Cinquième chronique du règne de Nicolas 1er

Sa majesté demanda ce qu’ils criaient. Le Cardinal de Guéant, qui avait l’oreille fine, lui répondit :  «  Ils crient : Dégagez, Sire ! »

 

Vous qui lisez ce blog depuis fort longtemps (eh oui !), vous avez pu découvrir la présentation que je faisais des livres de Patrick Rambaud : le 12/01/2010, Troisième chronique du règne de Nicolas 1er  , le 27/01/2011, Quatrième chronique du règne de Nicolas 1er . En ce début d’année 2012, la Cinquième chronique vient donc de sortir en librairie et je me dois bien évidemment, vous en faire part.

Nous en sommes sûrs, c’est l’avant-dernière, enfin la délivrance pour l’auteur ( c’est lui qui le dit) et pour nous-mêmes !

Bon, à la lecture de l’ouvrage, toujours de grands moments de plaisir même si, bien souvent, les sujets traités sont graves voire dramatiques. Style de l’auteur, humour caustique …nous avons l’occasion presque au jour le jour  de suivre les pérégrinations de «  Notre Versatile Majesté », « Notre Trépident Tyranneau » , « Notre Prince  Vigoureux », «  Notre Ferme Leader », « Notre Intense Monarque », « Notre Explosive Majesté », « Notre Sagace Souverain »… arrêtons là, la liste est longue pour qualifier celui que vous connaissez.

Cinq chapitres pour rappeler ce que furent ces derniers mois. Quelques sous titres : « La circulaire Hortefouille », « Le Duc de Nice et le Baron Ciotti font du zèle », « Le Duc de Valenciennes considéré comme un dindon », «  Le Vicomte de Saint Germain costumé en Malraux », «  Le Loup Servier », « La querelle des retraites », « Passage en force des troupes impériales »,  … J’en passe et des meilleurs…

Voici un court extrait pour vous donner une idée de l’ensemble du livre :

« (…) L’Abbé Buisson (conseiller de Sarkozy) était un homme de l’ombre qui avait l’oreille du Prince. Sous son crâne lisse comme un œuf de cane se lovait une vipère ; tentateur et démoniaque, dans sa veste en cuir noir, avec une tournure de potard et un visage de poupon usé, il figurait en mauvais génie. Le père Buisson connaissait à l’intime cette frange excessive du peuple vers quoi il poussait notre Versatile Majesté ; il avait une culture solide mais orientée à tribord ; dés le berceau il avait mariné dans la droite des ultras, chantant les écrits de M.Maurras, l’Algérie française et la messe en latin.

L’abbé attendait le soir pour venir au Château, grimpait à l’étage par un escalier secret et, sortant d’une bibliothèque de faux livres qui coulissait, parvenait près du monarque dans un bureau aux volets clos. Là il lui livrait l’opinion des Français que mesuraient ses services pour un traitement assez rondelet.

Ainsi souffla-t-il au Souverain Ravi son éternelle stratégie : « Il faut une crise et un chef. La crise, nous y sommes, car il y en a toujours une depuis des lustres et ce chef, c’est toi. Va parler aux mécontents de leur sécurité, joue sur les émeutes récentes, trouve des coupables à dénoncer, il en faut toujours pour simplifier la réalité. La sécurité, voilà ton point fort. Parle des étrangers qui nous submergent et cassent tout, oublie qu’ils rapportent 12 milliards par an aux caisses de l’Etat, peins – les en sombre, mélange tout cela comme dans un shaker et frappe ! ».

Le Prince se porta avec joie dans cet immédiat simplet parce que la superficie des choses lui convenait et qu’il saurait flatter le gros de sa basse – cour impériale …». 

Patrick Rambaud termine avec ces mots : « A suivre une dernière fois, espérons le ».

Oui, espérons le ! En attendant, bonne et plaisante lecture. Même si je ne peux m’empêcher de penser , le livre à peine refermé, à cette phrase de Beaumarchais qui me revient en mémoire « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer »

  » Cinquième chronique du règne de Nicolas 1er  »  Patrick Rambaud, Ed. Grasset, 14,30€

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