« J’évoque la tradition chrétienne, Saint Martin qui partage son manteau, pour l’opposer aux chrétiens des croisades de la droite extrême et de l’extrême droite. Il y a le choix entre deux types de christianisme, celui qui partage est le bienvenu chez nous. » Jean Luc Mélenchon
Le candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle s’exprime longuement dans l’hebdomadaire La Vie au sujet de la religion catholique : « La foi est une brûlure ».
Dans une tribune « Portés par l’Evangile, nous luttons contre les forces de l’argent » parue dans un quotidien, Cyprien, jeune chrétien, étudiant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris lui répond. Voici un court extrait :
« Une main a été tendue il y a quelques jours par M. Mélenchon dans le journal la Vie. Elle l’a été non aux « chrétiens de croisade » mais aux « chrétiens de saint Martin ». C’est une belle expression qui nous honore et nous oblige. Nous saisissons cette main. Car nous sommes quelques-uns, et même beaucoup plus, à être de l’Église sans une seule seconde imaginer voter pour la droite, comme on dit que c’est le lot des catholiques de ce pays. Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous sommes aux côtés de la gauche, et même de la gauche radicale, comme d’autres l’avaient été avant nous, Montalembert et Lacordaire, l’abbé Lemire et le Sillon, Charles Péguy et Témoignage chrétien. Nous croyons que l’Évangile exige de nous un comportement moral individuel mais aussi un comportement politique. Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous voterons Mélenchon. Pourquoi ? Car on a beau jeu de vitupérer les « excès du capitalisme » avec toutes les encycliques, encore faut-il réellement les combattre et tâcher d’extirper le mal à sa racine. Car nous luttons contre les forces de l’argent, nous qui nous sommes donné un autre maître. Car nous voulons accueillir l’étranger, donner à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif. La misère nous est une infamie et nous voulons non seulement partager notre propre manteau mais aussi que la société en fasse autant. On meurt de froid aujourd’hui en France. »
Denis Guiraud, prêtre ouvrier, Albi, me fait parvenir une longue lettre sans doute adressée à beaucoup d’autres pour information, « A toi, mon frère chrétien », lettre destinée à être méditée dans les églises le dimanche de la Passion ouvrant la Semaine Sainte :
« Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques qui condamnent des millions de gens à mourir de faim sur la Planète par toutes les mesures qu’ils édictent dans les Institutions nationales et internationales au profit des grands groupes qui exploitent le sol ou le polluent ? De grandes voix s’élèvent de partout pour dénoncer cette situation tant à la FAO (Organisation de l’ONU pour supprimer la faim dans le monde) que dans les ONG, dont le CCFD ? Les médias les passent sous silence… Les entendez-vous ? « Le meurtre collectif ne fait aucun doute. Un enfant qui meurt de faim est assassiné : toutes les cinq secondes, un enfant âgé de moins de 10 ans meurt de faim » (Jean Ziegler, vice- président du Comité des Droits de l’Homme à l’ONU). Qui s’en offusque ? Un milliard de gens souffrent de la faim dans le monde sur 6 milliards alors que nos ressources permettraient d’en nourrir le double.
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques qui poursuivent la dissuasion nucléaire, ce crime contre l’humanité : personne n’est à l’abri, car « l’arme nucléaire n’est plus l’alpha et l’oméga de notre sécurité et cette assurance vie peut devenir notre assurance décès » (Général Norlain). Il ne suffit pas de se déclarer pour un désarmement nucléaire multilatéral ; il faut y souscrire, commencer à le réaliser et promouvoir la paix en mettant toutes les ressources dégagées à la coopération entre les peuples pour éradiquer la faim et la misère. (« Pax Christi » est une des 62 associations françaises membres du collectif I Can qui y souscrivent. Qui connaît et agit pour ?).
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques… qui détruisent les systèmes de solidarité de notre pays pour le donner à de grands groupes privés dont le seul but est de faire de l’argent : Sécurité sociale, retraite, santé, hôpitaux, transports, énergies… qui disqualifient les Organisations syndicales en ne tenant aucun compte de leurs propositions… qui changent unilatéralement le Code du Travail pour réduire les droits et les moyens des travailleurs.
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques qui détruisent la famille : précarité de l’emploi, du temps de travail, des horaires, des salaires, services sociaux de plus en plus rares et inaccessibles, temps éclaté où mari, femme et enfants n’arrivent plus à vivre ensemble, en harmonie.
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques qui démantèlent l’école en toutes ses composantes : programmes, professeurs et élèves… qui soumettent la Recherche et la Culture aux impératifs financiers qui les dévitalisent.
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques qui mettent à mal toutes les conquêtes démocratiques de notre pays : rôle des citoyens dans les collectivités territoriales, droit à une justice impartiale, impossibilité d’exprimer son point de vue sans risquer une sanction, impossibilité d’être acteur dans les prises de décisions collectives.
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques qui font la chasse aux immigrés, aux sans-papiers, créent des centres de rétention fonctionnant dans des conditions inhumaines, remplissent les prisons reconnues non conformes aux règles internationales, privilégient la répression des mineurs plutôt que leur réinsertion, la dépendance de la Justice et la dépénalisation des délits financiers.
Un chrétien peut-il voter en conscience pour des politiques éclaboussés par leurs scandales financiers, personnels ou collectifs, qui les laissent de marbre devant l’opinion publique. Quelle confiance avoir en ceux qui gèrent les fonds de notre pays et, souvent, d’autres pays dans les Institutions qui les ont choisis pour promouvoir la politique de l’Argent Roi ?
Suffit-il, pour un chrétien qui vote ainsi pour ces politiques, d’aller le dimanche prier pour leur « conversion », pour qu’ils appliquent la justice et le droit, eux qui ont été élus sur un passé et un programme qui prône l’inverse ! N’y a-t-il pas là pure hypocrisie ?
Un chrétien peut-il accepter que le Vatican soit un Etat, contrairement à tout ce qu’a voulu le Christ ? Quelle forme de présence au monde doit être la nôtre pour se situer dans le prolongement de ce qu’a choisi et voulu le Christ ?
Notre Société a besoin de chrétiens qui changent radicalement de mentalité et de comportement, dans le prolongement de « Caritas in veritate », face aux enjeux de la mondialisation qui, en ces élections, conditionnent le « monde nouveau » auquel aspirent tous les peuples et les disciples du Christ.
Engagé avec mes frères dans le Front de Gauche, même s’il n’est pas parfait, j’ai toujours eu le souci de mettre mes engagements et ma foi en accord avec l’évangile. C’est ce qui motive cet appel. Fraternellement. »