Nous pleurons Isayade
Publié dans h) Coups de coeur (66), le 19/07/2010 à 9:45, par Philippe Guerineau
A tous mes amis Mahorais
Cher petit Isayade
Je ne te connaissais pas, peut-être ai-je rencontré ton père ou ta mère, anciens élèves, sans doute ai-je échangé quelques paroles avec tes cousins ou cousines . Ta famille est venue d’une île lointaine de l’Océan Indien au nord ouest de Madagascar, l’île de Mayotte.
Pourquoi il y a déjà plus de 15 ans certains d’entre vous ont quitté l’archipel des Comores pour venir d’abord à Toulouse puis à Castres ? J’ai appris à vous connaître d’abord comme adjoint à la culture par le biais d’une association culturelle que vous aviez créée notamment dans le quartier Laden Petit Train puis comme enseignant.
A chaque rentrée scolaire, dans chacune de mes classes, vous êtes 4 ou 5, jeunes filles, jeunes gens très attachants. Je vous revois quelques années plus tard m’informant de ce que vous faites, exprimant vos espoirs …mais aussi vos difficultés d’être pleinement reconnus comme citoyens français …que vous êtes.
Isayade ne sera pas scolarisé , il ne jouera plus dans les espaces verts ou moins verts de notre ville. Isayade, jeune garçon de 3 ans s’est noyé samedi dans le plan d’eau de la Borde Basse à côté de l’aire de pique-nique. (Voir La Dépêche du Midi, dimanche 18 juillet).
Je partage la douleur de toute la famille et disons le, de toute « la communauté ». Je pense à mes élèves de l’année scolaire écoulée Amel, Aboubacar, Liaoutha, Habiba, Joziane, Zaïna, etc…qui sont dans la peine.
Peu d’habitants de notre ville savent d’où vous venez, quelles sont vos joies et vos souffrances, que vous êtes français, que Mayotte sera en 2011 Département d’Outre-mer de la République française, 5ème Département d’Outre-mer avec 186 000 habitants dont 60 % ont moins de 25 ans.
Chacun peut imaginer facilement malgré la misère qui perdure dans l’île qu’il n’est pas facile un jour brutalement de venir dans ce sud tarnais , comment avez vous été accueilli ? L’école publique a répondu présent, mais dans notre bonne ville de Castres, avez vous été simplement regardé, considéré comme des Castrais à part entière ?
La mort insupportable du petit Isayade ne s’oubliera pas, croyez le, sachez que nous sommes nombreux à vos côtés pour partager ces moments difficiles. Je vous embrasse tous bien fort.
