Avant le 22, il y a le 21
Publié dans g) Situation politique (24), le 20/02/2012 à 6:47, par Philippe GuerineauPlus précisément, avant le 22 avril, 1° tour des élections présidentielles, il y a le 21 février où sera présenté devant l’Assemblée Nationale le « Mécanisme Européen de Stabilité »
MES, 3 lettres pour Mécanisme Européen de Stabilité, première étape d’une condamnation à l’austérité perpétuelle et à l’interdiction de toute politique de gauche. Certains analystes parlent même d’un « putsch contre la démocratie » ou « putsch autoritaire ». Cela peut vous paraitre excessif, jugez plutôt : pas facile tant le « coup de force » de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel est peu relaté dans les grands médias. Tentons donc en quelques mots de dissiper l’opération enfumage actuelle et la confusion savamment entretenue pour que l’on n’y comprenne rien .
Jean Luc Mélenchon, lors de son meeting de Montpellier, a démontré comment le MES et le Traité de discipline budgétaire à venir sont liés. « Celui qui vote le mécanisme est obligé de voter le traité et nous ne voulons ni l’un ni l’autre. » Certains socialistes découvrent le piège aujourd’hui, tant mieux !
En effet, initialement les députés socialistes s’apprêtaient à voter oui à l’instar du social-libéral Pierre Moscovici qui expliquait : « Notre démarche ne tourne pas le dos à la philosophie de la discipline budgétaire, c’est une démarche qui accepte le mécanisme européen de stabilité. » Il fallait oser ! Il a osé.
Aujourd’hui Benoit Hamon déclare : « Par cohérence politique, on ne peut dire oui ».Marie-Noëlle Lienemann prône même un non ferme et définitif : « Si vous voulez renégocier le « Merkozy » il faut voter contre dès le début ».Il semblerait que les députés PS se dirigent vers l’abstention. Cela reste inacceptable ! Les députés PS et écologistes doivent voter contre ce mécanisme, voter non.
Depuis plusieurs jours, les députés et sénateurs reçoivent de nombreux mails et courriers afin qu’ils se prononcent sans ambiguïté pour le non (vous lirez ci-dessous une lettre adressée aux députés du Tarn). S’il n’y a aucune illusion à se faire sur les votes de Carayon et Folliot, les députés PS Jacques Valax et Thierry Carcenac devront prendre leur responsabilité.
Le MES, en quelques mots, ce dispositif, qui doit entrer en vigueur le 1° juillet et qui est censé venir en aide aux pays de la zone Euro se voyant imposer des taux d’intérêts exorbitants par les marchés financiers, s’accompagne de l’obligation de tailler dans les salaires à l’exemple de ce qui se passe actuellement en Grèce.
En d’autres termes, le pays qui demande de l’aide accepte automatiquement un plan de rigueur, il accepte automatiquement que le FMI débarque chez lui avec les représentants de la Commission qui dirigent le pays comme c’est le cas…en Grèce. De plus, ce MES prendra la forme d’une société anonyme basée au Luxembourg avec une immunité totale : impossible d’engager des poursuites judiciaires ou administratives contre elle ou contre les personnes qui y siègeront, etc, etc…
Le deuxième traité, celui touchant à « la discipline budgétaire » introduit « la règle d’or » dans tous les pays de la zone euro (interdiction d’un déficit public supérieur à 0,5 % du PIB). En signant le traité, la France s’engagerait à 26 milliards d’économie par an. Impossible dans ce cadre, de mener une politique publique d’investissement à long terme, de développement industriel ou de développement du secteur public. C’est bien « l’austérité constitutionnalisée ». Sanctions automatiques…Perte de souveraineté de notre pays… La Grèce ne leur suffit pas (pays saccagé), la finance ne manquera pas de s’attaquer de la même façon au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie, à la France…
Ecoutons le célèbre compositeur grec Mikis Théodorakis, dans sa lettre ouverte aux peuples d’Europe : « Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront en même temps que la démocratie ».
Le 21 février est à l’évidence une date importante.
Voici l’analyse du Mécanisme européen de stabilité (MES) par Raoul Marc Jennar : http://www.jennar.fr/?p=2286
Messieurs les Députés du TARN,
Comme des millions de personnes dans toute l’Europe, je m’inquiète des dérives autoritaires, des politiques d’austérité et de la casse systématique des services publics qui sont mis en œuvre, sous prétexte d’une dette dont la légitimité n’est d’ailleurs toujours pas questionnée. Nous voyons bien la réalité des conséquences de ces politiques en Grèce, où un véritable pillage du pays a lieu. Je ne développerai pas cette situation tragique que vous connaissez.
Je vous écris concernant le traité européen instituant le M.E.S. (Mécanisme Européen de Stabilité) sur lequel vous devrez vous prononcer le 21 Février. Vous savez que ce mécanisme donnera à nouveau des pouvoirs complètement anti-démocratiques à la Commission Européenne. Vous savez que les États européens seront soumis à une discipline budgétaire qui obligera à tout brader à la finance : service public après service public. À travers ce véritable pillage organisé, c’est toute la cohésion sociale et la qualité de vie dans notre pays, déjà bien entamée, qui seront mis à mal. Je m’étonne du silence qui entoure ce traité crucial et m’indigne de l’absence de consultation populaire à ce sujet.
Des chèques en blanc à des personnes désignées ! Au sein de ce mécanisme, les décisions seront prises par le Conseil des gouverneurs composé exclusivement des ministres des finances de la zone euro. Aucun veto, ni aucune autorité des parlements nationaux n’est prévu sur ces ministres lorsqu’ils agissent au titre de gouverneurs. De plus, ils jouiront en cette qualité d’une immunité totale leur permettant d’échapper à toute poursuite judiciaire. Pourtant, ils disposeront alors librement des caisses de l’État qui devront accéder de façon « irrévocable et inconditionnelle » à leurs demandes.
Il est aussi intéressant de noter que le budget de création du MES pouvant être réclamé aux États-membres dans un délai de sept jours seulement n’est pas plafonné et peut donc augmenter de façon illimitée sur simple décision du Conseil des mêmes gouverneurs. Aucun membre ou employé de cette structure ne sera élu par la population ni responsable devant elle. Une autorité pleine, entière et incontestable !
Plus fort encore, le MES peut attaquer en justice, mais ne pourra pas être poursuivi, pas même par les gouvernements, les administrations ou les tribunaux. Le manque de transparence concerne aussi les documents « inviolables », qui ne seront rendus publics que si le Conseil des gouverneurs le souhaite. Négation des compétences fiscales et budgétaires des parlements nationaux, déni des principes de base de la démocratie, impossibilité d’opposer un veto, immunité judiciaire totale, opacité des documents…
Autant de procédés antidémocratiques qui m’amènent aujourd’hui à vous demander d’adopter une position claire quant à ce traité. Allez-vous l’accepter ou le rejeter ? J’attends une réponse claire de votre part à mon adresse mail, afin de la transmettre dans votre département à mon réseau sur le TARN. Votre absence de réponse sera considérée aussi comme une réponse.
Cette société devient étouffante d’injustice et témoigne de l’abandon des populations. Je vous le demande, Monsieur le député, au nom de tous les citoyens dans ce pays, au nom de la souveraineté populaire, au nom de la justice sociale, au nom de la République et de la démocratie : Par respect du peuple qui vous a tous élu, vous devez rejeter ce texte
Ariane