suis, également.
Pour vous remonter le moral ( façon d’écrire), prenez le temps de lire deux dossiers parus sur le site Médiapart ( campagne de promotion à 1 €) :
- le premier « La piste politico-financière susceptible d’expliquer l’attentat commis à Karachi en mai 2002 ».
- le deuxième ( je vous en ferai un résumé un peu plus tard), concerne « Liliane Bettencourt, la première fortune de France ».Pièce en 4 actes, acte 1 : les interférences de l’Elysée, acte II : les relations avec Eric et Florence Woerth, acte III : les comptes suisses secrets, acte IV : la succession de Liliane Bettencourt.
Oui tout cela se passe sous le règne de Sarkozy 1er . Plusieurs députés PS ainsi qu’Eva Joly ont demandé la démission du ministre Woerth, cette dernière exigeant le remplacement des procureurs de Nanterre et de Paris .