Il y a quarante ans, les LIP : l’imagination au pouvoir
Qui ne se souvient pas de la très juste et belle phrase de l’historien Fernand Braudel : « Un présent sans passé n’a pas d’avenir » ? Phrase relue cette semaine dans Midi Olympique. Eh oui, le monde du rugby a de la culture !
Ce soir, j’ai assisté en direct ( c’est beau le progrès) au meeting tenu par Jean Luc Mélenchon à Besançon. Un discours tonique, galvanisant la salle , très argumenté, quelle ambiance ! Allez donc faire un tour sur le site Place au peuple 2012 ! Plus de 4500 personnes.
C’est l’occasion de revenir sur une des luttes les plus emblématiques des années 70, pas pour ressasser le passé mais pour transmettre une mémoire ouvrière et éclairer l’avenir.
Toute la gauche s’était alors retrouvée au cours d’une très grande manifestation de plus de 100 000 personnes à Besançon. J’en étais, histoire commune de toute une génération. Cette même histoire qui recommence aujourd’hui.
A l’heure où les modèles de Scop se popularisent, l’expérience autogestionnaire des « Lip » reste une source d’inspiration.
Ci dessous, texte de Maxime Prieto, paru sur le site du Parti de gauche :
« C’est possible : on vend, on fabrique, on se paie ! » C’est le slogan que l’on pouvait lire à l’entrée de l’entreprise de montres « Lip ». A l’été 1973, les salariés en grève contre un plan de licenciement massif ont franchi le pas : ils ont remis en route la chaîne de montage, sans l’accord de leur patron. Comment en sont-ils arrivés là ? D’abord, il y eut le mépris des dirigeants de l’entreprise : « 480 à larguer ». Formulation brutale pour annoncer les licenciements, que les salariés découvrent dans une sacoche en les séquestrant. Et puis il y eut la violence des policiers, venus les déloger, n’hésitant pas à défoncer sans ménagement les portes. Dans le documentaire de Christian Rouaud, Les LIP l’imagination au pouvoir (sorti en 2007), Charles Piaget, un des leaders syndicalistes résume la pensée des ouvriers : « Ça nous a choqués, nous qui avions été si attentifs au cours des grèves précédentes à ne pas rayer un mur. » Piqués au vif, les « Lip » se rendent compte qu’ils sont les seuls à respecter l’entreprise et la condition des travailleurs. L’usine tournera donc sans dirigeants. C’est l’autogestion qui se réalise.
Une vente sauvage de montres est organisée, le succès est immédiat. En six semaines, le chiffre d’affaires représente 50% du total d’une année ordinaire. « Le plus grand moment d’exaltation », témoigne toujours dans le documentaire de Christian Rouaud, une ouvrière de Lip, « ça a été notre paie sauvage. On a touché du doigt le fait que c’était possible. »
Dans la France post-soixante-huitarde, les « Lip » deviennent le symbole d’une classe ouvrière qui n’a plus peur de rien, qui n’attend plus les consignes pour agir. De tout le pays et même d’Europe, les visiteurs se précipitent à Besançon, l’usine devient un lieu de pèlerinage. Dans une région marquée par l’influence chrétienne, l’évêque apporte son soutien au mouvement. Lorsque les gendarmes mobiles sont de nouveau envoyés évacuer l’usine, de nombreuses entreprises locales se mettent en grève par solidarité. Sous une pluie battante, 100 000 personnes manifestent dans les rues de Besançon, du jamais vu.
L’opposition de l’Etat et du grand patronat est féroce. Après l’échec des négociations à l’automne, le Premier Ministre Pierre Messmer l’annonce : « Lip c’est fini ! ». L’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing en mai 1974 marque l’émergence d’un capitalisme financier au détriment du capitalisme industriel. Le nouveau président de la République aurait alors déclaré au sujet des ouvriers de Lip : « qu’ils soient chômeurs et qu’ils le restent. Ils vont véroler tout le corps social. » La fin de Lip ressemble à un règlement de compte impitoyable. L’entreprise automobile Renault, alors nationalisée, retire brusquement ses commandes et les banquiers refusent de prêter l’argent nécessaire à la survie de Lip.
Il est toujours périlleux de réécrire l’Histoire. Mais si les conditions politiques avaient été différentes en 1974 ? Si la gauche et le programme commun avaient remporté l’élection présidentielle, l’issue du combat des « Lip » aurait-il été différent ? Quoiqu’il en soit, les ouvriers et les ouvrières de Lip nous laissent en héritage une démonstration. Si les patrons ne peuvent pas se passer des ouvriers pour faire tourner une usine, les ouvriers, eux, peuvent très bien se passer de patrons ! Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire proposée par le Front de Gauche réactualise cette perspective : ni propriété privée, ni propriété étatique, une entreprise peut être gérée directement par ses salariés. A chacun d’y méditer.
Les LIP, l’imagination au pouvoir ( bande-annonce)
RAPPEL : VŒUX TRES POLITIQUES - FRONT DE GAUCHE -
Géraldine ROUQUETTE 1° circonscription - Philippe GUERINEAU 3° circonscription
Jeudi 26 janvier à partir de 18h – Parc Expo (salle du restaurant n°2) Castres
Apéro- concert