Archives du 8 février 2012

Il y a 50 ans le massacre de Charonne

Le 8 février 1962 : un crime d’Etat

 

Nous n’oublions pas, non pour « ressasser le passé » mais parce qu’un demi siècle plus tard, l’actualité nous enseigne que « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

Le 8 février, des milliers de manifestants pacifiques qui avaient répondu à l’appel de nombreuses organisations syndicales (CGT, CFTC, SNI, UNEF, SGEN…) et politiques (PSU, PCF, UFF et Mouvement de la Paix) s’apprêtaient à se disperser boulevard Voltaire à Paris.

Ils avaient défilé pour la paix en Algérie, ils protestaient contre les attentats de l’OAS qui avaient visé des dirigeants politiques de gauche, notamment du Parti Communiste mais aussi le doyen Georges Vedel, André Malraux ministre du Général de Gaulle. La fille des concierges de l’immeuble où résidait celui-ci, la petite Delphine Renard, 4 ans, est alors défigurée.

La guerre d’Algérie touchait à sa fin, les Accords d’Evian allaient être conclus le mois suivant et déboucher sur le cessez le feu le 19 mars. 

Les forces de police déchaînées, excitées par le préfet Papon, le même, responsable 4 mois auparavant le 17 octobre 1961 du massacre des Algériens à Paris, ont chargé les manifestants.

 Très vite, il y eut plusieurs centaines de blessés gravement atteints, certains manifestants tentent de fuir par le métro Charonne, ils se retrouvent bloqués sur les escaliers d’entrée.

Les policiers jettent alors dans la bouche du métro des lourdes grilles de protection des arbres, les tables en marbre d’un café voisin. On comptera 9 morts, tous adhérents à la CGT dont 8 communistes. Parmi eux, 3 femmes et un enfant de 15 ans. Ils étaient ouvriers, employés ou techniciens.

La volonté de tuer a été évidente, elle est attestée par les souvenirs de syndicalistes de la police et par les travaux des historiens. L’émotion est considérable.

Dés le 9 février ont lieu de nombreux débrayages et mouvements de grève  rassemblant plus de 2 millions de participants.

Le 13 février, à Paris, un million de personnes accompagnent les cercueils des martyrs de la Bourse du Travail au Père Lachaise.

Ce que je ne savais pas, c’est qu’il aura fallu attendre 1982 pour que l’interdiction qui frappait jusqu’alors l’hommage public aux morts de Charonne soit enfin levée.

Un comité Vérité et Justice s’est constitué. 50 ans après le drame, il exige qu’enfin le crime d’Etat soit reconnu.

Aujourd’hui à Paris, un hommage est rendu avec une prise de parole de la CGT-RATP dans le métro Charonne, les interventions de Pierre Laurent, de Bernard Thibaut et de Bertrand Delanoé puis départ en manifestation vers le cimetière du Père Lachaise où sont enterrées les victimes de la répression policière.

C’est aussi au nom des morts de Charonne que je continue, que nous continuons à mener avec détermination le combat pour la dignité humaine et le droit des peuples.

« Dans l’ombre de Charonne » Bande dessinée qui vient de paraître, de Désirée et Alain Frapier (préface de Benjamin Stora)