Archives de mars 2011

Paroles de commerçants castrais…

De notre envoyée spéciale, Géraldine Rouquette, conseillère municipale et …grand reporter 

Quand on est un élu d’opposition à Castres et que l’on veut s’informer, il faut parfois avoir le culot (ou le courage) de s’inviter à des réunions auxquelles on n’a pas été convié et où l’on n’est pas forcément le bienvenu.

C’est ainsi que le mardi 22 mars, 3 élus du groupe CAGV (Castres A Gauche Vraiment), André Martinez, Robert Gourjade et moi-même, nous nous sommes rendus à la C.C.I. pour assister à la rencontre entre les représentants de la majorité municipale (les groupes d’opposition n’avaient pas été informés de cette réunion) et les commerçants du centre-ville. Il faudrait d’ailleurs plutôt écrire entre Pascal Bugis et les commerçants tant les autres élus ont brillé soit par leur silence soit par leur absence ( ce fut notamment le cas des deux élus en charge des liens avec les commerçants ).

Le moins que l’on puisse dire c’est que le maire de Castres n’est pas sorti vainqueur du petit jeu des questions- réponses destiné à apaiser les craintes et à canaliser la colère des commerçants de la place de l’Albinque et du marché couvert. Cette réunion a mis en évidence ce que nous ressentions déjà depuis un certain temps, un fossé ce creuse entre la municipalité UMP qui dirige la ville et les acteurs de l’économie locale que sont les commerçants.

Nous étions intervenus lorsque le maire avait donné le marché des livres scolaires à l’ « Espace culturel » Leclerc et les réactions avaient été nombreuses. Aujourd’hui, c’est plus largement le commerce de proximité autour du quartier de l’Albinque, qui est menacé par l’implantation du nouveau centre commercial du même groupe, dans un quartier dont l’activité économique sera déjà fragilisée par les travaux de rénovation de la place.

Les questions entendues lors de cette réunion témoignent du malaise profond qui gagne les commerçants du centre-ville : 

« Le centre-ville est désert. La municipalité s’en aperçoit-elle ? Les travaux vont aggraver les choses. Quelles solutions proposez-vous ? Allez-vous proposer des places de stationnement gratuites ? » 

Réponse du maire : « Le stationnement payant est pour l’automobiliste la garantie de trouver des places. Avant le stationnement payant, le centre-ville était gangrené par des voitures ventouses. Les commerçants se garaient devant leurs magasins… ». Signalons au passage que les amoureux de la langue française auront eu ce soir-là la surprise d’entendre dans la bouche du 1er magistrat de la ville le barbarisme « se stationner » à plusieurs reprises lorsqu’il fut question des aménagements de la place de l’Albinque. 

La réponse du maire à la question posée sur la « double peine que constitue l’implantation de l’hypermarché Leclerc en même temps que les travaux de la halle et de la place de l’Albinque » par une commerçante ayant déclaré que les seuls interlocuteurs de la mairie qu’elle voyait étaient les placiers, témoigne du mépris et de l’arrogance dont peut faire preuve Pascal Bugis lorsqu’on ne partage pas son avis : « le Leclerc n’est pas encore ouvert, vos arguments relèvent du procès d’intention. Au lieu de discuter avec les placiers, venez rencontrer les élus ».

Réponse de la salle : « Les élus on ne les voit jamais ! ». La réponse de P. Bugis est lourde de sens: « Vous ne les connaissez pas ! ».

Il a aussi déclaré : « Je vais rencontrer bientôt les commerçants du marché couvert » (la concertation aurait pu avoir lieu avant!!! Il a en outre expliqué que les entreprises n’étaient pas choisies mais a refusé que les commerçants puissent être associés aux discussions sur l’organisation des travaux).  

Nombreuses protestations concernant le déplacement du marché de la place Jean Jaurès vers la place Soult lors du festival Extravadanses (1ère quinzaine de juillet). Proposition est faite que les spectacles se tiennent sur la grande place à côté du théâtre, refus catégorique du maire : « Impossible à cause du parking souterrain« . Chacun en est resté stupéfait…

Un autre commerçant est intervenu sur l’état de certaines rues du centre-ville en soulignant que rénover le bitume était certes beaucoup moins médiatique que les grands travaux mais que c’était pleinement nécessaire et une priorité aux yeux de beaucoup de Castrais. 

Les oreilles attentives auront certainement relevé que si les places sont rénovées ce n’est pas pour que les jeunes puissent s’y réunir, ou y faire la manche, en témoigne d’ailleurs le renforcement des arrêtés anti-mendicité exposés samedi dans la presse locale. 

A propos de la  presse, celle-ci n’avait visiblement pas été conviée non plus. Il devait être question de vidéosurveillance, peut-être que cette épineuse question ne devait pas être médiatisée…ou peut-être est-ce notre présence ou le ton de la réunion qui a décidé le maire à botter en touche sur le sujet. On notera tout de même sa réponse à la question d’un jeune commerçant qui avait décidé d’en parler quand même : « Ce sera installé en juillet. C’est décidé. ». On aura au moins appris quelque chose !!!  

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 Avant-première : vous lirez ci-dessous la Tribune libre déposée par les 5 élus municipaux le 28 mars mais qui ne paraîtra dans Castres Magazine que …fin avril.  

Centre-ville : inquiétudes et mécontentement 

La réunion du 22 mars avec les commerçants du centre-ville convoquée par le Maire a montré un fort mécontentement. L’opposition n’était évidemment pas invitée… La concertation est inexistante, ont souligné plusieurs intervenants, qu’il s’agisse de la rénovation de la place de l’Albinque ou de la survie du marché couvert.

Rappelons qu’une seule délibération concernant la place de l’Albinque a été soumise au Conseil municipal, alors qu’il s’agit du projet le plus important du mandat, nous nous étions abstenus devant l’imprécision du projet et son coût très élevé.

Inquiétude de tous face à la décision du maire de l’ouverture (absurde) d’une nouvelle zone commerciale route de Lautrec alors que l’activité du centre-ville est au ralenti. N’oublions pas les habitants et notamment de nombreuses personnes âgées qui risquent de voir disparaître des commerces de proximité indispensables. Inquiétude aussi sur le projet toujours caché de réhabilitation de l’ancien hôpital.

La question du stationnement payant a été soulevée comme un élément ne favorisant pas l’activité commerciale. Il nous semble urgent de prendre des mesures. Et d’abord de mettre en place une vraie concertation. 

Philippe GUERINEAU – Monique MAYNADIER – André MARTINEZ – Géraldine ROUQUETTE – Robert GOURJADE

 

Un champ de ruines démocratiques

Un paysage politique dévasté

Ah ! ces élections cantonales resteront dans les annales avec un taux d’abstention record : plus de 55 % sans compter les non inscrits de plus en plus nombreux, les quartiers populaires particulièrement touchés par la fracture civique que rien ne semble pouvoir ( à ce jour) combler,

une poussée (relative)du Front National et surtout sa banalisation,

les dérives d’une grande partie de l’UMP qui reprend les thèses anti-républicaines de l’extrême droite (de l’identité nationale au débat sur l’islam, pardon sur la laïcité, prévu dans quelques jours).

Tous les symptômes sont réunis d’une «  démocratie profondément malade » , la perte de crédibilité des «  partis de gouvernement » est réelle, qui peut le nier ? La « victoire » du PS apparaît finalement très modeste , celui-ci ne profitant pas , loin de là, de l’écroulement de l’UMP.

Cette inquiétante « photographie politique » de notre pays en 2011, celui des 3 millions de chômeurs (catégorie A), de la précarité, de la baisse d’effectifs dans les services publics, du pouvoir d’achat en berne, de la désespérance pour beaucoup, doit susciter l’exigence d’une véritable alternative politique.

Aujourd’hui, force est de constater que le PS reste inaudible, son incapacité à ramener les électeurs aux urnes, même face à la «  menace »  du FN en dit long sur le travail à effectuer. Les bons scores du Front de Gauche et d’Europe Ecologie-Les Verts sont porteurs d’espoir mais ne suffisent pas encore à créer une réelle dynamique pour reconquérir l’électorat populaire.

Comment supporter tout simplement en tant que citoyen un tel divorce entre l’électorat populaire et le suffrage universel ? Il y a un an, le baromètre de l’opinion du Cevipof annonçait l’augmentation de l’abstention , quelques exemples : « Les mots lassitude ( 34% +8%), méfiance (28% + 6%) sont les mots les plus souvent cités par les Français. » L’aggravation de la crise de la représentation politique apparaissait dans tous les chiffres : « La politique suscite de la méfiance (38%) du dégoût (23 %), 83% des sondés ont le sentiment que les responsables politiques ne tiennent pas compte de leur avis. Sentiment corroboré par la contre-réforme des retraites qui a été imposée par la majorité parlementaire surtout après que des millions de salariés et de jeunes eurent défilé dans les rues pour faire entendre leurs exigences. 57 % estiment que « la démocratie ne fonctionne pas bien en France » (+9 % en un an). La crise de confiance frappe également la gauche et la droite ( 22% et 21 %) alors que 56 % n’ont confiance ni dans l’une ni dans l’autre pour gouverner la France. 69 % des sondés estiment que les enfants d’aujourd’hui auront moins de chances de réussir que leurs parents, etc, etc, etc… »

Cruel constat, je n’ai pas l’impression que tout cela soit réellement pris en compte à ce jour par le PS : répondre à l’urgence sociale et à l’urgence démocratique. Nous en reparlerons bien sûr.

N.B. Aperçu sur le site Rue89 :

Si l’on compare 2004 à 2011, 1er  tour des cantonales : l’UMP a perdu 1 020 187 voix, le PS a perdu 941 558 voix, le FN a perdu 110 213 voix, seule EELV a progressé.

Au 2ème tour le nombre d’élus pour le Front de Gauche atteindra 118  ( 103 en 2004), pour EELV : 49 élus.

Autre constatation :  le PS obtient au 1er tour 2 284 967 voix , si l’on additionne EELV et Front de Gauche = 1 570 289 voix ( sans compter les FG classés divers gauche), l’UMP 1 550 740 voix, le FN 1 379 902 voix ( tout cela sur 40 millions d’électeurs, rappelons le).

 Le journaliste souligne, tiens, tiens, EELV (8,22 %) + Front de Gauche (8,92 %) = le 2ème parti de France ( devant l’UMP et devant le FN) – Pour votre réflexion …

 

Cantonales : dernier avertissement avant le séisme

Communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme


logo-ldh.jpgLes élections cantonales des 20 et 27 mars 2011 n’ont hélas fait que confirmer le diagnostic que chacun pouvait porter depuis des mois sur l’état de la démocratie dans notre pays.

Le niveau d’abstention extrêmement élevé, qui ne s’explique pas seulement par l’absence de « couplage » avec un scrutin plus mobilisateur, la progression spectaculaire, d’un tour à l’autre, du vote pour le Front national, (que  le très faible nombre d’élus portant une étiquette explicite d’extrême droite ne saurait masquer) ne peuvent surprendre car ils confirment la dangereuse amplification d’une crise profonde de confiance dans le politique.

Les gouvernants actuels paient doublement le prix de cette régression démocratique, à la fois parce qu’être au pouvoir expose plus au rejet et parce que Nicolas Sarkozy, qui a construit sa carrière politique sur la récupération électorale du lepénisme, fait l’inévitable expérience de la réversibilité des vases communicants. Mais ce serait commettre une terrible erreur que de voir dans la majorité de 2007 la seule victime d’un désaveu massif.

Il suffit de comparer non les pourcentages mais les nombres de voix obtenus d’une élection à l’autre pour comprendre que gagner une élection ne se réduit pas à perdre un peu moins que ses adversaires. Au royaume des aveugles… Et que des dirigeants de l’opposition puissent expliquer, sans paraître mesurer la terrible part d’autocritique que comporte cette analyse, que ce qui fait monter le Front national est d’abord une demande exaspérée de justice sociale, montre assez ce que le succès des uns doit à la faible crédibilité des autres. On sait, depuis 2002, où mène la sous-estimation de ce danger. En revanche, contrairement aux apparences anesthésiques des sondages, nul ne peut savoir aujourd’hui avec certitude qui en sera la prochaine victime.

On ne sort d’une crise sociale et politique que soit par la solidarité et le recul des inégalités, soit par la chasse aux boucs émissaires. Deux alternatives à l’actuelle majorité peuvent incarner ce choix dans les mois qui viennent. Encore faut-il que la question centrale mise en débat soit non pas le choix d’un prétendant au trône mais le refus de la monarchie élective, non pas la concurrence des plans de carrière de quelques candidats mais le contenu des choix que devront faire 40 millions d’électeurs pour décider eux-mêmes de leur avenir.

Réhabiliter le politique est une urgence. Que chacun assume sans tarder ses responsabilités, à la mesure du décalage entre attentes et désabusement.

 

 

Le 2 avril mobilisons nous pour la santé et la sécu

 Exigeons un service public de santé,

                        de qualité, de proximité  et accessible à tous.

 

A l’appel de plusieurs dizaines d’organisation, partis politiques, syndicats, associations, le 2 avril sera une journée d’action nationale de défense de l’hôpital public, du droit à l’accès aux soins pour tous, et de reconquête d’une Sécurité Sociale solidaire.

Ce 2 avril, dans toutes les régions et départements, se tiendront des rassemblements et des manifestations :

Albi, 10h30 , place du Vigan

Toulouse, 14h, place du Capitole

 

Les Directeurs des ARS ( Agences Régionales de Santé) favorisent le transfert vers le privé lucratif des soins les plus rentables pour le plus grand profit des groupes financiers de la santé et de leurs actionnaires.

Pour le Tarn cela se traduit par :

-la fermeture de services hospitaliers au CH d’Albi endocrinologie, réduction de lits et de personnel en pédiatrie néonatologie ; CH de Lavaur urgences et bloc opératoire ;Polyclinique de Carmaux urgences ; CHIC Castres- Mazamet cardiologie privée des examens pour coronaires et troubles du rythme.

-projets d’un seul service de garde départemental en chirurgie, de la délocalisation du SAMU, de la suppression d’une des deux maternités d’Albi, un seul Hôpital pivot sur le département.

-L’obligation faite aux habitants du Tarn Nord de verser des dépassements d’honoraires en clinique lucrative pour les spécialités manquantes à l’hôpital d’Albi (urologie, chirurgie vasculaire, ophtalmologie, ORL, stomatologie).

-la création de véritables déserts médicaux, dans les secteurs urbains comme à la campagne menaçant la permanence des soins, et secondaire au refus de réglementer les installations. L’agrandissement des secteurs de garde ne peut que créer l’augmentation des risques accidentels et des coûts (6 secteurs ont fusionnés et 6 autres fusions sont en projet).

-l’annonce soudaine de l’ouverture d’un service privé d’hospitalisation à domicile (HAD) dont la  Présidente est une ancienne ministre de la santé UMP (l’hôpital public par contre ayant les pires difficultés pour ouvrir d’autres lits en HAD).

-au Bon sauveur, la création de l’Unité pour Malades Difficiles (UMD), va priver de moyens financiers et humains le reste de l’établissement, avec le risque de fermeture d’unités de soin. C’est la conséquence de la priorité donnée au « tout sécuritaire ».

-une exclusion des structures de concertation (conseils de surveillance et conférence de territoire) des comités et collectifs défendant l’hôpital public et l’accès aux soins pour tous.

-la fermeture de maternités de proximité (Bagnères de Bigorre, Condom, Lavelanet, Figeac, Saint-Céré, Gourdon, Carmaux, Mazamet…) aggravant les risques pour la mère et son enfant ; ces services sont remplacés par des usines à bébés!

Dans toutes les régions : les personnels doivent faire « toujours mieux avec toujours moins ».

Le nombre de centres de santé, de services de PMI, de centres d’IVG diminue ; la médecine scolaire est en voie de disparition et la médecine du travail va totalement passer sous le contrôle du patronat…

Dans les EHPAD (maisons de retraite médicalisées), l’intégration des dépenses médicamenteuses dans le forfait de soins aboutira à des refus d’admission pour nos aînés ayant des traitements trop onéreux, alors que les prix de séjour sont déjà inaccessibles pour la majorité d’entre eu (2000 € par mois).

Samedi 2 avril 2011, rassemblement à Albi, place du Vigan, 10h30.

 

Etes-vous une souche ?

Vous n’êtes peut-être pas abonné au site d’information en ligne Médiapart ( vous avez tort). Alors que se libèrent les délires xénophobes et racistes , alors qu’une partie de la droite et l’extrême droite «  instrumentalisent » l’islam à des fins politiciennes, alors que l’on stigmatise chaque jour un peu plus l’étranger…

En cette fin de semaine, je vous laisse apprécier un texte d’une grande beauté littéraire  et particulièrement réconfortant lu sur le site fondé par Edwy Plenel  …

Le Français de souche et l’oiseau migrateur

Par JONAS EKHR – Club de Mediapart

On parle beaucoup des Français de souche. Entendons-nous d’abord sur le mot. Souche apparaît en français au 14e siècle. Dans le Berry, on a longtemps dit soche, choche et cosse ; en Bourgogne, suche ;  en Picardie, choke ; en Normandie, chouque ; en Saintonge, cosse ; dans les faubourgs, on parlait de soutse et en Provence de soc et de soca. Le mot vient en tout cas du latin soccus, soulier de bois.

Etre français de souche ne signifie pas qu’on a toujours les deux pieds dans le même sabot. Il y a cependant des expressions fâcheuses. D’une personne apathique, on dira qu’elle reste comme une souche. De quelqu’un qui n’arrive pas à sortir du sommeil, qu’il dort comme une souche. Le mot désigne un imbécile. Georges Sand écrit : « Et là-dessus Jean Aubard se retira, bête comme souche, et riant comme un nigaud. » Dans le Père Goriot, Balzac se demande à propos d’une de ses héroïnes : « Où a-t-elle eu les yeux d’épouser cette grosse souche d’Alsacien ? » Cela ne veut pas dire qu’en faisant souche, c’est-à-dire en faisant des enfants, on mettra forcément au monde des paresseux, des imbéciles ou des Alsaciens. Colette parle du cas où « des parents ordinaires font souche d’enfants exceptionnels ».

On peut aussi faire souche d’honnêtes gens ou être de bonne souche. L’optimisme est permis. « Français de souche », on l’aura compris, est synonyme de « français d’origine ». On peut être hottentot ou persan, catholique ou juif, paysan ou curé de souche. Léon Bloy raille les « bourgeois de souche bourgeoise ! Ah ! les monstres de laideur, de vilenie, de cupidité, de stupidité, d’infamie ! » Le premier Dictionnaire de l’Académie française (1694) définit le mot par : « Celuy d’où sort une génération, une suite de descendants ». Exemple : « Adam est la souche de tout le genre humain. » Il est donc aussi la souche du migrateur.

Le migrateur est celui qui migre. Migrer, du verbe latin migrare, c’est s’en aller. Le mot français est du 15e siècle, comme la migration, déplacement d’une population ou d’une espèce. Le migrateur, en revanche, n’arrive dans notre langue qu’au 19e siècle. En latin, le migrator est celui qui change de demeure. Attention ! Impossible de faire souche sans migrer, car, pour qu’une femme ait un enfant, il faut que « le follicule se rompe et libère l’ovule qui va migrer dans les trompes ». Le migrateur ne reste pas comme une souche : il court, il vole, il va, il effectue une migration.

Ces mots inspirent le Poète. Paul Claudel chante « l’oiseau blessé, tombé de la horde migratrice ». Milosz, la « docile harmonie des grands vols migrateurs, là-bas, au plus voilé du ciel marin, quel esprit d’ordre et de beauté t’anime ! » D’après Théophile Gautier, l’âme, elle aussi, migre : « Les momies attendent dans leurs cercueils, au fond des hypogées, que leur âme ait accompli le cercle des migrations. » Et Chateaubriand de renchérir, lyrique et sombre : « Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue, attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. » Le sage, lui, songe : tant qu’à faire, migrons de notre vivant.

Ces migrations sont belles et nobles. Rien à voir avec celles dont se plaignent, dit-on, les Français de souche. Ceux-ci ne déplorent pas les migrations internes ou nationales, rurales ou pastorales, pas plus que les migrations d’oiseaux, d’ions colorés ou de leucocytes ; non, ce dont ils se plaignent, ce sont les migrations d’étrangers. La souche, on le comprend, tient à son sol. Elle se souvient de l’arbre qu’elle porta, peut-être même de la sève qui la parcourait. La souche, c’est un arbre sans tronc, sans branches, sans feuilles, sans fleurs et donc sans fruits, qui n’a plus que ses racines et qui attend en pourrissant dans son trou. Cet arpent de boue, elle se l’approprie ; elle croit qu’il est sien, qu’il lui appartient, qu’elle en est la gardienne – elle n’en est que la scorie et, de l’arbre, la ruine. Or le vent comme l’esprit souffle où et quand il veut, apportant du ciel cent mille formes de vie. Mais la souche est butée : c’est sa terre, c’est son trou, c’est son sol, c’est sa boue, hors de ma vue, pas touche. La souche est têtue comme une bûche.

On comprend donc qu’enchaînée par les pieds à un sol qu’elle ne nourrit plus et qu’elle indiffère, tandis que la vie de la forêt bruit partout autour d’elle sans plus la remarquer sinon comme une verrue sur une joue vermeille, et que des insectes fouisseurs y creusent des galeries sans qu’elle puisse rien faire, étant privée de bras, on comprend que la souche, donc, envie, jalouse, haïsse le migrateur, le voyageur, l’errant, le pèlerin, le passager. Hélas, « ses racines tordues l’empêchent de voler ».

Parfois, pourtant, il arrive qu’un oiseau, fatigué de migrer, vienne poser sur une souche son corps palpitant et chaud. Alors la souche reconnaît à ce bruit la vie toute proche. Et peut-être se met-elle à aimer. Mais il est trop tard, et l’oiseau repart…Nous n’omettons pas que le mot souche est aussi un terme de maréchalerie : c’est la partie du clou qui reste dans le sabot du cheval. Renfonçons le clou : assurons que le maréchal ne refasse pas souche. Et que ce pied pourri reste à jamais dans son sabot.