Archives du 2 septembre 2010

Ghettos urbains à Castres

Conseil de lecture à quelques autruches et à leurs affidés …

 

Prendre connaissance au plus vite du livre de Didier Lapeyronnie, professeur de sociologie à l’université Paris IV Sorbonne et membre du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) :  Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui.( Ed. Robert Laffont). C’est le résultat d’une enquête conduite pendant 5 ans dans un quartier relégué d’une ville de province. Cette enquête aurait pu se dérouler à Castres tant des « zones de relégation » existent et que rien ou si peu est fait pour y remédier.

Pour le sociologue, les phénomènes de repli s’aggravent avec une tendance à la ghettoïsation. Celui-ci a répondu très récemment à quelques questions dans le n° hors Série Le Monde : «  Où va la France ? »

Didier Lapeyronnie indique que bien sûr il existe des différences entre les quartiers sensibles  selon les niveaux de richesse et de pauvreté, selon les configurations urbaines et les politiques locales, néanmoins force est de constater qu’apparaissent 3 tendances de fond liées entre elles. La 1ère , c’est l’importance des difficultés quotidiennes pour les habitants touchés par le chômage et la misère. La 2ème , c‘est l’écart croissant entre les zones urbaines avec une tendance à la ghettoïsation et la fermeture de certains quartiers où se mettent en place des formes de contre-société. La 3ème , c’est la dégradation continuelle de la situation des femmes.

A la question posée : «  Percevez vous encore de l’espoir ? » le sociologue répond : «  Il y a 30 ans, le chômage était perçu comme un cataclysme mais les habitants étaient portés par un réel espoir, incarné par les marches de l’égalité. Aujourd’hui, le chômage a doublé et je perçois une défiance extrême. Je croise des gamins de 13 ou 14 ans qui ont profondément intériorisé leur destin social, leur absence d’avenir… »

Didier Lapeyronnie ajoute : «  Je vois aussi combien l’islam est devenu structurant dans la vie quotidienne. Lorsque nous enquêtions avec Francois Dubet en 1987, il y avait encore une forme d’optimisme social et politique. Jamais, dans nos pires scénarios, nous n’avions imaginé qu’une telle évolution pourrait avoir lieu… »

A méditer sérieusement.

Quand le sociologue affirme : «  Nous vivons dans une société archipel. Les distances sociales, ethniques, sexuelles, normatives s’accroissent . Au point que les gens ont du mal à savoir ce qu’ils ont en commun(…) Aujourd’hui, qu’est ce qui fait société ? L’école ? Elle est très affaiblie et est devenue une gigantesque machine à trier voire à humilier si on se place du point de vue des –jeunes des quartiers-.La politique ? L’abstention montre que la fracture politique est monumentale et qu’une grande partie des habitants n’ont pas le sentiment d’être vraiment des citoyens. La ville ? (…) Nous sommes dans une société du lotissement,  une société de l’entre-soi et de la mise à distance, de l’émiettement, pas de la rencontre(…) ce vide politique, ce sentiment de distance, donnent aux habitants des quartiers l’impression de vivre sur des îles abandonnées. »

De très nombreux maires, quelle que soit d’ailleurs souvent leur préférence politique , combattent au quotidien ces dérives inacceptables. A Castres comme nous pouvons malheureusement le constater, tout est fait au contraire pour accentuer un peu plus ces dérives. Une telle politique locale d’ absence de développement du lien social et du « vivre ensemble »  et une stigmatisation répétitive envers certains quartiers sensibles sont dangereuses pour l’avenir de notre ville comme vient récemment de le révéler un dossier paru dans l’hebdomadaire Marianne. Il serait grand temps d’en prendre conscience …