Ce soir, à la télé… et l’édito de J-C Guillebaud
Publié dans g) Situation politique (24), le 12/07/2010 à 18:46, par Philippe GuerineauEn un rapprochement hasardeux, je vous l’accorde, se télescopent dans la programmation télé, un film de piètre qualité avec dans le rôle principal Sarkozy, le bonimenteur bien servi sans doute par son faire-valoir attitré (France 2) et l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma : « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford (Arte).
Au vu de l’actualité récente, scandales divers, intérêts financiers, attaques contre la presse, il y a pourtant de sacrés points communs entre les deux films mais bien évidemment toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait totalement fortuite.
A vous de les découvrir. Pour vous y aider, je vous propose de lire le synopsis du film de John Ford (source Wikipedia) :
En 1910, le sénateur Stoddard et sa femme Hallie, un couple âgé, reviennent à Shinbone, dans l’Ouest, pour l’enterrement de Tom Doniphon. Le journaliste local, intrigué par la présence d’un sénateur venu assister à l’enterrement d’un cow-boy inconnu, presse Stoddard de s’expliquer. Stoddard, d’abord réticent, finit par accepter. Il évoque l’époque où fraîchement diplômé en droit, il débarqua avec l’idéal d’apporter la légalité dans l’Ouest.
Peu avant son arrivée à Shinbone, la diligence est attaquée par une bande de hors-la-loi. Stoddard est dévalisé et frappé par leur chef qui le laisse pour mort. Tom Doniphon le trouve, lui apprend le nom de son agresseur : Liberty Valance, un bandit de notoriété publique, et le dépose dans le restaurant de Hallie (sa fiancée) et de ses parents. Stoddard, encore faible, parle de faire arrêter Valance, ce qui provoque les sarcasmes de Doniphon. à Shinbone, c’est la loi des armes qui prévaut. Stoddard n’obtient pas plus le soutien du shérif, couard notable.
En échange de son travail au restaurant, il est logé par Hallie. Lorsque Valance le provoque, c’est Doniphon aidé de Pompey qui le défendent, lui prouvant par là que seul le revolver peut protéger un homme. Stoddard refuse pourtant de renoncer à la voie légale. Il enseigne la lecture et l’écriture, donne des rudiments d’éducation civique aux enfants et s’entraîne secrètement au revolver. Stoddard est devenu l’ami de Peabody, le journaliste de Shinbone, qui dénonce la volonté des grands propriétaires de bétail de maintenir le Colorado en parcours ouvert, ce qui empêche le développement de la ville. Les grands propriétaires ont de plus engagé Liberty Valance, qui n’hésite pas à s’attaquer aux fermiers isolés pour servir leurs intérêts. La solution serait de faire entrer le Colorado dans l’Union et, justement, l’élection des représentants pour la Convention va avoir lieu. Le jour de l’élection, Doniphon refuse d’être candidat et, malgré les tentatives d’intimidation de Valance, ce sont Peabody et Stoddard qui sont élus aux dépens de Valance. Ce dernier, furieux, somme Stoddard de quitter la ville ou de l’affronter en duel le soir même.
Peabody, qui vient de rédiger un article sur la défaite de Valance, est fouetté rudement par le bandit, non sans avoir défendu (vaillamment et verbalement) la liberté de la presse. Stoddard, pour qui trop c’est trop, refuse de quitter la ville comme tous l’y engagent. Il prend son arme et sort dans la rue pour attendre Valance. Ce dernier sort et, après un tir d’intimidation, blesse Stoddard au bras. Stoddard ramasse l’arme de la main gauche pendant que Valance le met en joue. Les deux hommes tirent en même temps et Valance s’écroule, mort. Stoddard retourne vers Hallie qui le soigne. Doniphon, voyant la scène, pense avoir perdu Hallie et brûle la maison qu’il bâtissait pour le mariage.
Peabody et Stoddard se rendent à la convention où l’homme qui a tué Liberty Valance est perçu comme un héros. Peabody le propose comme candidat pour représenter le parti pro-Union à Washington, mais Stoddard, écœuré, s’apprête à retourner dans l’est. Doniphon l’arrête alors, lui révélant qu’en réalité, c’est lui-même qui a tiré sur Valance et l’a tué au moment de l’échange de coups de feu. Stoddard retourne pour se faire élire.
Les journalistes qui écoutent son récit décident de ne point faire paraître l’article. Ainsi, l’histoire véritable de Tom Doniphon reste cachée pour toujours, car la légende doit survivre.
Bonne soirée !

Lu dans le Quotidien Sud-Ouest, l’édito de Jean-Claude Guillebaud (le 11 juillet) :
Un climat crépusculaire
Effarement ? Dégoût ? Tristesse ? Colère ? On ne sait quel mot choisir. Ce n’est plus seulement Nicolas Sarkozy qui s’abîme aujourd’hui dans le feuilleton des affaires, c’est l’État lui-même, la morale publique, les grandes institutions. Nous baignons dans une atmosphère crépusculaire, étouffons dans un climat puant. Et nul ne peut dire sur quoi tout cela débouchera. Oh, certes, ce n’est pas la première fois que les « affaires » défigurent la République. Vérification faite dans mes archives, j’avais consacré pas moins de vingt « Paris-Province » aux divers scandales du deuxième septennat de François Mitterrand (Pelat, Tapie, Société générale, etc.). Ces chroniques n’étaient ni tendres ni joyeuses.
Il n’empêche ! Jamais, à aucun moment, l’État n’avait donné l’impression de se déliter aussi vite qu’aujourd’hui. En témoigne la panique qui s’est visiblement emparée du sommet de l’État. Pression policière sur l’ex-comptable, fuites organisées, instrumentalisation d’une partie de la magistrature, mobilisation comparable de l’administration fiscale, attaques insensées contre le site Mediapart, etc. Tout cela est absurde, totalement absurde. Pour ne reprendre que le dernier point, les « éléments de langage » mis au point à l’Élysée ont transformé les leaders de la majorité en « aboyeurs ».
C’est non seulement indigne mais c’est idiot. Attaquer notre confrère Edwy Plenel et sa rédaction en les traitant de « fascistes » a déjà eu pour effet de mobiliser l’ensemble des médias, droite et gauche confondues, qui s’indignent de diffamations aussi « énaurmes » venues d’en haut. Même les éditorialistes qui n’avaient pas de sympathie particulière pour l’ancien directeur de la rédaction du « Monde » se retrouvent aujourd’hui à ses côtés. Et qu’on ne parle pas de « corporatisme ». Un réflexe identique mobilise les chercheurs, sociologues ou spécialistes des médias qui, comme le courtois Dominique Wolton, n’en reviennent pas. On s’alarme à bon droit, en effet, quand des responsables en viennent à s’exprimer comme des mafiosi réglant des comptes.
Ce n’est pas tout. J’ai épluché avec attention le dossier publié jeudi par notre excellent confrère « Courrier international ». C’est peu de dire que cet ensemble d’articles est humiliant pour les citoyens que nous sommes. Un peu partout sur la planète, en effet, la presse se gausse – avec une violence incroyable – des dérapages répétés du sarkozysme. Les éditorialistes italiens se moquent d’un « pouvoir désinvolte » et d’un « feuilleton digne d’une pièce de Feydeau » ; le quotidien espagnol « El Pais » ironise sur le glissement qui aura conduit Sarkozy « de la Roleix à la pénitence » ; l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » sourit de l’aménagement d’un coûteux Airbus présidentiel (176 millions d’euros), digne « d’un riche Russe ou d’un émir du pétrole » ; le quotidien suisse « Neue Zürcher Zeitung » dénonce roidement la Sarkozie et ses ministres « sans foi ni loi ». Ni les Chinois, ni les Russes, ni les Africains ne sont en reste.
Quant au prestigieux magazine américain « Vanity Fair » (cité par « Le Monde » du 7 juillet), il va plus loin encore. « Comme Nixon pendant le Watergate, Sarkozy risque de mourir à petit feu », écrit l’éditorialiste Julia Sancton, « et il tente de minimiser les dégâts. Et comme ils l’ont fait pendant le Watergate, les hommes politiques les plus puissants, ceux qui étaient au cœur du scandale, sont restés à leur poste alors que leurs collaborateurs ont été jetés par-dessus bord comme du ballast. Et comme lors du Watergate, je présume que les révélations vont se poursuivre ». Attendons-nous, en effet, à ce qu’on parle encore et encore d’argent liquide, d’enveloppes occultes, de passe-droits supposés et de soupçons troublants. Et cela alors même que la rigueur s’abat comme un orage de grêle sur les salariés et sur les plus pauvres. On célébrait récemment le 18 Juin. Reviens de Gaulle, ils sont devenus fous !