Le clan des sept

Hors d’ici, la parité !

 

Chaque samedi dans le journal Libération, Gérard Lefort analyse une photographie. Il tente de nous faire comprendre ce qui fait sens , de faire apparaître des détails qui nous avaient échappé et comment l’imprévu peut surgir.

Je n’ai pas le talent de Gérard Lefort, loin de là mais je vais tenter toutefois de formuler quelques commentaires au sujet d’une photographie parue dans La Dépêche du Midi, samedi 12 novembre.

Sept hommes (chiffre magique) à la fois les sept merveilles du monde ou les sept têtes de la bête de l’Apocalypse, tous d’un certain âge, portant chemise blanche et costume, front dégarni, six d’entre eux sont Conseillers généraux du Tarn dont deux vice-présidents ; quatre sont maires, trois vice-présidents de la Communauté d’agglomération Castres-Mazamet .

Tous sont adhérents au PS et sont des élus de la toute nouvelle 3ème circonscription du Tarn.  Tous, pas tout à fait puisque deux d’entre eux ne sont pas concernés par cette circonscription. Le premier à gauche sur la photo (promis sans doute à un brillant avenir), le deuxième en léger retrait (difficile peut être d’assumer les appels à l’unité et être partie prenante d’un conflit au sein de son parti, allez savoir…)

L’instant est solennel, les mines sont graves, visages renfrognés, voire pour l’un, patibulaire (mais presque). Que se passe-t-il ? Le député UMP, B.Carayon aurait-il une nouvelle fois proféré quelques menaces ? Non, si les mines sont graves, c’est qu’il s’agit sans attendre de refuser que la circonscription puisse être réservée à une femme.

Ce qui frappe donc, ce sont sept hommes rassemblés pour dire non à la parité « imposée » par leur parti, il est vrai que siégeant au Conseil général, ils n’ont pas jusqu’à ce jour été habitués à une présence féminine significative.  Des femmes auraient pu sans doute se trouver sur cette «  signifiante » photo pour demander que la parité s’exerce par exemple dans la 1ère ou 2ème circonscription. Ce n’est pas le cas ce qui rend donc cette photographie pour le moins lamentable.

Qu’est ce qui fait l’actualité de cette image triste ?Rien. Elle aurait pu être prise il y a déjà plusieurs années voire des décennies, rien n’aurait donc évolué. Cette impression est renforcée par le lieu, arrière salle d’un café restaurant, murs décrépits, quelques vieilles photos d’artistes de cinéma ou de la chanson (le cadre à droite, peut être Boris Vian ( ?) est tombé, les chaises que l’on aperçoit sont d’un autre âge, le coin du bar est hors d’usage, peut être que des socialistes se réunissaient ici il y a trente ans, voire davantage.

Le journaliste de La Dépêche du Midi nous apprend que le ton employé est sévère voire insultant à l’égard du premier secrétaire fédéral (en d’autres temps, les adeptes de la commission des conflits seraient déjà intervenus, il est vrai que certains sont sur la photo…). Le journaliste parle de «  feu aux poudres », de « vent de fronde », aïe, aïe, aïe, l’enjeu politique doit être décisif, il doit être question du programme du PS, voire  être enfin combatif contre Bugis, Carayon, Sarkozy. Que nenni !

Le clan des sept et le premier Fédéral ont tous rejoint , il est vrai que certains l’ont fait beaucoup plus tôt que d’autres, François Hollande. Pourquoi donc tant de haine ? « Les militants et élus de la 3ème sont bafoués, foulés au pied (…), on traduit aujourd’hui le ras le bol des militants et sympathisants socialistes qui ont du subir le charcutage de Bernard Carayon et maintenant les tripatouillages de Gérard Poujade ». B.Carayon, .Poujade, même combat ! Et tout cela est dit, martelé publiquement. On comprend donc mieux les visages renfrognés du clan des sept, un affrontement qu’on croyait d’un autre âge.

En regardant cette photo, on pense spontanément au film « Les Tontons flingueurs » avec « Mais y connaît pas Raoul, ce mec ? » ou peut être Corleone dans le « Parrain » . Il y a assurément des photographies qui en disent plus que de longs discours. « Sept ans de malheur » ?

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