Reconquérir ou non l’électorat populaire ?

La gauche doit-elle renoncer à s’adresser à tout l’électorat populaire ?

Stupéfiante question, me direz-vous et pourtant celle-ci est posée par le club de réflexion Terra Nova (proche des amis de DSK mais pas seulement…) qui vient de faire paraître une publication dont le titre est : « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? »

Pas facile de résumer sans caricaturer la thèse du dénommé Olivier Ferrand, essayons tout de même. Pour l’auteur :

1)      Le clivage prépondérant au sein de l’électorat ne serait plus construit sur des valeurs économiques et sociales mais sur ce qu’il appelle le « libéralisme culturel » (attitude à l’égard de l’environnement, etc…) dont seraient porteurs les diplômés plutôt que les non diplômés , les femmes plus que les hommes, les catégories moyennes plus que les catégories populaires, les jeunes plutôt que les plus âgés.

2)      Le PS perd son temps à reconquérir les suffrages des classes populaires déjà séduites en grande partie par le Front National et si toutefois le PS voulait reconquérir cet électorat, il serait condamné à faire du «  social-populisme ».

3)      Terra Nova s’adresse à la «  France de demain » , la France de la mondialisation heureuse en quelque sorte, et fait une présentation caricaturale des classes populaires. Il faut toutefois préciser que le rapport de la Fondation tient à distinguer deux classes populaires :

l’une « déclassée », il s’agit des minorités au cœur des quartiers populaires (vote massif à gauche – exemple : Ségolène Royal en 2007) ;

l’autre intégrée, un emploi en CDI , peur du déclassement ; celle-ci est dépeinte d’une manière insultante  ( rien ne nous sera épargné par cette gauche caviar ) comme des gens repliés, fermés, pessimistes , racistes et intolérants (il fallait oser !), c’est cette partie qui a été attirée par le vote Sarkozy «  la France qui se lève tôt », le pouvoir d’achat et dont nous dit-on, (sondages) 36 % voteraient au premier tour FN.

L’analyse et les conclusions de Terra Nova partagées par une partie de la « Gauche moderne » du PS , voire d’ailleurs aussi par une partie d’Europe Ecologie-Les Verts, sont inquiétantes. Un certain nombre de socialistes et beaucoup d’autres à gauche ont tenu à répondre à ce qu’ils considèrent comme un renoncement dangereux voire une capitulation.

Lire entre autres (Le Monde 25 mai) «  2012, le PS ne doit pas oublier le peuple », dans le même numéro : « Les classes populaires sont de retour en France » par l’auteur du livre « Fractures françaises ». Face à face, Ferrand et Olivier Dartigolle porte parole du PCF ( L’Humanité 23 mai) , tribune d’Aquilino Morelle (Libération 30 mai), ancien conseiller politique de Lionel Jospin à Matignon de 1997 à 2002 , proche aujourd’hui d’Arnaud Montebourg, « SANS LES CLASSES POPULAIRES, LA GAUCHE NE SERT PLUS A RIEN, ELLE N’EST PLUS RIEN ».

Extrait : «  (…) La politique, à gauche, c’est une analyse de la société et de ses inégalités, et, ce qui en découle, une volonté de combattre celle-ci quelle que soit la «  difficulté » du combat. Les seules questions qui valent pour un socialiste sont : qui veut-on défendre ? mieux, qui doit-on défendre ?Quels sont ceux de nos concitoyens dont la vie est la plus dure, ceux qui subissent les inégalités sociales les plus grandes ? Que peut-on apporter aux citoyens, et non : qui me rapporte combien ? »

Depuis des décennies, certains affirment la « fin de la classe ouvrière », c’est faux. La France compte aujourd’hui 6,5 millions d’ouvriers actifs et 8,5 millions d’employés actifs , les mêmes affirmaient l’existence d’une vaste classe moyenne aux intérêts similaires, encore faux ! Aujourd’hui une partie importante de cette classe moyenne vit dans la peur de la précarité, du déclassement social, d’un avenir plus dur pour leurs enfants, etc…

Ecouter et partager les vues de Terra Nova à l’intérieur du PS ou à l’intérieur d’Europe-Ecologie, c’est conduire toute la gauche à un échec électoral certain.

La priorité est bien de reconquérir le vote ouvrier perdu par la gauche, sachant que c’est bien l’abstention qui constitue de fait le premier parti ouvrier. Ne tombons pas dans le piège de cette fable qui nous assène  le soi-disant «  virage social du FN » .

La gauche ne retrouvera la confiance populaire que si celle-ci est capable de présenter une véritable politique alternative au libéralisme. Combattre le chômage et la précarité, défendre les services publics et le pouvoir d’achat, une Europe qui ne soit pas celle du traité de Lisbonne, «  les indignados » du Portugal, de la Grèce, de l’Espagne se mobilisent contre des gouvernements socialistes ( à méditer…) .

Il n’y a pas de raccourci : la question sociale que l’on veuille ou pas devra être au centre des campagnes électorales de l’année 2012.

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