Des voeux de combat contre l’école publique
Publié dans j) Il a osé le dire (43), le 09/01/2012 à 6:11, par Philippe GuerineauEtes vous une grenouille qu’on a fini de faire bouillir à petit feu ?
Bon, pour la bise sous le gui, on repassera. Jeudi dernier à Poitiers, N.Sarkozy présentait ses vœux « aux acteurs de l’Education Nationale… ». A l’aube de 2012, les enseignants ont été servis et bien servis. Il est vrai que ce président ne se fait aucune illusion sur leur vote à venir.
Les quelques uns d’entre eux qui s’étaient laissés entraîner vers la droite en 2007 ( Il est vrai que Ségolène Royal les avait bien aidés) ont été plus qu’échaudés ( fermetures de classes, non remplacement d’enseignants, classes aux effectifs surchargés, disparition de la formation des maîtres, etc…).
Alors au Futuroscope, Sarkozy s’est lâché : changement de statut (comprendre taillables et corvéables à merci), autonomie des établissements libres de recruter qui bon leur semble (conception « managériale » du chef d’établissement qui pourra noter les enseignants, etc…), mise en concurrence des écoles, etc…
En un mot, en avant toute vers la « marchandisation de l’éducation » (pour un grand marché privé). Il est vrai que ce beau programme « libéral » d’inspiration anglo-saxonne, avait déjà été présenté en novembre 2011 par J.F. Copé à l’occasion de la Convention Education de l’UMP. Personne ne lui avait vraiment prêté attention. C’est dire qu’aujourd’hui, après Poitiers, les choses se précisent et deviennent graves (l’indice sur l’échelle de mécontentement dans les salles de profs est au plus haut).
Après avoir, durant des années, affaibli avec méthode, l’ensemble de l’école publique, le dernier coup d’épaule est donné pour mettre définitivement tout l’édifice républicain par terre. Ce processus s’est déroulé progressivement avec l’aggravation des inégalités (il suffit de constater le recul de la part des enfants des classes populaires à l’université).
L’école à deux vitesses (accentuée par la libéralisation de la carte scolaire) s’est petit à petit installée dans le paysage éducatif. Nul ne peut ou pourra dire qu’il ne savait pas.
Dans un livre paru en octobre 2011 intitulé « La nouvelle école capitaliste » le sociologue Christian Laval et son équipe analysaient comment depuis 20 ans les politiques éducatives d’inspiration néo libérales ont aggravé la situation. Il constatait : « La gauche au pouvoir n’a jamais remis en question le nouveau modèle managérial et concurrentiel bien au contraire. Elle n’a pas voulu comprendre que la transformation des systèmes publics par les principes du management était l’une des formes de déploiement du capitalisme contemporain. Celui-ci ne se contente pas de déréguler les marchés de biens, du travail et des capitaux. Il transforme aussi l’action publique. »
Les auteurs déplorent une profonde dépolitisation de la question scolaire avec l’absence de tout projet d’émancipation. Ils se référent à la pensée de Jaurès, la pensée progressiste sur l’éducation avait alors construit un projet de transformation en articulant une vision de la société, une mission pour l’école, une définition du métier d’enseignant et une orientation de la pédagogie.
On l’aura compris, une école démocratique c’est avant tout une école qui réduit les inégalités entre les enfants des différentes classes sociales « mais elle ne peut le faire qu’en étant partie prenante d’un grand mouvement de réduction des inégalités dans toute la société. »
Je vous invite à prendre connaissance de l’analyse et des propositions du Front de gauche et de Jean-Luc Mélenchon : « L’Ecole, en tant que pilier de la République sociale, y prend toute sa place – éduquer, qualifier, émanciper – telles sont les missions de l’école laïque et républicaine. »
Agissons et engageons nous avant qu’il ne soit trop tard.
« La nouvelle école capitaliste » Christian Laval, Francis Vergnes, Pierre Clément, Guy Dreux. Ed. La Découverte, 19,50 €.