Conseil municipal du 24 juin 2003
Après avoir évoqué dans le premier épisode : « Main basse sur la ville », la privatisation de l’eau et de l’assainissement intervenue fin 1990. Voilà le deuxième épisode : « Le prix de l’eau est illégal à Castres ».
Pour une meilleure compréhension de l’ensemble de la série qui est loin d’être terminée, j’ouvre dans ce blog une nouvelle catégorie : « Eau : de la privatisation à la condamnation ? ».
Attardons nous très longuement sur la délibération qui fut votée au cours du Conseil municipal le 24 juin 2003 : « Résiliation par la ville pour motif d’intérêt général des contrats pour l’exploitation de services eau et assainissement par la société Lyonnaise –France » (attention aux migraines !)
Conseil municipal très important, il devait durer plus de 5 heures, dont 2 heures consacrées à cette délibération. 16 pages recto-verso de compte-rendu que je vais m’efforcer de résumer en allant à l’essentiel (pas facile). Exercice indispensable pour appréhender les enjeux et surtout les conséquences (à venir certainement dans quelques semaines ).
Que nous dit cette délibération ? :
« Par jugement en date du 25 octobre 2001, Le Tribunal administratif de Toulouse a annulé la délibération du Conseil municipal de Castres du 19 décembre 1996 , en tant qu’elle approuve les articles relatifs à la fixation des tarifs de l’eau et de l’assainissement.
En effet, le Tribunal a considéré que ces nouveaux tarifs répercutent sur les usagers des charges d’amortissement des contributions spéciales (en français : la Lyonnaise se fait rembourser les 96 MF – 14,6 M€) qui ont été utilisées pour des dépenses d’intérêt général mais étrangères au service public délégué (comprendre l’Archipel).En effet, l’exécution du jugement impose simplement de retirer des tarifs actuels le poids des contributions spéciales( SVP, ne dispersez pas votre attention !).
La délibération constate que malgré de nombreuses réunions avec la Lyonnaise, celle-ci remet en cause l’accord contractuel de 1996 arguant des résultats d’exploitation déficitaires. »
Rappel :
1989/1995 : municipalité de Jacques Limouzy ( privatisation de l’eau)
1995/2001 : municipalité Arnaud Mandement ( renégociation du contrat)
2001/2008 : municipalité de Pascal Bugis ( re municipalisation )
Octobre 2001 : le Tribunal administratif déclare le prix de l’eau illégal à Castres
Dans la délibération, P.Bugis fait état d’un courrier du 26/12/2002 où il indique à la société Lyonnaise des eaux que : « La ville ne peut pas accepter que l’équilibre économique du contrat, librement négocié en 1996 ne soit pas maintenu. » La Lyonnaise ne l’entend pas de cette oreille et saisit en février 2003 la Cour administrative d’appel de Bordeaux pour lui demander d’étendre les missions de l’expert mandaté. Le bras de fer s’engage alors tout au long du mois de mai et nous arrivons donc à ce Conseil municipal qui devra se prononcer pour la résiliation unilatérale pour motif d’intérêt général des contrats et avenants .
Une première suspension de séance a lieu à 22h45 pour permettre à un représentant syndical des employés de la Lyonnaise d’intervenir de faire part de ses inquiétudes en ce qui concerne la pérennité des emplois (une trentaine d’agents sont concernés). Réponse du Maire : « Il n’y a pas de craintes à avoir ».
Quelques courts extraits de mon intervention : « En l’état actuel du débat, vous nous proposez de signer un chèque en blanc – et de quel montant d’ailleurs ?- un bandeau sur les yeux. Vous nous demandez de mettre en route un mécanisme, véritable bombe à retardement pour les mois et les années à venir ».
Je pose alors quelques questions :
- 1 « Quelles seront les conséquences financières pour la Ville d’une rupture de contrat ? »
- 2« Nous voudrions bien connaître les études auxquelles vous avez procédées –nous l’espérons- qui vous permettraient d’estimer le montant des indemnités qui seront dues par la Ville »
- 3 « Dans la délibération, vous parlez de régie et vous rajoutez – ou sous une autre forme juridique- » vous n’excluez donc pas de faire appel à une autre société concurrente ? »
Philippe Fournier (élu PC) absent pour raison professionnelle, fera lire une déclaration par l’un de ses collègues : « Il vous aura fallu du temps M Le Maire pour vous rendre à l’évidence et reconnaître que nos votes successifs concernant le prix de l’eau, depuis le jugement du Tribunal administratif de Toulouse du 25 octobre 2001, étaient entachés d’irrégularités puisqu’ils reposaient sur un contrat déclaré illégal.( d’ailleurs Philippe refusera chaque année de les voter). ». Il poursuit : « Je voudrais aussi, vous le comprendrez, féliciter certains citoyens de notre ville qui depuis 7 ans, n’ont cessé de décortiquer le contrat et de dénoncer le montage financier de la privatisation de l’eau(…) »
Rappel : il faudrait une rubrique spéciale à ce sujet que je pourrai intituler « Paul, Noël, Georges, Jean et les autres ». Comment à l’origine, Paul seul chez lui passant beaucoup de temps et au passage dépensant beaucoup d’argent , a réussi ( je passais des heures avec lui, j’avoue sans toujours tout comprendre) avec ses amis , à tenter de démonter le mécanisme du contrat. Au passage, très vieux militant socialiste, traité par le mépris par une petite clique locale sans principe, il devait quitter meurtri son parti. Il faudra y revenir .
L’élu PC poursuit sur les droits d’entrée puisque la Lyonnaise réclame 30 M€ d’indemnisation sur ceux-ci.
Mme Dayon (par ailleurs, suppléante du député Philippe Folliot) déclare entre autres : « Si les efforts visant à sortir de cet imbroglio sont louables, n’est-il pas risqué de choisir dés à présent, dans une certaine précipitation, la résiliation du contrat, sans aller au bout de la négociation avec la société concessionnaire ? Si les intérêts des usagers castraises et castrais doivent être légitimement préservés, a-t-on réellement mesuré les risques encourus par les mêmes contribuables castrais dans le cadre d’un éventuel contentieux engagé par la société concessionnaire pour rupture abusive du contrat ? »
Jacques Limouzy , l’ancien ministre adopte la ligne de défense suivante : « Le contrat primitif qui avait été négocié par les soins de ma municipalité il y a maintenant 13 ans était juridiquement inattaquable, ainsi d’ailleurs qu’a pu l’apprécier la Chambre régionale des Comptes ».
Il est utile de préciser que celle-ci en 1994 indiquait qu’il fallait mettre fin aux 5% d’augmentation inscrits dans le contrat pendant 10 ans et faisait des critiques sur l’utilisation de ces fameux 96 MF placés à l’époque en bons du Trésor. Elle faisait d’ailleurs remarquer que ce n’était pas le meilleur placement financier quand on voulait tenter de désendetter la Ville. Cela J.Limouzy se garde bien de le rappeler.
Celui-ci continue son intervention en précisant que le contrat était « parfaitement légal »(ce qui ne veut pas dire légitime). Il accuse
donc A.Mandement qui, en faisant renégocier le contrat par un nouvel avenant ( baisse de 5 % du prix de l’eau) d’avoir ouvert la boîte de Pandore.
En effet, de nouvelles lois vont rendre illégal ce qui s’était passé auparavant ( droits d’entrée) d’où la décision du Tribunal administratif d’octobre 2001. Il accuse également la Lyonnaise des eaux d’avoir accepté cette renégociation et donc un nouveau contrat. Je lui rappelle alors que le 19 décembre 1996 au cours d’un Conseil municipal, P.Bugis déclarait : « Je n’ai jamais été opposé à une telle renégociation. Je le redis ce soir. Il est bon qu’elle se soit menée ( …) Il fallait donc effectivement renégocier ces contrats ». Toutefois, il s’abstiendra sur la délibération. S’en suit comme on dit ( il est déjà 0h30) un débat viril mais correct entre Bugis et moi-même au nom des élus socialistes :
M.GUERINEAU : L’essentiel est bien que des questions ont été posées par le groupe socialiste et qu’à ce moment de la soirée, nous n’avons pas le début d’une réponse à ces questions. Nous n’avons pas de réponse à la question : quelles sont les conséquences financières pour la Ville à court, moyen et long terme ?Nous n’avons pas de réponse ici et cela m’étonnerait quand même de votre part que vous ne vous soyez pas renseigné, ou pris un certain nombre d’assurances, ou consulté des cabinets d’études dans ce domaine-là, pour avoir une fourchette d’estimation du montant des indemnités qui seront dues par la Ville pour rupture de contrat de manière unilatérale, et les conséquences pour le budget municipal.
M.Le MAIRE : Je vous donnerai une fourchette.
M.GUERINEAU : Allez- y !
M.LE MAIRE : Entre 0 et 50 M€
M.GUERINEAU : D’accord. Cela s’appelle une gestion prudentielle de la Ville de Castres pour les années à venir…
M.LE MAIRE : Cela s’appelle tout simplement…
M.GUERINEAU : Cela s’appelle sauter d’un avion sans parachute pour les années à venir !
M.LE MAIRE : Non, M.Guérineau ! Cela s’appelle le risque et l’aléa liés à toute procédure contentieuse. Mais, manifestement, c’est quelque chose que vous ne connaissez pas ou que vous faites semblant d’ignorer, ce qui prouve que vous manquez d’expérience en la matière !
M.GUERINEAU : Dans ce cadre-là, étant donné la responsabilité que vous avez pour la signature de la privatisation en 1990, nous ne pouvons vous accorder ce blanc-seing que vous nous demandez d’une manière collective. Nous ne vous faisons pas confiance un seul instant tant sur la forme que sur le fond, pour conduire d’une manière collective et transparente ce qui peut aboutir à une régie. Parce que nous ne vous faisons pas confiance, que nous vous avons vu à l’œuvre depuis 2 ans, le groupe socialiste ne prendra pas part au vote pour cette délibération.
M.LE MAIRE : Vous ne savez plus où vous en êtes, M.Guerineau, d’ailleurs je le comprends,
M.GUERINEAU : Restez calme !
M.LE MAIRE : Je suis tout à fait calme !
S’en suivent quelques échanges plus musclés. La délibération est votée à l’unanimité (majorité municipale + PC- Verts- Alternatifs) moins 4 voix qui ne prennent pas part au vote ( 3 du groupe socialiste et Mme Dayon). B.Raynaud pour le PRG est absent.
Fin du 2ème épisode : « Le prix de l’eau est illégal »
Bande annonce sur le même sujet : avec un rebondissement inattendu dans le dossier ( C.M. du 3 février 2004 ) et enfin l’épilogue au C.M. du 16 mars 2004 ( à suivre).
