Le 10 juillet…1940

Vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940.

 

Au détour d’un échange avec M.Olivier que vous avez pu lire dans ce blog au sujet de l’équipe de France de football, Bernard Carayon, député de la 4ème circonscription du Tarn s’invite dans la discussion avec le sens de la nuance que chacun lui reconnaît : « M.Guerineau a vraiment un problème avec le patriotisme…Il faut dire qu’entre l’ héritage de la chambre du front popu. qui vote les pleins pouvoirs à Pétain et ses amis internationalistes qui préféraient être « rouges que morts »!!!! »

Le sujet est trop sérieux pour s’adonner à la moindre polémique ou instrumentalisation politicienne.

Tournons nous nous donc vers les historiens. Pour Eric Conan et Henry Rousso «  Vichy, un passé qui ne passe pas » ( Editions Fayard, 1994), il est inexact de soutenir que ce serait : «  La Chambre du Front populaire » qui aurait accordé les « pleins pouvoirs » à Pétain en raison d’une part, de l’évolution politique advenue depuis 1936 et d’autre part, de la présence des sénateurs ( 212 Pour sur les 235 votants) et enfin de l’absence de nombreux parlementaires (17 parlementaires décédés et un grand nombre se trouvant, à cause de la guerre, dans l’impossibilité de rejoindre Vichy ou ne souhaitant pas s’y rendre).

Ils écrivent notamment :

« [...] il faut rejeter le slogan selon lequel c’est « la chambre du Front populaire » qui a sabordé la République, cliché véhiculé depuis longtemps par l’extrême-droite pour dédouaner le régime pétainiste et repris récemment par ceux qui affirment que les crimes de Vichy doivent être assumés par la République, celle-ci ayant eu sa part dans l’avènement du nouveau régime. Cette assertion, souvent répétée au cours des polémiques de 1992, est inexacte (même si elle recèle une part de vérité dans la mesure où il n’y eut pas d’élection législative entre le 5 mai 1936 et le 10 juillet 1940). Elle sous-estime d’abord l’évolution politique entre 1936 et 1940, la fragilité de la coalition des radicaux, des socialistes et des communistes ou encore les fractures engendrées en 1938 par la crise de Munich. Surtout, elle fait fi de la présence, au Casino de Vichy, de 245 sénateurs qui, pour le moins, n’avaient guère été favorables, dans leur immense majorité, au Front populaire, puisque c’est le Sénat qui avait fait chuter le premier gouvernement Blum. Ensuite, il faut rappeler que, sur un effectif de 907 députés et sénateurs en 1939, seul 670 étaient présents à Vichy[] [...] »

Jean-Pierre Azéma dans son livre «  De Munich à la Libération, 1938-1944 » écrit : «  On affirme régulièrement que la République a été bradée par la Chambre du Front populaire. Il faut apporter deux correctifs à cette assertion le plus souvent malveillante tout comme les parlementaires du Massilia( 26 députés et 1 sénateur), les députés communistes étaient absents parce qu’exclus de l’Assemblée( 60 députés et 1 sénateur) ».

Nous avons grâce au livre d’Anny Malroux, fille du député SFIO du Tarn, Augustin Malroux qui vota contre,  un témoignage précis des journées des 9 et 10 juillet concernant le chantage, les pressions, les menaces exercées sur les députés. « Il y a des hommes à Doriot dans toutes les rues. Le bruit court que ceux qui voteront contre Pétain ne sortiront pas indemnes d’ici. » François Camel, député de l’Ariège écrit : «  Le chantage, l’abominable chantage, enveloppait chacun de nous. C’étaient des bruits de menaces, de toutes sortes de menaces qui rôdaient ».

Jean-Pierre Azéma dans son ouvrage fait référence à Léon Blum ( déposition au procès Pétain) qui a évoqué l’hébétude , la résignation, « la peur  des bandes de Doriot dans la rue , la peur des soldats de Weygand à Clermont, la peur des Allemands qui étaient à Moulins ».

Parmi les 80 qui ont pris devant tout le monde ( le vote n’était pas secret) le bulletin bleu sur lequel était inscrit Non, la très grande majorité n’appartenait pas à la Droite : 12 députés radicaux-socialistes, 14 sénateurs de la Gauche démocratique, 36 députés ou sénateurs socialistes. Sur ces 80, 31 seront incarcérés ou placés en résidence surveillée, 10 d’entre eux seront déportés, 5 en moururent dont Augustin Malroux dont je vous parlerai longuement la semaine prochaine.

Le 10 juillet 1940, Augustin Maroux écrit une lettre à sa femme et à ses deux filles :

« Ma chère femme, mes chers enfants,

Ceci est mon testament politique. Je veux que plus tard vous sachiez qu’en des heures tragiques  votre « Papa » n’a pas eu peur de ses responsabilités et n’a pas voulu – quelles que soient ses craintes- être parjure à tout ce qu’il a appris puis enseigné dans sa vie.

J’ai été élevé dans l’amour de la République. Aujourd’hui, on prétend la crucifier. Je ne m’associe pas à ce geste assassin. Je reste un «  protestataire ». J’espère le rester toute ma vie pour  être digne de ceux qui m’ont précédé et ne pas vous faire rougir.

Je vous embrasse très affectueusement.              Papa »

 

Augustin Malroux sera arrêté le 2 mars 1943 à Paris, déporté en Allemagne, il mourra à l’âge de 45 ns le 10 avril 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen.

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