Un boulevard pour Albi, Castres dans l’impasse
Publié dans l) Le dessous des cartes (59), le 01/09/2010 à 6:00, par Philippe Guerineau
Un an avant que la cité épiscopale d’Albi soit inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO (la cathédrale Sainte Cécile, le Palais de la Berbie, l’église Saint Salvi et son cloître, le Pont Vieux, les berges du Tarn, etc…) le Maire de Castres prenait la décision de dissoudre le réseau de villes ALBI-CASTRES-MAZAMET. Quelle inconséquence !
Si je choisis en cette rentrée de réouvrir ce blog sur ce dossier, c’est bien que celui-ci symbolise ô combien ! la situation dans laquelle se trouve notre ville dont le manque de vision, l’appauvrissement culturel, en un mot « l’enclavement de l’esprit » tiennent lieu de politique.
Combien de fois avons nous répété que l’absence d’ambition revendiquée d’ailleurs par le maire, P.Bugis qui se contente d’entretenir sa petite soupe électorale dans sa petite gamelle sécuritaire, est préjudiciable au développement de Castres. Tout un programme : la disparition du réseau de villes !
Revenons en quelques mots sur l’historique de celui-ci.
Conseil municipal à Castres en date du 21 janvier 1999 : à son ordre du jour, la naissance du réseau de villes Albi-Castres-Mazamet en présence de Philippe Bonnecarrère, maire d’Albi et de Michel Bourguignon, maire de Mazamet. Fait sans précédent et jamais reconduit. Acte fondateur du réseau de villes dont les objectifs affichés étaient entre autres de :
- pérenniser et développer les échanges d’information et la coopération entre les villes
- organiser des complémentairement pour enrichir l’offre des services et d’équipements
- développer les solidarités
- renforcer l’attractivité et la compétitivité des pôles urbains
- mettre en cohérence les initiatives ,
- stimuler et initier des expérimentations et des projets innovants et communs
- etc…
Il est rajouté dans la délibération que l’association est chargée d’organiser ses réflexions et ses actions notamment dans les domaines du tourisme, de la culture, des loisirs et du sport.
Ce long travail avait commencé à l’initiative du Maire de Castres d’alors, Arnaud Mandement, à travers une lettre datée de 1997 adressée au Préfet de Région en vue du Comité interministériel sur l’aménagement et du développement du territoire( C.I.A.D.T) .
Un Maire de Gauche, deux Maires de Droite, ce n’est pas banal et malgré quelques grincements de dents, les projets allaient se succéder, élaborés dans des rapports de confiance et au service du développement des trois villes.
Membre du bureau de l’association comme maire-adjoint de Castres chargé de la Culture, je me souviens de la sortie d’un journal commun entre les trois scènes culturelles ( l’Athanor d’Albi, l’Apollo de Mazamet et la scène culturelle de Castres). Chacun avait bien compris que l’avenir n’était pas dans la concurrence entre les villes mais au contraire dans l’affirmation de leur complémentarité bien comprise.
P.Bugis au cours de son 1er mandat, par caprice et dans l’incapacité de travailler avec le Maire d’Albi, mit en sommeil la structure. Elle disparut officiellement en mars 2009, je participais à une dernière assemblée générale. Malgré quelques brèves interventions de l’opposition, jamais aucune question ne fut posée sur le pourquoi d’une telle disparition. Nous en mesurons les tristes pour ne pas dire tragiques conséquences aujourd’hui. Le Maire de Castres de l‘époque avait compris ( il faut dire qu’un enfant l’aurait compris également mais assurément pas P.Bugis) que Castres se trouvait sur la route entre Albi et Carcassonne ( 2 sites aujourd’hui classés au patrimoine mondial de l’UNESCO), et que la sous préfecture devait s’inscrire au plus vite dans une dynamique touristique et culturelle .
L’outil est cassé .Quel gâchis aujourd’hui et d’ailleurs dans tous les domaines ! Un soi-disant festival d’été sans queue ni tête dont la fonction bien misérable est de faire concurrence au festival Pause Guitare d’Albi. Il est vrai que P.Bugis déclarait récemment qu’il se « moquait du regard des autres sur la ville de Castres ».
Comment retisser les liens rompus ? Je suppose que la question lui sera posée alors que le Maire d’Albi annonce des Etats généraux dès cet automne. Castres souffre d’un problème voulu non d’un soi-disant enclavement routier mais « d’un enclavement de l’esprit » à tous les niveaux. Ah ! j’oubliais ! Les seules annonces concernant notre ville depuis des années sont celles de « dérives portant atteinte aux libertés ».
J’ai été sensible aux propos du Maire d’Albi présentant sa ville en compagnie du Maire d’Abomey ( Mali) et expliquant que la candidature de sa ville s’inscrivait dans une logique de coopération internationale et de défense des valeurs universelles. Il devrait tenter, je sais la tâche est difficile, de parler de tout cela avec son collègue de Castres.
L’opposition de Gauche de la cité albigeoise est attentive à ce que la fracture urbaine ne s’accentue pas dans la préfecture, elle a raison.
Castres à l’écart, Castres repliée sur elle-même, Castres bien souvent stigmatisée par la presse nationale, non ce n’est pas un mauvais rêve, c’est malheureusement la triste réalité et un sévère constat. Il est grand temps que la municipalité actuelle en prenne conscience avant qu’il ne soit trop tard. Il est déjà trop tard ! Un miracle peut être : reconnaître que ce fut une erreur de faire disparaître le réseau de villes et pourquoi pas d’avancer quelques propositions pour être acteur et non simplement spectateur de la dynamique touristique et culturelle annoncée pour la ville d’Albi .